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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Il est temps pour le Kenya de se lancer et de montrer la voie pour les technologies agricoles

20 Mai 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

Il est temps pour le Kenya de se lancer et de montrer la voie pour les technologies agricoles

 

Gilbert Arap Bor*

 

 

 

 

Le Kenya est sur le point d'embrasser la biotechnologie dans l'agriculture.

 

L'examen de la technologie par le MIT a mené à la conclusion suivante en octobre [2016] : « Le Kenya est semble-t-il sur le point de revenir sur son interdiction des importations d'OGM. »

 

Le site d'information et de commentaires Grist a déclaré en juin: « Le Kenya est sur le point d'approuver les OGM. »

 

Je l'ai dit moi-même pendant des années : sur le point. Sur le point. Sur le point.

 

Maintenant, je suis prêt à dire autre chose : nous sommes sur le point depuis trop longtemps.

 

De nombreux agriculteurs kenyans avaient espéré, comme moi, que 2016 serait l'année même où notre Autorité Nationale de Gestion de l'Environnement (NEMA) autoriserait les essais en plein champ du maïs Bt – un type de plante génétiquement modifiée qui est devenu commun à travers le monde. Il protège les plantes de certains insectes nuisibles, ce qui nous donne un mode naturel de défense de nos récoltes contre une menace majeure.

 

J'ai vu des agriculteurs le cultiver dans d'autres pays et j'aimerais le cultiver aussi sur ma ferme. Cela me permettrait de produire plus de nourriture pour ma famille et mon pays.

 

Et pourtant, notre gouvernement tergiverse, comme il le fait depuis des années. Le 30 novembre, l'Assemblée Nationale kenyane nous a freinés encore davantage lorsqu'elle « a confirmé l'interdiction de l'importation de produits alimentaires génétiquement modifiés imposée par la Ministre de la Santé Publique de l'époque, Beth Mugo, en 2012 ».

 

Si la NEMA avait accordé son approbation au maïs Bt cette année, des milliers de petits agriculteurs auraient pu profiter de cette technologie – ce qui est la norme et même considéré comme un fait acquis aux États-Unis et ailleurs – dès 2017 ou 2018.

 

Au lieu de cela, nous continuons d'attendre.

 

Nous sommes sur le point...

 

Notre retard a une conséquence. Il signifie que nous choisissons de gaspiller une occasion prometteuse. Il signifie que nous sommes toujours en proie à l'ignorance scientifique. Il signifie qu'une fois de plus, une nation africaine continue de se traîner en arrière en tout, de l'adoption de la technologie au simple défi d'alimenter sa propre population.

 

Bien plus préoccupant est le fait que nos étudiants menacent d'arrêter de prendre des cours de biotechnologie parce qu'ils craignent que l'interdiction de l'importation de plantes vivrières GM – décidée à l'origine en 2012 et récemment confirmée par l'Assemblée Nationale kenyane le 30 novembre 2016 – les rende inemployables dans leur propre pays.

 

Mon espoir, et celui de nombreux scientifiques et agriculteurs kenyans, est que nous allons renverser cela, et qu'en cinq ans, le Kenya deviendra un chef de file parmi les pays africains dans l'adoption de la biotechnologie. Semer du maïs et du coton GM devrait devenir monnaie courante, entraînant une augmentation de la production, plus d'activité économique et une meilleure sécurité alimentaire.

 

Dr. Gilbert arap Bor recevant le prix Kleckner 2011 de son homonyme, Dean Kleckner.

 

Encore une fois, j'ai pensé cela depuis des années, et j'ai dit à qui voulait entendre que le Kenya était « sur le point ».

 

Trois pays d'Afrique subsaharienne autorisent déjà la culture d'OGM : l'Afrique du Sud, le Burkina Faso et le Soudan. Ils ont franchi le pas. L'Ouganda et la Tanzanie et semblent prêts à les rejoindre.

 

Et le Kenya ? C'est le pays le plus important et le plus influent d'Afrique de l'Est. D'autres pays nous regardent pour le leadership.

 

Sur les OGM, nous sommes prêts à montrer la voie. Nous connaissons la science. Nous avons publié les approbations réglementaires de base, par l'entremise de notre Autorité Nationale de Biosécurité. Nous avons mis en place des partenariats de collaboration avec la Fondation Africaine pour la Technologie Agricole (Africa Agricultural Technology Foundation) et l'Organisation Kenyane pour la Recherche en Agriculture et Élevage (Kenya Agricultural and Livestock Research Organization).

 

Notre gouvernement a également proposé un programme de développement – Vision 2030 – qui appelle à une production agricole accrue.

 

Pourtant, nous refusons de franchir le pas. Nous flânons sur le seuil.

 

Je suis fatigué d'être sur le seuil. Notre population se monte maintenant à 46 millions et elle augmente. Nous pouvons à peine nous nourrir, car l'agriculture de subsistance emploie environ les trois quarts de la population dans une agriculture à forte intensité de main-d'œuvre, à faible mécanisation et à faible productivité. La famine affecte actuellement 5 millions de nos compatriotes et la menace émergente du changement climatique suggère que nos défis ne feront que grandir.

 

Nous avons besoin d'OGM. Ils ne vont pas faire disparaître nos problèmes, mais ils nous aideront à affronter les difficultés qui s'annoncent. Nous ferons mieux avec eux que sans eux.

 

Le continent africain a raté la Révolution Verte : l'adoption des technologies semencières et d'autres intrants qui ont produit de fortes augmentations de la production alimentaire en Inde, au Mexique et ailleurs dans les années 1960 et 1970. Depuis, le Kenya et ses voisins souffrent. Aujourd'hui, l'Afrique est le seul continent qui a plus de personnes mal nourries qu'il n'en avait il y a trois décennies.

 

Nous ne pouvons pas rater aussi la Révolution Génétique. Si nous le faisons, nous ne produirons jamais assez de nourriture et de fibres pour notre population. Nous ne nous industrialiserons pas comme nous le devrions. Nous ne briserons pas le cycle du désespoir africain.

 

Nous serons condamnés à notre triste sort.

 

Il y a une solution évidente. C'est simple et judicieux. Dites-le avec moi : nous allons nous en sortir.

 

______________

 

* Gilbert Arap Bor est agriculteur, à Kapseret,près d'Eldoret, Kenya. Il cultive du maïs, des légumes et a des vaches laitières sur une petite ferme de 10 hectares. M. Bor, professeur à l'Université Catholique de l'Afrique de l'Est, à Eldoret Campus (Gaba), est un membre du Réseau Mondial des Agriculteurs (Global Farmer Network) et a reçu en 2011 le Kleckner Trade & Technology Advancement Award.

 

Source : http://globalfarmernetwork.org/2017/03/time-kenya-move-off-brink-lead-agricultural-technology/

 

 

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