Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate en Europe : festival d'imbécillités

29 Mai 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Union européenne, #Politique

Glyphosate en Europe : festival d'imbécillités

 

 

Toujours prête à relayer les âneries...

 

 

Michèle Rivasi... ten points

And the winner is... Michèle Rivasi

Éric Andrieu et Marc Tarabella (et tout le groupe S&D ?)... ten points

And the winners are... Éric Andrieu et Marc Tarabella (et tout le groupe S&D ?)

 

Ces braves gens exigeront peut-être une commission d'enquête sur les « Monsanto papers ». Nous, nous dirions : « chiche ! » Une telle commission – proprement menée – ne pourra que montrer l'étendue de la désinformation, ainsi que l'indigence intellectuelle et éthique de nombreux parlementaires européens prêts à gober n'importe quelle énormité pourvu qu'elle conforte leur parti pris.

 

 

La motivation profonde...

 

 

Le 16 mai 2017, la Commission Européenne a :

 

« ...approuvé l’approche consistant à relancer les discussions avec les États membres sur la possibilité d'un renouvellement de l’approbation du glyphosate pour une durée de 10 ans. »

 

Il va sans dire que l'annonce a déclenché des réactions outrées et outrancières. Petit florilège.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "glyphosate rivasi"

Les Verts n'ont pas encore compris que le glyphosate est une substance herbicide... Ou sont ils prêts à tout pour parvenir à leurs fins ?

 

 

Michèle Rivasi... ten points

 

Nous ne gâcherons pas le plaisir qu'aura sans nul doute Mme Michèle Rivasi de se retrouver en pole position. Rapporté par Presse Agence.fr sous le titre : « PARIS : Michèle RIVASI – GLYPHOSATE, pourquoi tant de précipitation de la Commission ? » :

 

« La Commission Européenne demanderait la prolongation de l’autorisation du glyphosate pour dix ans en plein scandale des Monsanto Papers aux Etats-Unis, et alors que cette substance a été classée cancérigène probable par l’OMS ! »

 

Mais non, Madame ! Pas l'OMS ! Le CIRC ! L'OMS a estimé dans le cadre d'un comité conjoint avec la FAO sur les résidus de pesticides que « le glyphosate ne pose vraisemblablement pas de risque cancérogène [unlikely to pose a carcinogenic risk] pour l'Homme par l'exposition par l'alimentation ». En pratique, l'OMS a aussi désavoué le CIRC. Depuis le temps qu'on en parle, il est invraisemblable que quelqu'un de sérieux puisse encore entretenir la confusion entre le CIRC et l'OMS.

 

Mais poursuivons :

 

« Si la Commission voulait faire montre de l’influence que les lobbies ont sur elle, elle ne pourrait pas mieux s’y prendre. »

 

Pure gesticulation d'une honnêteté que le lecteur jugera par lui-même. Qui peut croire que Mme Rivasi ignore que, l'ECHA ayant déclaré le glyphosate bon pour le service, la Commission n'a pas d'autre choix que de proposer le renouvellement de l'autorisation du glyphosate, à moins de substituer une « Juncker-science » à la science des agences d'évaluation.

 

Mais poursuivons :

 

« Or, les Monsanto Papers font référence aux documents de travail récemment rendus publics dans le cadre d’une action collective portée devant une cour fédérale de Californie par plusieurs centaines de travailleurs agricoles touchés par un lymphome. Ces documents révèlent que Monsanto a caché au public un rapport, commandé par la firme elle-même, qui soulignait les potentiels mutagènes du glyphosate. Nous demandons d’ailleurs l’ouverture d’une commission d’enquête au sujet des Monsanto Papers. »

 

Mme Rivasi – comme du reste tous les adeptes de la théorie du complot – serait bien en peine de citer ce fameux « rapport », inexistant, et la source précise qui lui/leur permet d'en clamer l'existence.

 

Mais poursuivons. On change de sujet :

 

« Il y a plus d’un an, j’avais demandé avec trois autres eurodéputés Verts l’accès à ces 75 études secrètes censées justifier la décision de la Commission. L’EFSA ne nous a toujours pas envoyé les données complètes, alors que la législation européenne l’exige. »

 

Qui dit vrai ? Tourné autrement : qui ment ? Car, le 29 septembre 2016, l'EFSA a publié un communiqué, « L’EFSA partage les données brutes sur le glyphosate », dans lequel il est notamment dit (voir aussi ici) :

 

« Ces informations seront partagées avec un groupe de députés européens qui ont introduit une demande formelle d’accès public aux documents. Associées aux documents de référence détaillés déjà publiés sur le site de l’EFSA, ces informations permettront à un scientifique externe d’analyser minutieusement l'évaluation du glyphosate réalisée par l’EFSA et les États membres de l'UE. »

 

En réalité, Mme Rivasi et ses collègues ont eu accès aux documents, mais caviardés car, contrairement à ce qu'elle prétend, la législation n'exige pas la transmission des données complètes. Celles-ci sont soumise, en tant que de besoin, à la protection « des intérêts commerciaux d'une personne physique ou morale déterminée, y compris en ce qui concerne la propriété intellectuelle » selon l'article 4.2 du Règlement (CE) n° 1049/2001 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2001 relatif à l'accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission ; et l'article 63 du Règlement (CE) n° 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/CEE et 91/414/CEE du Conseil prévoit des limitations de nature similaire.

 

Mme Rivasi reconnaît du reste avoir reçu ces documents, par exemple ici et ici. De plus, les études ne sont pas « secrètes », mais « confidentielles ». Et, de surcroît, la Glyphosate Task Force (le consortium qui demande le renouvellement de l'autorisation du glyphosate) a ouvert une salle de lecture et mis 71 documents, avec un caviardage minimum, à la disposition du public.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "glyphosate andrieu"

Secrets... rendus publics...

 

Mais poursuivons :

 

« Il est grand temps d’obliger les agences chargées d’évaluer scientifiquement la dangerosité des substances qui peuplent notre quotidien à publier systématiquement leurs études. »

 

Nouvel accès de gesticulite (gesticulisme?) ! L'EFSA a publié ses études (voir par exemple ici et ici). Et, depuis le temps que Mme Rivasi et consorts agitent l'argument, ils auraient pu mettre en route une initiative parlementaire. Dans cet autre billet, elle écrit : « C’est absolument inacceptable et nous allons donc considérer la possibilité de saisir la Cour de Justice de l’Union européenne. » Rien à l'horizon... esbroufe.

 

Mais poursuivons :

 

« De plus, des toxicologues ont jugé que compte tenu de leur difficulté à avoir les études avec l’ensemble de leurs données, il leur était impossible d’évaluer celles-ci et de rendre des conclusions. »

 

Bizarre ! Il nous a semblé que l'industrie de la protestation a pu produire des documents prétendument ravageurs (par exemple celui-ci, évoqué dans notre « La [oups!] glyphosate rend fou 29 parlementaires européens ! »)

 

Mais poursuivons encore :

 

« Enfin, alors qu’une Initiative Citoyenne Européenne est en cours pour demander l’interdiction du glyphosate et qu’elle a été signée par 750 000 citoyens européens, comment la Commission pourrait -elle sans commettre un déni démocratique scandaleux renouveler pour 10 ans ce "poison" inutile et dangereux. »

 

Mme Rivasi – comme d'autres – ne comprend pas (ou feint de ne pas comprendre) que le « déni démocratique scandaleux » consisterait à suspendre les procédures démocratiques sous ce prétexte parfaitement fallacieux.

 

Résultat de recherche d'images pour "glyphosate rivasi"

"Primaire-écologie"... écologie primaire...

 

 

And the winner is... Michèle Rivasi

 

Les propos rapportés ci-dessus figurent sous une forme un peu différente sur le site d'Europe Écologie. Mais avec une introduction qui démontre la grande fâcherie avec les faits... ou le talent pour en inventer :

 

« Malgré la gronde citoyenne et l’opposition du Parlement européen, la Commission européenne entend s’assurer que le RoundUp puisse continuer à polluer nos champs, notre environnement et notre santé. »

 

Quelle « gronde citoyenne » ? Une pétition – que nous estimons illégale – qui attire le gogo à coup d'affirmations mensongères ? Et, surtout, le Parlement Européen a appelé à un renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour sept ans.

 

Mais poursuivons :

 

« Elle base sa décision sur l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2015, qui classait le glyphosate comme "non cancérigène". »

 

Caramba ! Encore raté ! C'est maintenant l'avis de l'ECHA...

 

 

Éric Andrieu et Marc Tarabella (et tout le groupe S&D ?)... ten points

 

Nous ferons comme dans un temps maintenant lointain, à l'École des Fans de Jacques Martin : tout le monde a gagné !

 

Cette affaire du glyphosate nous aura incités à butiner sur le site de M. Andrieu. Dans « Glyphosate : Mais que fait la Commission européenne ? », nous sommes censés « retrouve[r] » la réponse du Président Juncker à une lettre ouverte « du 24 mars dernier, envoyée par Eric Andrieu, Philippe Lamberts, José Bové, et vingt-six autres eurodéputés sur la dangerosité du glyphosate » (lettre ouverte ici, notre analyse : « La glyphosate rend fou 29 parlementaires européens ! »). Mais il est patent qu'il s'agit d'une mauvaise traduction, indigente, qui déconsidère M. Juncker et la Commission. Manifestement l'honorable membre du Parlement Européen n'en a rien à cirer...

 

Avec « Glyphosate : La Commission engage sa responsabilité ! », du 16 mai 2017 – donc du jour où la Commission a pris note de la démarche proposée par M. Andriukaitis –, on entre dans le vif du sujet :

 

« Le Collège des Commissaires de la Commission européenne, réuni à Strasbourg ce jour, s’apprête à renouveler l’autorisation du glyphosate. Les eurodéputés Marc Tarabella et Eric Andrieu demandent une stricte application du principe de précaution. »

 

Caramba ! Encore raté ! La Commission s'apprête à faire une proposition aux États membres, non à décider elle-même... et le « principe de précaution » suppose qu'il y ait une incertitude, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

 

 

Quelles révélations de la justice américaine... qui ne s'est pas encore prononcée... Et toujours prêt à relayer les imbécillités. Monsanto nous empoisonne ? Mais qu'a fait M. Andrieu ?

 

 

Poursuivons, mais sans insister sur les incohérences :

 

« L’approbation par l’Union Européenne du glyphosate, substance active herbicide la plus utilisée dans le monde, expirera dans les 6 mois à compter de la date à laquelle la Commission recevra l’avis du comité d’évaluation des risques de l’Agence européenne des produits chimiques, le 31 décembre 2017, en vertu du Règlement (CE) n°1107/2009 sur la protection des végétaux. »

 

Les deux eurodéputés précisent ensuite leur pensée :

 

« Les eurodéputés français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella demandent à la Commission européenne une stricte application du principe de précaution : "Les révélations apportées par le scandale des Monsanto papers et le litige en cours aux États-Unis changent la donne sur la question du glyphosate. Il est impératif de faire la lumière sur toute cette affaire avant tout renouvellement de ce produit potentiellement cancérigène pour plus de 500 millions d’européens." »

 

On aimerait connaître le lien factuel entre le « principe de précaution » – cet incompris – et les Monsanto papers...

 

 

Résultat de recherche d'images pour "fake news"

 

Mais poursuivons :

 

« Les deux eurodéputés socialistes s’interrogent sur la confiance aveugle de la Commission européenne et de son président dans l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). "Quand on sait que les travaux de ces agences se sont appuyés sur certaines études parrainées par Monsanto pour leur évaluation de la sécurité du glyphosate, on ne peut pas ne pas se questionner !" estiment les deux députés européens qui réclament plus de transparence et la mise à disposition publique des études scientifiques. »

 

Les conclusions de l'EFSA (et de 27 États membres sur 28) et de l'ECHA déplaisent... ces messieurs se laissent aller aux mises en cause sans preuves et à la contestation par principe de tout le processus de décision, pourtant soigneusement encadré par la législation.

 

Mais poursuivons encore :

 

« "Nous demandons à ce que [sic] la décision concernant le renouvellement de l’approbation du glyphosate soit fondée sur des résultats scientifiques crédibles et indépendants et que les exigences en ce qui concerne la divulgation des preuves scientifiques utilisées dans le processus d’évaluation soient respectées conformément à la jurisprudence de la CJUE.»

 

MM. Andrieu et Tarabella seraient bien en peine de citer précisément la « jurisprudence de la CJUE ». Comme nous l'avons évoqué ci-dessus, la législation protège les intérêts commerciaux des demandeurs (et la CJUE est liée par la législation).

 

Mais poursuivons avec l'envolée finale :

 

« "A défaut, la Commission européenne, mais aussi les gouvernements, seront coupables de non-assistance à citoyens en danger, et engageront leur responsabilité" préviennent Marc Tarabella et Eric Andrieu. »

 

Des « citoyens en danger » à cause d'une substance dans le commerce depuis quarante ans, y compris pour le grand public dans les jardineries et supermarchés... décidément on ne se refuse rien chez MM. Andrieu et Tarabella...

 

 

And the winners are... Éric Andrieu et Marc Tarabella (et tout le groupe S&D ?)

 

À en croire le billet suivant, élégamment intitulé « Glyphosate : Putain… 10 ans ! », le duo aurait reçu, le jour même (16 mai 2017), « le soutien unanime des sociaux-démocrates européens ».

 

Sans vouloir les offenser, nous émettrons quand même un doute. Quand, en avril 2016, il s'était agi de voter sur un amendement chamboulant l'esprit de la proposition de résolution (pas d'interdiction du glyphosate, mais un renouvellement pour sept ans), la consigne du groupe avait été de s'abstenir. Ils furent 87 à être loyaux, 26 « rebelles » selon la terminologie de Votewatch votant pour et 68 contre (parmi eux, tous les députés socialistes français).

 

Et les outrances fleurissent à nouveau, en partie en pur charabia :

 

« Les eurodéputés français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella dénoncent une décision aussi disproportionnée qu’inconséquente : "Il fallait oser ! La Commission s’essuie carrément les pieds sur la santé de 500 millions d’européens!"

 

Pour les deux eurodéputés socialistes : "Au-delà de la santé des agriculteurs et des consommateurs, se pose la question du rôle même de l’exécutif européen dans cette affaire. Censée être garante de 'l’intérêt général' de l’UE, la Commission européenne se comporte davantage comme un bateau pirate que comme un phare dans la tempête."

 

Les deux membres de la Commission Agriculture du Parlement européen reprochent à la Commission européenne de "balayer d’un revers de bras les révélations apportées par le scandale des Monsanto papers et le litige en cours aux États-Unis changent [sic] dans le but de couvrir les agences européennes pourtant pointées du doigt à de nombreuse reprises.»

 

« ...couvrir... » ? C'est implicitement une accusation de malversations... vite balayée d'un « revers de bras » :

 

« "Notre volonté n’est pas de porter atteinte aux agences européennes mais de connaître l’exacte vérité dans la conduite des études afin d’assumer au mieux notre responsabilité de co-législateur. La confiance aveugle de la Commission européenne et de son président dans l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a de quoi interroger !", ajoutent-ils. »

 

On nage en plein délire ! Notons que dans le cas d'espèce, le Parlement n'est pas co-législateur...

 

 

Résultat de recherche d'images pour "monsanto papers"

Une source du délire des "Monsanto Papers"... Un courriel dans lequel l'auteur expose des stratégies possibles... Mais tout fait ventre...

 

 

Une commission d'enquête ?

 

Et pour finir :

 

« Le Groupe socialiste proposera une question orale sur la question du glyphosate et des Monsanto papers avec une demande de débat à la Commission européenne pour le 12 juin prochain, suivie d’une audition conjointe des commission de l’Environnement et de l’Agriculture du Parlement européen. "Si nous n’obtenons pas une réponse satisfaisante de la Commission européenne, les socialistes et les démocrates, à l’unanimité, se sont accordés pour demander la création d’une commission d’enquête parlementaire ou d’une commission spéciale à ce sujet". »

 

Nous, nous dirions : « chiche ! » Une telle commission – proprement menée – ne pourra que montrer l'étendue de la désinformation, ainsi que l'indigence intellectuelle et éthique de nombreux parlementaires européens prêts à gober n'importe quelle énormité pourvu qu'elle conforte leur parti pris.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

wtf 02/06/2017 12:09

Vous écrivez beaucoup d'articles pour dénoncer le principe de précaution inhérent à la science, on vous entend peu par contre sur les collusions entre les laboratoires effectuant les études pour valider la mise en vente des molécules, et les industriels chimistes.

Seppi 14/06/2017 17:51

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'écris effectivement beaucoup d'articles qui dénoncent, non pas « le » principe de précaution, mais l'usage abusif de ce principe. Ce principe, du reste n'est pas « inhérent à la science », mais à la décision politique, économique et sociale.

Les collusions ? Dont, du reste, vous ne mentionnez qu'une partie ? Non, ce n'est pas vraiment mon fond de commerce. Je ne nie pas l'existence de petits et même gros « arrangements » (on a quelques exemples dans le domaine de la médecien, mon créneau est plutôt la dénonciation des dénonciations de collusions imaginaires ou, au mieux, capillotractées.

Peut-être méditerez-vous le constat suivant : un industriel qui veut produire et commercialiser une molécule, et le régulateur qui va l'autoriser, engagent tous deux leur responsabilité, leur crédibilité et, dans le cas du premier, son existence économique. Les opposants peuvent raconter n'importe quoi.