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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Célébrer les cultures miracles de l'Inde : passé, présent, avenir

13 Mai 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Inde

Célébrer les cultures miracles de l'Inde : passé, présent, avenir

 

V. Ravichandran*

 

 

 

Un demi-siècle, c'est long, mais c'est le temps que j'ai pris pour réfléchir à la lutte de l'Inde pour la sécurité alimentaire – et à la façon dont la technologie peut contribuer à la solution.

 

Mes premiers souvenirs de la sécurité alimentaire remontent aux années 1960, lorsque j'étais un élève de l'école primaire de mon village. Tous les jours d'école, les enfants formaient une file d'attente en serpentin, en tenant des assiettes en métal, et attendaient leur tour pour recevoir des boules d'upma, une sorte de porridge populaire dans la partie sud de mon pays.

 

L'ingrédient principal de ce plat était le blé importé des États-Unis dans le cadre d'un programme d'aide. Même si l'Inde avait beaucoup de terres agricoles, nous vivions une vie de bateau-à-bouche. Nous dépendions de la générosité des étrangers pour nous aider à nous nourrir. Sans cette aide, beaucoup d'entre nous seraient morts de faim.

 

La crise était si grave que notre premier ministre, Lal Bahadur Shastri, avait exhorté les Indiens à sauter un repas par semaine. Il a montré l'exemple en initiant cette pratique dans sa propre famille. Mes parents ont suivi son exemple, en se passant de leur repas principal les lundis.

 

Puis vint la Révolution Verte – et tout fut changé.

 

V. Ravichandran (GFN, Inde) au bord d'une rizière, sur sa ferme.

 

 

Engluée dans son urgence alimentaire, l'Inde a connu une récolte record de blé. C'est à mettre au crédit de Norman Borlaug, le biologiste américain qui a révolutionné l'agronomie et a obtenu un prix Nobel de la paix pour ses efforts, ainsi qu'au généticien indien M.S. Swaminathan et au ministre de l'agriculture, C. Subramaniyan. Ensemble, ils ont introduit de nouvelles variétés de blé dans mon pays. Grâce à elles, nous avions beaucoup plus de nourriture.

 

Résultat de recherche d'images pour "norman borlaug"Norman Borlaug, au centre. Sauf erreur, le personnage de droite est M.S. Swaminathan.

 

Le pays du blé est dans le nord. Je vis dans le sud – et notre entrée dans la Révolution Verte a été le fruit des formes améliorées de riz, qui est un aliment de base pour au moins la moitié des habitants de l'Inde.

 

Avant la Révolution Verte, le rendement du riz de mon père dépassait rarement 15 quintaux par hectare. C'était un résultat typique pour les agriculteurs traditionnels – et malgré tous leurs efforts, cela ne suffisait pas pour nourrir les habitants de l'Inde.

 

Puis est venu le riz miracle, également appelé IR8. Les sélectionneurs américains Peter Jennings et Hank Beachell l'ont mis au point, et tout a changé. Soudain, notre riz produisait des chaumes plus forts, mûrissait plus rapidement et produisait plus de panicules que de feuilles.

 

Le meilleur de tout cela était que nos fermes ont produit plus de nourriture – une multiplication par dix du rendement.

 

Mon père a été l'un des premiers agriculteurs à cultiver IR8. Lors de la campagne 1967-1968, les agriculteurs des environs sont venus admirer cette nouvelle culture. À leur arrivée, mon père les accueillait et leur montrait ce qu'il faisait. Il a toujours dit que ces visiteurs n'en croyaient pas leurs yeux. La différence entre les anciennes variétés de riz et les nouvelles était trop belle pour être vraie. Son frère, mon oncle, a été récompensé par le ministre de l'agriculture pour avoir obtenu le meilleur rendement.

 

Lorsque la femme d'un agriculteur de Thiruvannamalai a accouché le jour de la récolte – une double bénédiction : un enfant et un gros rendement de riz IR8 – ils ont nommé leur fils Iryettu, qui est le nom de l'IR8 en tamoul. C'est dire à quel point l'IR8 était populaire au moment de son introduction.

 

Grâce à la Révolution Verte, nous ne sautions plus les repas le lundi. Pourtant, l'Inde n'a pas résolu le défi de la sécurité alimentaire. Notre population continue de croître et la malnutrition est un problème majeur, qui contribue à la mortalité infantile. Les enfants qui survivent souffrent souvent de problèmes de santé tout au long de leur vie, telle la carence en vitamine A qui provoque une maladie oculaire et même la cécité.

 

Un nouveau type de riz – le Riz Doré – répondrait au problème de la carence en vitamine A et pourrait même le résoudre. Tout comme la Révolution Verte du 20e siècle a transformé l'agriculture dans des pays en développement comme l'Inde, la Révolution Génétique de notre temps est riche de perspectives incroyables.

 

Le génie génétique peut fournir d'autres traits souhaitables, tels que la capacité des cultures à résister aux inondations. En 2015, la mousson du nord-est a apporté des pluies incessantes à ma ferme et submergé mon riz pendant plus d'une semaine. Il était complètement sous l'eau. J'ai cependant eu de la chance car j'avais planté Swarna-Sub1, une variété tolérante à la submersion – un facteur de stress qui a pénalisé de nombreux autres agriculteurs mais n'a eu aucun effet sur mon rendement.

 

Nous avons aussi d'autres besoins. Les agriculteurs de la côte profiteraient d'un riz tolérant à la salinité. Tout le monde gagnerait avec d'autres types de riz : le riz riche en fer, le riz qui libère moins de méthane, le riz à faible index glycémique pour les diabétiques comme moi. La liste est sans fin.

 

Dans de nombreux endroits, cependant, nous nous refusons une nouvelle vague de cultures miracles pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la science, et tout avec la politique.

 

Nous avons dit oui à la Révolution Verte, mais nous disons non à la Révolution Génétique, non pas à cause de préoccupations de sécurité légitimes, mais par ignorance et idéologie.

 

Nous devons surmonter ces craintes, et veiller à ce que les 50 prochaines années connaissent autant de progrès que le demi-siècle que je viens de vivre.

 

 

Cet article est une version de l'essai qui a remporté le concours sur les 50 ans du riz IR8.

 

 

Plantation de riz sur la ferme de V. Ravichandran. « Ravi » a reçu le Prix Kleckner en 2013.

 

_____________

 

V. Ravichandran V. Ravichandran, agriculteur, Tamil Nadu, Inde

 

Ravichandran est un agriculteur de troisième génération qui cultive du riz, de la canne à sucre, du coton, des légumes secs et des petites céréales depuis plus de 30 ans dans l'État de Tamil Nadu, en Inde. En tant que promoteur déterminé de la technologie, Ravichandran écrit pour divers magazines en tamoul et en anglais, et participe souvent à des groupes de discussion soutenant l'adoption de technologies ayant fait leurs preuves scientifiquement pour accroître la productivité agricole d'une manière respectueuse de l'environnement.

 

Ravichandran en un membre bénévole du conseil d'administration du Global Farmer Network (réseau mondial des agriculteurs) et un membre actif du World Economic Forum’s New Vision for Agriculture Transformational Leaders Network (réseau du Forum Économique Mondial des leaders du changement pour une nouvelle vision de l'agriculture). Il est un membre actif de United Farmers Empowerment Initiative (UFEI – initiative des agriculteurs unis pour l'alphabétisation) de l'Inde et a constitué le « United Progressive Farmers Forum » (forum des agriculteurs progressistes unis), un outil qui aide les agriculteurs à réunir leurs ressources et à combler le fossé entre l'agriculture et les consommateurs.

 

Ravi a reçu en 2013 le prix Kleckner, reconnu à l'échelle mondiale, et s'est vu conférer le National Indian "Harit Kranti Award 2016", Innovative Farmer, pour sa remarquable contribution à la promotion de l'adoption des technologies de pointe par les agriculteurs.

 

Source : http://globalfarmernetwork.org/2017/01/celebrating-indias-miracle-crops-past-present-future/

 

 

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