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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Trump devrait-il éliminer le Programme National du Bio de l'USDA ?

19 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Politique

Trump devrait-il éliminer le Programme National du Bio de l'USDA ?

 

Henry Miller & Julie Kelly*

 

 

Le budget « light » proposé par la Maison Blanche il y a quelques semaines fera l'objet de modifications importantes en progressant dans le labyrinthe des comités du Congrès, mais il est clair que le président et ses conseillers économiques veulent vraiment hacher dans les programmes qui sont entachés de gaspillages, de fraudes et d'abus. Le directeur de l'Office of Management and Budget (OMB), Mick Mulvaney, a déclaré lors d'une conférence de presse le 16 mars [2017] que le gouvernement ne devrait pas mettre de l'argent dans des programmes simplement parce qu'ils « ont l'air bien ».

 

Plusieurs programmes du ministère de l'agriculture seraient éliminés dans le budget du président, et nous en proposons un autre – qui implique que le gouvernement fournit des avantages à des intérêts particuliers : le Programme National du Bio, qui est subventionné à hauteur de 160 millions de dollars par année et a plus en commun avec le département marketing de Whole Foods qu'avec une saine gestion des affaires publiques. Par exemple, il a pour objectif de « protéger l'intégrité du label bio USDA, de la ferme au marché, partout dans le monde ».

 

Le fait est que l'intégrité du label bio n'a rien à voir avec les bénéfices pour les consommateurs, les agriculteurs ou l'environnement. Alors, qu'en est-il en fait ? Et bien, quand il a été créé en 1990, le secrétaire à l'agriculture Dan Glickman avait souligné l'absence fondamentale de sens de l'appellation « bio » :« Soyons clairs sur un point : le label "bio" est un outil de marketing. Ce n'est pas une déclaration sur la sécurité alimentaire. Ni un jugement de valeur sur la nutrition ou la qualité. »

 

Cela vaut la peine de le répéter : le label « bio » n'est qu'un outil de marketing. Et il est cynique car de nombreux consommateurs sans méfiance sont grugés par les prix élevés des produits bios, sans bénéfices palpables. C'est pourquoi il devrait figurer au sommet de la liste de cibles de l'administration.

 

L'agriculture biologique s'est transformée en un extraordinaire filon pour des intérêts particuliers. Les ventes annuelles de produits bios aux États-Unis dépassent maintenant 40 milliards de dollars [ma note : en France, 5,76 milliards d'euros estimés pour 2015, 7 pour 2016]. Les dépenses fédérales pour l'agriculture biologique ont pris l'ascenseur de 20 millions de dollars dans le Farm Act de 2002 à plus de 160 millions de dollars dans le Farm Act de 2014. Et selon l'USDA, au cours de l'administration Obama, l'USDA« a signé cinq grands accords commerciaux sur le bio et a aidé les acteurs du bio à accéder à des programmes qui soutiennent la pérennité, donnent accès à des prêts et des subventions, financent la recherche et l'éducation en bio et atténuent les crises phytosanitaires. »

 

Il est à noter que d'autres intérêts spéciaux analogues – tels que les producteurs d'aliments casher et halal – ne reçoivent pas de subventions gouvernementales similaires. (Lire : assistance.)

 

La définition de « bio » ressemble à un défilé : le gouvernement et le secteur du bio modifient sans cesse sa signification ; elle est tout à fait arbitraire et, après tout, elle n'a aucune base scientifique. En janvier, le premier groupe de lobbying du secteur, l'Organic Trade Association (OTA), a annoncé un nouveau partenariat avec l'USDA pour créer un autre programme pour le bio – le programme « conversion certifiée » – pour aider les agriculteurs à passer du conventionnel au bio. (Les agriculteurs en conversion doivent attendre 36 mois avant qu'ils ne puissent obtenir une certification bio, afin que leur ferme soit totalement« décontaminée »des produits chimiques et pratiques interdits). « Cela facilitera le processus de transition vers le bio, permettra aux agriculteurs de vendre leurs produits comme étant certifiés « conversion » à des prix élevés et encouragera la production bio », selon l'OTA.

 

Le promotion agressive du bio au niveau fédéral n'est pas sans conséquences. Les consommateurs ont été incités à croire que les produits bios sont plus sains, plus sûrs et meilleurs pour l'environnement que les produits non bios, bien que cela ne soit pas le cas. Parce que les prix des produits bios sont beaucoup plus élevés, ces idées fausses érodent le pouvoir d'achat des consommateurs moyens. Et alors que les distributeurs bios adorent promouvoir l'idée que« bio »implique« local », les États-Unis sont en fait un importateur net de produits bios, y compris de céréales et graines bios de pays comme la Chine, l'Inde, la Turquie et la Roumanie, sans qu'il y ait moyen de s'assurer que ces pays respectent des normes « bios » qui ressemblent de près ou de loin à celles des États-Unis.

 

Les spécialistes du marketing du bio ont grugé les consommateurs en leur faisant croire que les producteurs bios n'utilisent pas de pesticides (ils le font, et beaucoup de pesticides qu'ils utilisent sont très toxiques), que les produits bios sont plus sains (ils ne le sont pas) et que les pratiques du bio sont bonnes pour l'environnement (des rendements des cultures plus faibles sont inévitables compte tenu du rejet systématique par l'agriculture biologique de nombreuses méthodes et technologies avancées ; et les rendements inférieurs augmentent la pression pour la mise en culture des terres et l'utilisation d'eau pour l'irrigation, des problèmes environnementaux graves).

 

Leur campagnes de peur et de dénigrement de la concurrence influencent le comportement des consommateurs, en particulier ceux qui ont des revenus modestes, d'une manière peu constructive : une étude récente publiée dans Nutrition Today a indiqué que « l'accès limité aux produits biologiques et leur manque de disponibilité dans les communautés à faibles revenus pourraient décourager l'achat [de fruits et légumes] lorsque le bio n'est pas disponible. »

 

L'administration Trump et le Congrès contrôlé par le GOP semblent déterminés à rendre les actions et les programmes du gouvernement fédéral plus efficaces et moins politiquement corrects. Faire sortir les contribuables du charlatanisme alimentaire serait un pas important dans cette direction.

 

____________

 

Une version de cet article est parue dans le San Diego Union-Tribune sous le titre : « Organic labeling program should be plowed under » et a été reprise par Genetic Literacy Project avec la permission des auteurs et de l'éditeur original.

 

Julie Kelly écrit sur la politique alimentaire et contribue à National Review Online. Suivez-la sur Twitter @ julie_kelly2. Henry Miller, médecin et biologiste moléculaire, est le Robert Wesson Fellow en philosophie scientifique et politique publique à l'Institution Hoover de l'Université de Stanford. Il a été le directeur fondateur du Bureau de la Biotechnologie de la FDA. Suivez le sur Twitter @henryimiller.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2017/04/12/trump-scrap-usdas-national-organic-program/

 

 

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