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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Tampon – notre ennemi intime » sur France 5 : il faut faire peur !

29 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Santé publique

« Tampon – notre ennemi intime » sur France 5 : il faut faire peur !

 

 

Non, les dernières prouesses de Mme Michèle Rivasi ne seront pas pour aujourd'hui. Le « documentaire » de France 5, « Tampon – notre ennemi intime », et ses effets médiatiques méritent une analyse un peu plus détaillée.

 

 

 

Encore un « documentaire » anxiogène de France 5

 

Mardi 25 avril 2017, France 5, fidèle à sa mission de service public qui consiste à propager la sinistrose, a diffusé « Tampon – notre ennemi intime » (ici sur Youtube), essentiellement sur le syndrome du choc toxique. Présentation :

 

« Présentés à leur apparition comme une révolution, symboles de la libéralisation du corps, pratiques au quotidien, les tampons sont devenus incontournables, sans qu'on s'interroge réellement sur leur composition ou les risques potentiels encourus. Devenus des produits d'hygiène courants, ces protections peuvent être à l'origine d'une affection méconnue : le SCT, le syndrome du choc toxique, une maladie qui réapparaît depuis les années 2000. Plusieurs composants chimiques reconnus pour leur dangerosité sont présents dans certaines grandes marques. »

 

Admirez les deux dernières phrases : le syndrome du choc toxique est essentiellement un problème de pathologie et de bactérie ; les bactéries en cause (staphylocoque doré ou streptocoque) ne sont pas apportées par le tampon, mais elles sont présentes au niveau cutané, nasal, buccal ou anal... et on nous bassine avec des « composants chimiques reconnus pour leur dangerosité ».

 

Un problème de santé publique est ainsi instrumentalisé pour une mise en cause des fabricants de tampons hygiénique et, surtout, de l'institution bashing, le dénigrement des institutions, essentiellement la Commission Européenne.

 

 

La hâblerie est de sortie

 

La hâblerie est bien sûr de sortie, complaisamment relayée par des médias. La réalisatrice de ce « programme choc », Mme Audrey Gloaguen, déclare ainsi au Journal des Femmes, dans « Il existe une désinformation dramatique sur les tampons » (un titre qui serait très objectif s'il était suivi d'une analyse critique du « documentaire »...) :

 

« J'ai mis huit mois à réaliser ce documentaire, ce qui est très long. Au début, c'était difficile. J'ai été sidérée de constater qu'il n'existait presque aucune étude scientifique ou étude d'impact sur le sujet. Seuls 60 millions de consommateurs et les Etats-Unis se sont penchés sur la question. J'ai appelé de nombreux spécialistes, qui étaient souvent gênés par le sujet et n'avaient pas de réponses à me donner. »

 

Dans le Figaro, « Le tampon est-il l'ennemi intime des femmes ? » c'est :

 

« Après des mois d’enquête sur plusieurs continents et de rencontres avec des victimes, lanceurs d'alerte et scientifiques, le film dévoile la composition secrète des tampons et soulève de nombreuses interrogations. "En France, personne n'a travaillé sur ce sujet et il n'existe à ce jour aucune étude d'impact du tampon sur la santé des femmes. Je me suis retrouvée sur un territoire complètement vierge et il m'a fallu cinq mois de recherches pour assembler toutes les pièces du puzzle", raconte Audrey Gloaguen. »

 

C'est puissamment grotesque. Il suffit de quelques clics avec des mots clés bien choisi pour accéder à la littérature scientifique ou de vulgarisation. Par un simple suivi de l'actualité, elle pouvait apprendre que, pendant qu'elle réalisait son « documentaire », le Pr Gérard Lina, du Centre National de Référence des Staphylocoques des Hospices Civils de Lyon, organisait une collecte de tampons usagés afin de disposer d’un grand nombre d’échantillons bactériens nécessaires à l’avancée de ses travaux. C'était même dans l'incontournable Monde.

 

 

En quelques clics...

 

Un tel niveau de désinformation – notamment affirmer en bref que personne ne se préoccupe et que les gynécologues ne connaissent pas le SCT – tient de l'irresponsabilité. Ajoutons pour bien faire l'anxiogénèse. Ainsi dans France Soir : « Outre les STC, les chercheurs estiment que le port du tampon peut être la cause de fausse-couche, endométriose, stérilité et cancer » (c'est nous qui graissons).

 

 

Remettre les choses en perspective : un syndrome rare

 

Tous groupes de populations confondus, l'incidence du syndrome du choc toxique (SCT) est de 0,52 pour 100.000 personnes selon cette étude états-unienne.

 

S'agissant des SCT liés aux règles, les dispositifs intra-vaginaux comme les tampons sont associés à un faible risque, dont l'incidence reste stable depuis les années 1980 (1 à 2/100.000 aux États-Unis et 0,7/100.000 au Royaume-Uni chez les femmes réglées). Le nombre de cas serait en augmentation en France selon cet article du Monde avec AFP ; mais attention : il s'agit de petits nombres (22 en 2014). Le SCT apparait essentiellement chez les rares sujets ne disposant pas d’anticorps anti-TSST-1 (toxic-shock syndrome toxin-1).

 

À titre de comparaison, l’incidence d'un accident thrombo-embolique veineux est d’environ 5 à 10 cas par an pour 100.000 femmes non utilisatrices de pilules ; elle passe à environ 20 cas par an pour 100.000 femmes avec les pilules de 2e génération, et à 40 avec les pilules de 3e et 4e générations ; et à 60 au cours de la grossesse.

 

 

 

Remettre les choses en perspective : la composition des tampons probablement hors de cause

 

Il y a des médias qui ont fait dans la sobriété et l'information.

 

Ainsi, une explication a été donnée sur LCI, « 6 choses à savoir sur le syndrome du choc toxique lié aux tampons » :

 

« "Certaines femmes sont porteuses du staphylocoque doré, une bactérie qui n’est normalement pas dangereuse, explique à LCI le Dr Gérard Lina, biologiste médical au CHU de Lyon. Mais porter un tampon de manière prolongée peut la 'bloquer' au niveau du vagin. Alors, elle se multiplie et produit des toxines dangereuses." Ce n'est donc pas le tampon en tant que tel qui est responsable du syndrome, mais bien le staphylocoque doré déjà présent dans l'organisme. Les toxines entrent ensuite dans la circulation sanguine et s'attaquent à plusieurs organes, dont le foie, les poumons et les reins, comme l'explique un document de The HealthLink BC (British Columbia). »

 

Le Journal des femmes se rattrape avec « Choc toxique : "il n'y a pas un tampon plus à risque qu'un autre" », citant une des références françaises, le Pr Gérard Lina :

 

« Pour l'heure, plusieurs hypothèses sont étudiées pour expliquer ces accidents liés au port des protections périodiques. La première, c'est que la composition du tampon pourrait favoriser la multiplication des staphylocoques, donc la production de toxines qui favorisent le SCT. "Les analyses que nous menons actuellement tendent à éliminer cette hypothèse", annonce Gérard Lina. En somme, selon le chercheur, la composition des tampons serait hors de cause et en tout cas, il n'y aurait pas un type de tampon particulier plus à risque qu'un autre. »

 

 

Source : « Situation nationale des chocs toxiques staphylococciques menstruels », Dr Anne TRISTAN, co-directrice du CNR des staphylocoques

 

 

Remettre les choses en perspective : la composition des tampons est publiée

 

La composition des tampons est soumise à des exigences légales (réglementations européenne REACH (Enregistrement, Évaluation, Autorisation, Restriction des Substances Chimiques) et française DSGP (Directive sur la Sécurité Générale des Produits) concernant les articles d’hygiène (2001/95/CE)).

 

Il faut de bons yeux pour lire la composition des tampons sur les paquets. Elle est également publiée par les grandes marques sur Internet (exemple).

 

La polémique – car c'est de cela qu'il s'agit – porte sur la composition exacte et sur les éléments présents – volontairement ou fortuitement – en petites quantités ou à l'état de trace.

 

Mais L'Express pouvait ainsi écrire en intertitre, de façon moutonnière : « Une composition pas assez détaillée ». Et cela permet de dérouler les thèses complotistes – il y a des perturbateurs endocriniens, et même du glyphosate (voir notamment ici, ici et ici), les industriels nous cachent tout, et la Commission Européenne ne fait rien... Pourtant :

 

« Toxicologue à l’Université Paris Sud, le Pr Marc Pallardy souligne que "la présence d’une substance dans un tampon à l’état de traces ne signifie pas qu'elle est nocive à cette teneur". D'une part, elle peut être liée à la présence de ces substances dans l'environnement (eau, air, sol, etc.), d'autre part les doses rapportées sont trop faibles pour affecter la santé. »

 

 

Résultat de recherche d'images pour "tampon composition"

(Source)

 

 

Remettre les choses en perspective : la composition des tampons, ça s'analyse aussi

 

Titre putassier sur le Huffington Post, « Après avoir vu "Tampon, notre ennemi intime" sur France 5, vous hésiterez beaucoup à utiliser des tampons – Une enquête passionnante (et effrayante) sur le choc toxique. » Remarquons incidemment : les fabricants de produits « bio » et de produits de substitution se frottent les mains... Texte moderato :

 

« Problème: pour comprendre comment se développe un choc toxique, il faudrait connaître la composition des tampons. Et c'est là que le bât blesse. »

 

Ces gens ne savent-ils pas qu'il existe des analyses chimiques ? Ne se font-ils pas la chambre de résonance de « documentaires » et de « rapports » hautement anxiogènes fondés sur des analyses chimiques pour détecter des traces minuscules de substances angoissantes ?

 

Dans « "Tampon, notre ennemi intime" : une enquête choc sur la composition des tampons » sur Madmoizelle, c'est furioso (c'est elles qui graissent) :

 

« Ce que montre aussi ce documentaire, c’est que le manque d’information sur la composition des tampons est un obstacle à la recherche. En effet, on y apprend que les scientifiques réalisent leur propre analyse des cotons et matières utilisées. Ce qu’ils trouvent alors n’est pas rassurant : des pesticides, des perturbateurs endocriniens, des substances cancérigènes, des traces de produits chimiques dangereux pour la santé… »

 

Quel délire ! Ce télescopage entre une anxiogénèse fondée sur un manque d'information et une anxiogénèse fondée sur une foison d'« informations » ! Désespérant !

 

 

Un grand bravo à France Soir et au Figaro (ironie)

 

France Soir fait particulièrement fort avec «Choc toxique, stérilité, cancer... les risques des tampons évoqués dans une émission sur France 5 », et il serait regrettable de ne pas dénoncer les dérives :

 

« Dans une interview donnée à Télérama, Audrey Gloagen explique que les tampons sont "une vraie poubelle chimique". Leur composition tenue secrète par les laboratoires pourrait être la cause de syndrome de chocs toxiques (STC) entraînant des problèmes de santé importants voire mortels. »

 

Il y a ce lien vers un article récent : « Leur composition [est] tenue secrète », mais cela renvoie à « Tampons et chocs toxiques : Tampax accepte de dévoiler la composition ». Nous sommes dans l'ère de la post-vérité...

 

Il y a aussi ce syndrome habituel chez les médias qui veut qu'un(e) documentariste devienne une autorité sur le sujet traité, non pas à l'égal, mais supérieure aux scientifiques spécialistes de la question :

 

« "Dans les cas de SCT, le staphylocoque doré prolifère grâce aux fibres synthétiques dont il se nourrit. Plus le tampon est absorbant et plus le sang stagne dans le vagin, ce qui augmente le risque de développement de la bactérie", explique la réalisatrice citée par Le Figaro. »

 

Le staphylocoque qui se nourrit des fibres synthétiques... quelle ânerie !

 

 

 

Sensationnalisme et complotisme... haro sur la Commission Européenne

 

Le « documentaire » préfère le sensationnel complotiste sans lequel il ne saurait y avoir de bon score à l'Audimat, de bonne critique sur Télérama et ailleurs, et de bons échos médiatiques. Commentaire (à 36:35) :

 

« Aujourd'hui encore, face à la puissance des industriels, l'Europe peine à imposer la transparence. »

 

Et donc, haro sur l'Union Européenne, avec... Mme Michèle Rivasi pour un de ces brûlots oraux qui enchantent tellement les oreilles des « eurosceptiques » (lire : europhobes) et « souverainistes » (lire : nationalistes).

 

Les médias se sont évidemment jetés sur le sujet. Pensez donc, il est dit dans le « documentaire » (à 3:30) que « tous les [nos propres] tests ont mis à jour la présence de substances toxiques... » et que (à 9:25) « en France la plupart des médecins ne sont pas formés à identifier cette maladie [le syndrome du choc toxique], même certains gynécologues en ignorent l'existence ». Bref, de quoi attirer une critique élogieuse de Télérama qui conclut sur le mot de la fin de la réalisatrice : « les tampons ressemblent à une poubelle chimique ». Rien que ça !

 

Le Monde a produit un article plutôt équilibré et informatif, « Les tampons hygiéniques sont-ils dangereux pour la santé ? ». Et il a donné carte blanche à Mme Rivasi. Cela a donné un autre article : « Etiquetage sur les tampons : "La Commission européenne est complice des industriels" ».

 

Et ce sera pour demain.

 

 

 

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un physicien 29/04/2017 16:42

J'ai écrit un commentaire sur l'article de Elise Lambert sur France Info ...il n'est jamais paru ...

Seppi 04/05/2017 15:50

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'ai aussi écrit... résultat...

http://seppi.over-blog.com/2017/05/censure-sur-les-tampons-et-le-syndrome-du-choc-toxique-sur-francetvinfo.html