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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Résidus de pesticides dans les aliments : l'EFSA dribble Cash Investigation

16 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #EFSA, #Pesticides

Résidus de pesticides dans les aliments : l'EFSA dribble Cash Investigation

 

 

Résultat de recherche d'images pour "cash investigation pesticides"

L'EFSA vous le dit...

 

 

 

Je le concède : le titre est putassier. Mais comment attirer le lecteur à qui il faut dire et répéter que son alimentation est saine au regard des résidus de pesticides ?

 

Quant à attirer ces gens de Cash Investigation (ou des autres séries dans lesquelles des Robins des médias traquent le « scandale ») pour un documentaire... ne rêvons pas.

 

 

 

Résultat de recherche d'images pour "safe produce" Un rapport sur les prélèvements d'échantillons de 2015

 

 

L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a choisi la semaine de Pâques pour publier son rapport sur les résidus de pesticides dans les aliments (communiqué de presse ici, rapport interactif à partir de l'image du communiqué (le lien est capricieux à l'heure où j'écris), rapport complet en anglais ici). On aurait pu trouver mieux comme timing.

 

Il s'agit du rapport sur les prélèvements d'échantillons de 2015. D'une manière générale, les chiffres sont similaires à ceux de 2014. Mais attention : comme les programmes coordonnés varient d'une année à l'autre, les chiffres ne sont pas directement comparables (ce, en plus des évolutions techniques). Le programme de 2015 se compare à celui de 2012 et a produit des résultats similaires du point de vue des dépassements de limite maximale de résidus (LMR) : 0,9 % en 2012, et 0,8 % en 2015.

 

 

Un titre de communiqué de presse encore améliorable

 

L'EFSA a intitulé son communiqué de presse : « Résidus de pesticides dans les aliments : le risque pour les consommateurs reste faible ».

 

Cela reste peu engageant... le fait est que, compte tenu des facteurs d'augmentation de la précaution que l'on met dans la chaîne de calcul des LMR, le risque est extrêmement faible, voire exceptionnel. On a tout de même trouvé un échantillon avec une dose d'étéphon correspondant à 100 fois la MRL ; à de tels niveaux on est manifestement dans le registre de la fraude et de l'irresponsabilité.

 

 

Petit retour sur un ignoble Cash Investigation


 

 

Résultat de recherche d'images pour "Cash Investigation 97%" Mais, au moins, Cash Investigation ne pourra pas cracher sa désinformation en assénant par exemple : « D’après l’Efsa, l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments, 97 % des denrées alimentaires contiennent des résidus de pesticide » dans une mémorable émission du 2 février 2016, « Produits chimiques : nos enfants en danger ». L'équipe de distingués journalistes avait alors « mal lu » un titre ambigu de communiqué de presse de l'EFSA, « Plus de 97 % des aliments contiennent des résidus de pesticides dans les limites légales » (c'est nous qui graissons), et zappé le membre de phrase qui change tout.

 

Notons que ni France 2, ni Mme Élise Lucet, ni son équipe n'ont diffusé de rectificatif, et se sont encore moins excusés pour ce qui est, au mieux, une formidable erreur. Et les sites internet de la chaîne publique continuent de véhiculer ce qui est, encore une fois au mieux, une énorme erreur (voir par exemple ici).

 

 

(Source : Libération, « Pesticides : le chiffre bidon de Cash Investigation »). C'est curieux, on n'en retrouve pas la retranscription sur FranceTVInfo, « DIRECT. "Cash investigation" : "Je ne pensais pas qu'on utilisait aussi massivement des pesticides dangereux en France" ».

 

 

On rappellera que le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) s'était ému – fort mollement – de la désinformation.

 

 

Les points clés

 

Mais revenons aux derniers chiffres de l'EFSA. Les points clés du rapport sont comme suit selon le communiqué de presse :

 

  • En 2015, les pays déclarants ont analysé 84.341 échantillons couvrant 774 pesticides.

 

  • La majorité des échantillons analysés (69,3 %) provenaient des Etats membres de l'UE, d’Islande et de Norvège ; 25,8 % provenaient de produits importés de pays tiers. L'origine des échantillons restants n'a pas été signalée.

     

  • 97,2 % des échantillons analysés se situent dans les limites permises par la législation de l’UE. 53,3 % des échantillons testés étaient exempts de résidus quantifiables tandis que 43,9 % contenaient des résidus ne dépassant pas les limites légales.

     

  • Les limites autorisées ont été dépassées dans 5,6 % des échantillons provenant de pays tiers, chiffre en baisse par rapport aux 6,5 % de 2014.

     

  • En ce qui concerne les produits issus des pays de l'UE et de l'EEE, les limites autorisées ont été dépassées dans 1,7 % des échantillons, une légère augmentation par rapport à l'année précédente (1,6 %).

     

  • Parmi les échantillons d'aliments destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge, 96,5 % étaient exempts de résidus ou contenaient des résidus dans les limites autorisées.

     

  • 99,3 % des aliments bio étaient exempts de résidus ou présentaient des taux se situant dans les limites légales.

     

  • La majorité des échantillons issus de produits d'origine animale (84,4%) étaient exempts de résidus quantifiables.

 

 

Les programmes de contrôle coordonnés (EUCP)

 

La France bonne élève ?

 

Dans les programmes de contrôle coordonnés (EUCP), les États analysent les mêmes produits. Parmi les produits végétaux non transformés, les taux de dépassement des LMR les plus élevés ont été constatés pour le brocoli (3,4 % des échantillons), les raisins de table (1,7 %), les poivrons (0,8 %), etc. Les dépassements étaient rares dans le cas des produits végétaux transformés (l'huile d'olive et le jus d'orange) et des œufs de poule. Aucun dépassement n'a été constaté pour le beurre.

 

 

 

Des échantillons contenant plus d'un pesticide en concentrations quantifiables (résidus multiples) ont été trouvés pour tous les produits alimentaires analysés dans le cadre de l'EUCP : bananes (58,4 %), raisins de table (58,3 %), les poivrons (24,4%). À l'autre extrémité on trouve le brocoli (14,8 %), le blé (14,3 %), les aubergines (10,5 %), les pois écossés (9,5 %), le jus d'orange (5,6 %) et l'huile d'olive (4,2 %).

 

 

Résidus de pesticides sur poivrons en 2015 (couleur foncée) et en 2012 (couleur claire). Pourcentages d'échantillons avec résidus dans les limites légales à gauche, en bleu, avec l'échelle du haut) ; pourcentages d'échantillons dépassant la LMR à droite, en jaune, avec l'échelle du bas.

 

 

 

Dans l'ensemble des programmes

 

Pays d'origine

 

De manière classique, les résultats des pays tiers sont moins bons que ceux des États membres de l'UE et de l'EEE : 5,6 % des échantillons en dépassement, avec 3,4 % des échantillons en dépassement net, en tenant compte de l'incertitude de mesure (contre 1,7 % et 0,9 %, respectivement). Les échantillons exempts de résidus quantifiables sont à 56,2 % pour ceux provenant de l'UE/EEE, et à 44,3 % pour ceux provenant des pays tiers. Ces différences mériteraient une analyse plus détaillée.

 

 

 

Parmi les 3.170 dépassements de LMR, 1.166 (en gros un tiers, dont 760 produits importés) se rapportaient à des pesticides non autorisés dans l'UE. On rappellera que quand les importateurs ne font pas de demande de LMR, c'est une valeur par défaut, très basse, qui s'applique.

 

 

Aliments destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge

 

Dans le cas des aliments destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge, il y a une LMR spécifique, fixée à un niveau très bas (en général 0,01 mg/kg, quelques fois moins). Les 96,5 % évoqués dans le communiqué de presse se répartissent en 89 % sans, et 11 % avec résidus quantifiables.

 

 

 

Produits biologiques

 

On a quantifié des résidus de pesticides dans les limites légales dans 13,5 % de produits biologiques (720 des 5331 échantillons analysés) ; 276 échantillons ne contenaient que des résidus de substances ne provenant pas nécessairement de l'utilisation des pesticides (par exemple des substances d'origine naturelle ou des polluants organiques persistants). Les LMR ont été dépassées pour 0,7% des échantillons (37 échantillons).

 

Le graphique suivant compare les produits conventionnels et biologiques. Le lecteur pourra estimer si cela vaut la peine de dépenser beaucoup plus pour obtenir une réduction grosso modo au tiers des produits contenant des résidus quantifiables et au quart des produits dépassant la LMR.

 

.

 

Les pesticides retrouvés dans plus de échantillons de produits biologiques figurent dans le graphique ci-dessous. L'EFSA a pris la peine d'expliquer les origines et causes. On aimerait qu'elle le fasse avec autant de précision pour les produits conventionnels. Nous noterons pour notre part que, quand on trouve des résidus en quantités quantifiables, l'hypothèse de la dérive du traitement effectué par le voisin paraît fort ténue.

 

 

 

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