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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Produire un insecticide « bio » grâce à des pesticides « chimiques »

26 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Pesticides

Produire un insecticide « bio » grâce à des pesticides « chimiques »

 

Glané sur la toile 136

 

 

(Source)

 

 

M. Christophe Bouchet vient de produire la quatrième volet de sa série « Naturel vs synthétique ».

 

Avec « De la production des pyréthrines naturelles », il rebondit sur un échange de commentaires dans lequel nous avions mis en lien un autre blog, « Pas tout à fait » de M. Erwan Seznec... vous savez, ce journaliste qui fait des piges pour Que Choisir et dont le lobby du « bio » a voulu faire la peau, professionnellement et médiatiquement parlant, pour cause de divulgation de secrets bien gardés par le « bio » sur ses turpitudes. M. Seznec avait notamment publié, en octobre 2016, « Comment le bio externalise les pesticides conventionnels chez les pauvres » (et, dans Que Choisir de septembre 2016, « Toxiques, naturellement »).

 

M. Bouchet a poursuivi l'enquête. Lisez son article pour apprendre comment on produit un insecticide « naturel », les pyréthrines, avec le concours de produits de synthèse...

 

C'est dans le même registre, du reste, que la fertilisation en « bio » : les engrais organiques achetés à l'extérieur de l'exploitation « bio », tels que le sang séché, la corne broyée et les fientes de volailles, proviennent d'exploitations « conventionnelles » et sont donc, in fine, le fruit de la conversion d'engrais de synthèse en engrais organiques.

 

M. Bouchet conclut longuement, et à juste titre, sur l'escroquerie intellectuelle et morale qui sous-tend le « bio », tout en respectant les producteurs de bonne foi :

 

« Voilà, voilà.

Que doit-on en penser ?

Ce que je vous ai déjà dit à plusieurs reprises : le bio est avant tout un marché juteux, pour lequel tout est permis, en particulier de tromper allègrement le consommateur, mais aussi l’agriculteur (qui, dans ce cas, achète des pyréthrines naturelles en toute bonne foi, sans savoir qu’il se fait rouler).

Ce marché est avant tout développé dans les pays les plus riches (en particulier en Europe), dans lesquels il est de bon ton, il est même du plus parfait bobo de consommer bio. C’est mieux pour la planète !

Oui, sauf que, d’une part le bio a beaucoup de côtés obscurs qui sont systématiquement passés sous silence, et d’autre part faire du bio en Europe est beaucoup plus facile si les aspects les plus négatifs sont délocalisés à l’autre bout de la planète !

 

[...] »

 

Nous ajouterons deux points.

 

D'une part, les principaux producteurs de pyrèthre sont la Tanzanie (14.747 hectares en 2014 ; source : FAOSTAT), le Kenya (3700 hectares, mais sa production est très faible depuis 2010), la Papouasie-Nouvelle-Guinée (2080 hectares) et le Rwanda (452 hectares).

 

 

Production de pyrèthre séché en tonnes (Source)

 

 

D'autre part, la bien-pensance s'insurge contre les cultures d'exportation comme les haricots ou les fleurs coupées du Kenya. Comment ? Nous, les Occidentaux bien nourris, nous enlèverions le pain de la bouche de ces pauvres Kényans (voir par exemple ici, ou encore ici) ? C'est évidemment oublier que ces productions sont créatrices de richesse, de revenus et d'emplois (50.000 producteurs, entre 45.000 et 60.000 personnes, essentiellement des femmes, employées par l'industrie). Mais qu'en est-il du pyrèthre ? Silence !

 

M. Bouchet conclut :

 

« Nos politiciens seront-ils assez intelligents, bien conseillés, intègres et courageux pour savoir dire aux lobbies écologistes, aussi bien qu’aux lobbies industriels, que leur place n’est pas dans le débat politique ? »

 

Posons la question autrement : M. Macron se fera-t-il conseiller par Mme Lepage ?

 

À son programme – qui n'engage que ceux qui le croient :

 

« D’ici à 2022, l’ensemble de la restauration collective – les cantines des écoles et les restaurants d’entreprise – devra proposer au moins 50% de produits biologiques, labels de qualité, ou local. »

 

Et aussi :

 

« Nous réunirons tous les acteurs de la filière alimentaire afin d'élaborer un agenda des solutions pour l'alimentation, dans le cadre d’un “Grenelle de l’alimentation”. »

 

On en tremble déjà, tellement « Grenelle » est devenu synonyme de chienlit...

 

Et, dans le volet « agriculture » :

 

« Dans le cadre du Grenelle de l’alimentation, nous définirons également un calendrier prévoyant l’élimination progressive des pesticides en commençant par ceux qui présentent un risque pour la biodiversité ou la santé, et le développement d’alternatives. »

 

Éliminer les pyréthrines naturelles ? C'est-y pas une bonne idée ? Lire l'épisode précédent de M. Bouchet, « Pyréthrines vs pyréthroïdes ».

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so 26/04/2017 23:01

Vous mélangez la réglementation de l'agriculture biologique que tous les grands groupes veulent casser et l'approche de l'agriculture biologique, en tant que paysan bio, mon objectif est d'avoir 0 intrant, pas de remplacer des intrants conventionnels par d'autres "bio".
-l'autonomie du paysan
-la réappropriation des circuits de commercialisation par les paysans
-la marge net en AB supérieure
-Accepter d'avoir des adventives, vivre avec la nature et pas contre..

Seppi 04/05/2017 16:04

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Non je ne mélange pas la réglementation de l'agriculture biologique avec ce que vous prétendez être l'approche de l'agriculture biologique.

Ce que vous décrivez, c'est la vôtre, d'approche ; je n'ai aucun problème à la respecter car nous sommes dans un système économique de libre entreprise. Mais ce n'est pas celle de la majorité des producteurs bio. Et encore moins celle des agriculteurs conventionnels qui nous nourrissent.