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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les fermes ne ressemblent pas au jardin d'Eden : pour une intervention humaine déterminée dans l'agriculture

11 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie

Les fermes ne ressemblent pas au jardin d'Eden : pour une intervention humaine déterminée dans l'agriculture

 

Andrew McGuire*

 

 

[Ceci est la deuxième et dernière partie d'une série sur l'agriculture durable. La première est ici.]

 

 

Dans un article récent, j'ai soutenu que nous devrions écarter les idées d'« équilibre de la nature » et de « la nature sait mieux » dans la conception des systèmes agricoles. Si la nature n'a pas été optimisée par un processus que nous connaissons et qu'elle se compose donc principalement de mélanges aléatoires d'espèces dictés principalement par des perturbations naturelles, alors il n'y a aucune raison de « suivre la voie que nous montre la nature ». Mais si nous ne suivons pas cette voie, que nous reste-t-il ?

 

Il nous reste une agriculture fondée sur l'ingéniosité humaine et composée de ce qui suit :

 

  • Des rotations des cultures ; ou mieux encore, des successions de cultures dynamiques ;

     

  • La gestion des résidus et le semis sans labour pour garder le sol couvert et contrôler l'érosion ;

     

  • L'utilisation avisée des engrais de synthèse en association avec des engrais organiques ;

     

  • Des cultures de couverture et des engrais verts, y compris les mélanges de couverture ; c'est à ce niveau que l'on peut étudier les espèces inutilisées et sous-exploitées pour tirer parti de la « sagesse de la nature ». Le semis de précision séquentiel avec des cultures de couverture pourrait augmenter les bénéfices des cultures de couverture en permettant aux racines de coloniser avantageusement les canaux radiculaires des cultures mortes (c'est la colonisation séquentielle des canaux radiculaires).

     

  • La gestion intégrée des ravageurs, y compris l'utilisation de pesticides améliorés.

     

  • Les OGM, y compris pour les cultures de couverture.

 

Toutes ces pratiques pourraient être plus largement utilisées et appliquées plus efficacement.

 

Qu'en est-il des pratiques promues parce qu'elles imitent la nature ? Denison, dans Darwinian Agriculture, évalue quatre de ces pratiques fondées sur la nature : les cultures pérennes de céréales, le recours aux seules sources locales de fertilisants, les cultures intercalées [« Intercropping » – voir l'image ci-dessous pour le sens donné à cette expression] et le recours à la diversité pour lutter contre les ravageurs. Il examine ensuite les éléments de preuve pour chacun d'eux et donne son évaluation. Voici, résumée par mes soins, l'évaluation de Denison :

 

  • Cultures pérennes de céréales. –  Denison conclut que les plantes vivaces à rendement plus faible ont leur place, en particulier dans l'alimentation du bétail, mais « étant donné le compromis entre la pérennité et la production de grains, l'accent mis sur la production de grains peut être mal placé ».

     

  • Recours aux seules sources locales de fertilisants. –  Sur le principe de suivre l'exemple de la nature, Denison affirme que « l'approvisionnement local en éléments fertilisants dans les écosystèmes naturels est une contrainte imposée par le manque d'intrants externes et non un exemple de "sagesse de la nature"». En d'autres termes, si on peut conseiller d'utiliser les sources locales de fertilisants autant que possible, cela ne devrait pas être une contrainte pour nous, au seul motif que c'est une contrainte sur les terres non cultivées.

     

  • Cultures intercalées. –  Denison souligne les erreurs couramment rencontrées dans les expériences de cultures intercalées, principalement le fait que l'on ne cherche pas à déterminer ou à utiliser la densité optimale pour les parcelles en mono-espèce, ce qui favorise les parcelles en cultures intercalées. La conception de ces types d'expériences est complexe, mais même dans celles soigneusement conçues, Denison trouve dans son étude des résultats de la recherche que « la plupart des cultures intercalées produisent plus que la moyenne des deux cultures[ou plus], mais moins que la meilleure culture seule ». Dans ce cas, les agriculteurs auront tendance à cultiver la meilleure culture. Il ajoute : « La diversité est peut être là pour une raison... mais cela ne signifie pas que la diversité est là pour un but. »

     

  • Recours à la diversité pour lutter contre les ravageurs. –  Ici, Denison compare la diversité dans l'espace, l'« équilibre de la nature » qui a inspiré les cultures intercalées, à la diversité dans le temps ou la rotation des cultures, qui a une longue histoire de succès et n'est pas couramment rencontrée dans la nature. Avec les cultures intercalées, souligne-t-il, vous utilisez les avantages de la diversité (ici, pour lutter contre les ravageurs) la première année où le système est mis en place. Que faites-vous pour la diversité la deuxième année, demande-t-il ? D'autre part, avec la rotation des cultures, l'ensemble du système change chaque année. Denison suggère que celle-ci fonctionne mieux que celles-là à long terme, mais il ne connaît pas de recherche qui a examiné cette question. Néanmoins, il n'y a pas de solution durable aux ravageurs : « L'évolution continue [des ravageurs] aura tendance à miner toutes nos mesures de lutte contre les ravageurs, et pas seulement celles qui sont fondées sur des produits chimiques toxiques ». Nous ne pouvons pas sortir de la cage d'écureuil du contrôle des ravageurs.

 

« Intercropping »

 

Bien que je pense que nous serions mieux sans le fardeau du « imiter la nature », je ne dis pas que la biodiversité n'est pas importante. Nous devrions incorporer plus de diversité dans nos systèmes de culture, non pas parce que la nature est diverse, mais pour que nous puissions mieux utiliser les propriétés et les processus des différentes plantes. S'il devait exister quelque part, le « génie » de la nature se trouverait dans les espèces individuelles, et non dans les écosystèmes. À l'heure actuelle, sauf pour le maïs, le soja, le riz et le blé, nous n'avons pas exploré à fond les capacités de nombreuses plantes, domestiquées ou non.

 

Je ne dis pas non plus que les interactions entre les espèces ne sont pas importantes. Nous devrions étudier les combinaisons intentionnelles d'espèces, les mélanges qu'on ne trouve pas dans la nature ; rechercher des interactions simples et directes entre les espèces qui nous donneront les résultats souhaités. Comme le souligne Denison, nous pouvons acquérir plus de connaissances sur les espèces individuelles lorsqu'elles sont étudiées dans des communautés avec d'autres espèces – un travail pour les agroécologues ! Cependant, si l'idée que la durabilité des écosystèmes naturels dépend de la complexité est une illusion, les systèmes agricoles ne devraient pas être plus complexes que nécessaire à nos fins.

 

Un autre avantage obtenu en rejetant « les notions romantiques d'un Eden stable » est que cela devrait nous rendre moins sensibles aux solutions « magiques », aux vœux pieux et autres inepties. Selon mon expérience, cela s'impose le plus dans la gestion des sols et des ravageurs. Il n'y a pas de méthodes rapides, faciles et bon marché pour améliorer les sols. Il faut des quantités de matières organiques, soit produites sur place (moins cher) ou apportées (plus cher). À long terme, les éléments fertilisants qui sont exportés par la culture doivent être remplacés ; ils ne peuvent pas être produits par « une meilleure biologie ». Pour les insectes, les mauvaises herbes et les maladies, aucun effort pour peaufiner le système ne va les faire disparaître.

 

Il y a ceux qui trouveront que toute cette notion est encore un autre exemple de l'arrogance humaine essayant de contrôler la nature ; il y a certes beaucoup de cas où nous n'avons pas brillé dans la gestion de la Terre. Cependant, nous devons nous rendre compte que l'agriculture contrôle la nature pour nos propres besoins. Nous avons encore besoin de la nature, et d'endroits « sauvages », mais à moins que les critiques ne puissent indiquer un mécanisme par lequel les écosystèmes naturels ont été constamment améliorés, nous ne devrions pas les utiliser comme des modèles pour l'agriculture, ni supposer que nous ne pouvons pas faire mieux. Il n'y a pas d'état utopique de la nature, nous pouvons donc cesser d'essayer de restaurer, de récupérer ou de retrouver un tel état dans l'agriculture. Il n'y a pas de chemin de retour, mais il y a un moyen d'aller de l'avant.

 

_____________

 

* Une version de cet article a été initialement publiée sur le site du Centre pour le Maintien de l'Agriculture et des Ressources Naturelles de l'Université de Washington sous le titre « Ecosystems are Not Smart, We Are – Applications on the Farm » et a été republié sur Genetic Literacy Project avec la permission de l'auteur.

 

Andrew McGuire est un agronome du Centre de la WSU pour le Maintien de l'Agriculture et des Ressources Naturelles. Il a également travaillé pour la Coopérative de Vulgarisation de l'Université du Nebraska et le Service de Conservation des Ressources Naturelles dans l'ouest du Colorado.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2017/03/20/farms-not-like-eden-case-aggressive-human-intervention-agriculture/

 

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