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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La philosophie de pacotille anti-viande sur Marianne

20 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

La philosophie de pacotille anti-viande sur Marianne

 

 

Je me demande parfois pourquoi je continue d'acheter Marianne. J'apprécie certes les éditoriaux de M. Jacques Julliard et quelques articles de réflexion. Mais les couvertures tapageuses, les pseudo-enquêtes et analyses que leurs auteurs croient salutaires mais qui ne sont que corrosives pour le vivre ensemble m'inspirent une solide répulsion. Et que dire de cette rubrique « On passe à table » – d'une lecture littérairement agréable, on en conviendra – relatant des expériences gastronomiques, sans nul doute « offertes » en contrepartie d'un article élogieux, des expériences que seuls de très rares lecteurs de Marianne peuvent « s'offrir » (lire : se payer) ; ou s'extasiant sur une forme d'agriculture qui plaisait tant au maréchal Pétain et vilipendant l'agriculture moderne, forcément « productiviste » ? Le numéro du 14 au 24 avril 2017 avait donc pour manchette « Le palmarès d'une campagne bien pourrie... » avec en plus petit « Le plus grand menteur, le plus gros tricheur, le plus traître, le plus parano, le plus démago... ».

 

Mais ce numéro contient aussi dans la rubrique « Idées » une conversation à trois avec Mmes Florence Burgat et Elisabeth de Fontenay.

 

Le titre :

 

« Les carnivores sont-ils des salauds ? »

 

Le thème :

 

« Peut-on manger de la viande sans mauvaise conscience ? Entre radicalisme et réformisme, les philosophes Florence Burgat et Elisabeth de Fontenay confrontent leurs points de vue. »

 

Admettons que la journaliste soit neutre. C'est donc une conversation, vue par un omnivore comme l'est et l'a toujours été l'espèce humaine, entre la peste bovine et la fièvre aphteuse. Florilège.

 

Mme Burgat a écrit dans « L'Humanité carnivore » (notez qu'il y a tout de même une majuscule) :

 

« Ce que la viande comme aliment ordinaire institue peut-être avant tout, c'est un rapport fondamentalement meurtrier aux animaux. »

 

Et Mme Burgat embraye :

 

« …je n'ai pas voulu me borner au procès de la révolution techno-scientifique qui monte en puissance depuis quelques années. Car, pour moi, le passage à l'abattage industriel ne constitue pas une rupture, mais une aggravation de quelque chose qui avait commencé bien avant, y compris dans des sociétés anciennes qui ne concevaient pas de différence d'essence entre les humains et les animaux : la mise à mort des animaux, qui plus est dans des conditions cruelles. »

 

Voilà un bel alignement de sophismes pour asseoir le propos. La « techno-science », ben c'est depuis que l'Homme a commencé à maîtriser le feu et casser des cailloux ! Et la « techno-science » moderne ne date pas d'hier...

 

Résultat de recherche d'images pour "tintin en amérique"

 

L'abattage « industriel » ? « Tintin en Amérique », première édition : 1932 (à partir de septembre 1931 dans Le Petit Vingtième). Les Halles de Paris ? On n'ose y penser... « Le ventre de Paris » de Zola ? 1873.

 

Quant à la « mise à mort », elle est forcément « cruelle ».

 

Poursuivons :

 

« Mais les pratiques qui nous semblent odieuses aujourd'hui existent depuis toujours. C'est un fait. Elles se sont massifiées. Comment expliquer que l'humanité consente à faire subir de tels traitements aux bêtes ? »

 

Ces « pratiques » peuvent sembler « odieuses » à Mme Burgat, mais certainement pas à la très grande majorité de l'Humanité.

 

Résultat de recherche d'images pour "pourquoi j'ai tué mon père" Une Humanité qui a commencé à domestiquer des animaux pour s'en nourrir au Néolithique. Une Humanité qui a tellement transformé les espèces sauvages souches que nos animaux d'élevage sont devenus incapables de survivre seuls dans la nature et sont donc tributaires de l'Homme. De sorte que tout ce tintamarre antispéciste signifie en fait, si l'idéologie était appliquée et généralisée, l'extinction – la mort – des espèces domestiquées.

 

Une philosophie qui refuse la mort de l'individu – animal – mais promeut implicitement celle de son espèce, avouez, il y a de quoi s'étonner !

 

Mme De Fontenay – qui n'est pas végétarienne mais considère aussi que « le meurtre de l'animal relève de l'assassinat » – a une vision un peu plus réaliste :

 

« ...ce grand progrès de l'humanité m'inspire une tendresse enfantine pour la domestication. Mais, d'un autre côté, je reconnais qu'il s'agit d'un phénomène extraordinairement négatif puisqu'on ne soigne plus les animaux mais qu'on les engraisse. »

 

Et bien non ! On les soigne (et, le moment venu, on les engraisse). Du reste, on les soigne aujourd'hui bien mieux que cela ne fut le cas par le passé.

 

Mais, plus loin, après un exposé sur la signification du sacrifice des animaux aux dieux :

 

« L'abandon de la pratique sacrificielle qui s'est très vite instauré dans l'Occident chrétien a pu conduire à la disparition du lien entre les vivants, si bien que la souffrance et la mise à mort des animaux ont perdu toute signification. »

 

Voilà une vision bien dystopique, et pour tout dire choquante, de nos relations avec les animaux et du comportement humain face à la souffrance et la mort, fussent-elles d'animaux.

 

La question est également abordée sous l'angle de l'histoire. Pour Mme Burgat,

 

« La place hypertrophiée conférée à la chasse dans l'histoire permet aujourd'hui à certains d'expliquer que, si on mange de la viande, c'est parce que c'était déjà le cas au paléolithique. […] pendant des siècles, les hominidés ont mangé ce qu'ils ont trouvé. Ils étaient charognards, parfois cannibales. Autrement dit des individus omnivores auraient tout à fait pu manger de manière occasionnelle de la viande sans que cela devienne le mode alimentaire normal. »

 

Splendide réécriture de l'histoire humaine ! Et quelle logique ! Il faut oser expliquer une extravagante toquade d'aujourd'hui par le comportement alimentaire – sans nul doute choisi et non imposé par les circonstances et la nature (ironie) – de nos ancêtres pré-Homo et pré-sapiens. Quant à l'explication par le paléolithique, je cherche...

 

Voici une autre perle de Mme Burgat :

 

« Mon propos n'est pas moralisateur, car je pense que l'humanité entretient une haine très profonde des animaux. »

 

Des punaises de lit – qui empoisonne désormais, à nouveau, la vie de bien des gens, y compris de nombreux bobos, même dans les « beaux quartiers » – oui, mais ne haine des toutous et minous ?

 

Peut-on décemment tenir ce genre de propos sur le plan factuel, en France notamment, quand près de deux foyers sur trois possèdent un animal de compagnie ? Et sur le plan historique quand les animaux domestiques ont contribué de manière essentielle à la survie et au développement de l'humanité, pas seulement en tant que source de nourriture, mais aussi, par exemple, de force de traction, de moyen de locomotion, de fournisseur d'engrais ou encore de dératiseur ?

 

Résultat de recherche d'images pour "haine des animaux" Il y a encore des propos étonnants sur le cannibalisme. Mme Burgat conclut :

 

« Quand des expéditions guerrières sont menées dans l'unique but de capturer des prisonniers qui sont soit mangés sur place, soit tués et cuisinés en vue de festins ou de banquets, on ne peut manquer de noter qu'il est des manières semblables de consommer la viande animale. La permission que l'humanité s'arroge de manger les animaux ne peut se départir tout à fait de son ombre cannibale. »

 

L'écodéesse Vandana Shiva avait osé assimiler le viol à la culture d'OGM (dans sa formulation, c'était l'inverse, mais les égalités ne sont-elles pas réversibles?). Faire un lien entre consommation de viande animale et cannibalisme...

 

Mais n'est-il pas que :

 

« La réflexion philosophique n'a pas besoin d'être dans le compromis, j'essaie de penser jusqu'au bout. »

 

 

Post scriptum

 

Mme Burgat est directrice de recherche à l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA).

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Commenter cet article

Pascal Tropée 21/04/2017 10:11

Quelqu un a t il lu le dernier etron de l'inc? Sur les PE.

Pascal Tropée 21/04/2017 10:09

Marianne : un torchon equivalent au Daily Mirror mais ce dernier assume sa ligne editoriale.

Albert Amgar 20/04/2017 12:09

Je me demande moi aussi pourquoi vous continuez à acheter Marianne !