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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'Environmental Working Group ne sert pas les consommateurs avec son marketing « sale », ses « généreux donateurs » du bio

4 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Steve Savage, #Activisme, #Pesticides

L'Environmental Working Group ne sert pas les consommateurs avec son marketing « sale », ses « généreux donateurs » du bio

 

Steve Savage*

 

 

L'Environmental Working Group états-unien est présenté comme « une organisation environnementale de recherches à but non lucratif […] et un leader dans la fourniture de contenu pour les groupes d'intérêts publics et les citoyens préoccupés par les menaces pour la santé et l'environnement et par la recherche de solutions ». Cherchez la phrase sur votre moteur de recherche favori et ils vous dira : « environ 20.000 résultats ». Si le secteur marchand contribue peu aux finances de l'entreprise (3,3 %), sa composition est remarquable : le bio au sens large et les « produits naturels ». Dans la pratique, l'EWG « roule » pour le bio (comme Générations Futures, dont le financement est plus opaque, en France). En particulier, l'EWG pilote la campagne « Just Label It ».

 

La liste annuelle des « Dirty Dozen » ou « douze salopards » – les fruits et légumes prétendument les plus « chargés » en pesticides – de l'EWG pollue régulièrement le paysage de la blogosphère française. L'avis de M. Steve Savage est donc intéressant. Il répond aussi, indirectement, à des allégations similaires.

 

 

Ces deux dernières décennies, une organisation appelée Environmental Working Group [profil établi par le Genetic Literacy Project ici] a publié chaque année ce qu'elle appelle une « liste des douze salopards ». Elle désigne des plantes cultivées dont les produits présentent, selon elle, des niveaux élevés de résidus de pesticides et recommande aux consommateurs d'acheter les versions biologiques de ces produits.

 

L'EWG fonde sa liste sur une interprétation amplement faussée d'un programme de contrôle de l'USDA, financé par les contribuables, appelé PDP (Pesticide Data Program). Ce que le PDP démontre en fait, c'est que notre approvisionnement alimentaire est extrêmement sécuritaire. L'EWG a été interpellé à maintes reprises et on lui a reproché de promouvoir cette liste dépourvue de base scientifique qui a un effet contre-productif sur la consommation de fruits et légumes par les Américains. Pourtant, l'EWG persiste dans l'utilisation de cette stratégie comme un moyen de collecter des fonds. On peut supposer qu'elle sert aussi les intérêts de ses sociétés donatrices du secteur de l'alimentation biologique (voir la liste ci-dessous). Notez qu'il s'agit de très gros acteurs de l'agroalimentaire ; il n'y a qu'une seule entreprise de production dans la liste.

 

 

Liste des entreprises bailleurs de fonds, partenaires du site Web de l'EWG.

 

 

Dans sa dernière campagne, l'EWG a pointé du doigt quelques cultures pour un surcroît de diabolisation – notamment les épinards. Il met en avant certaines substances chimiques qui ont été détectées dans les échantillons d'épinards par l'USDA en 2015. J'ai examiné en détail les données publiquement disponibles. Il s'avère que 7 % des échantillons d'épinards de 2015 étaient bios. Les substances chimiques que l'EWG a choisi de présenter ont aussi été trouvées sur ces échantillons bios. Comme pour presque tous les résidus trouvés sur toutes les denrées, les quantités que les chimistes analytiques de l'USDA ont trouvées étaient à des niveaux très bas – bien en dessous des niveaux pouvant donner lieu à des préoccupations pour la santé. Pourtant, il est ironique que la logique erronée que l'EWG utilise pour effrayer les consommateurs et les dissuader de consommer des épinards conventionnels parfaitement sûrs revient à dire qu'ils devraient également éviter l'alternative biologique.

 

Les experts s'accordent à dire que l'une des meilleures choses que nous pouvons faire pour notre santé est de consommer beaucoup de fruits et légumes. Malheureusement, trop peu d'Américains le font. L'épinard est l'un des légumes les plus populaires qui peut aider les consommateurs à aller dans la bonne direction, en particulier depuis qu'il est disponible en frais, pré-lavé, une option très pratique. Décourager la consommation de tout type d'épinards, en particulier par la désinformation, est particulièrement irresponsable. Un groupe de l'industrie qui représente à la fois les entreprises de production conventionnelles et biologiques (beaucoup sont sur les deux créneaux) offre une calculatrice en ligne utilisant les données de l'USDA et des informations toxicologiques fiables. Avec cet outil, les consommateurs peuvent visualiser à quel point des produits comme les épinards sont en réalité sûrs. Par exemple, un enfant pourrait manger sans risque jusqu'à 310 portions d'épinards par jour sans effets négatifs des traces de produits chimiques pouvant être présentes dans ce produit.

 

Comme je l'ai écrit, les produits biologiques et conventionnels sont en fait très similaires s'agissant de la présence de faibles niveaux de résidus de pesticides. Parce que l'EWG a ciblé les épinards dans sa récente campagne de collecte de fonds, j'ai pensé qu'il serait intéressant d'entrer dans les détails du cas de cette culture. Par exemple, l'EWG se concentre sur un insecticide pyréthrinoïde de synthèse, la perméthrine, qu'il appelle un « tueur d'insectes neurotoxique ». Cela semble effrayant, mais les pyréthrinoïdes ont toutes le même mode d'action que le produit naturel appelé pyréthrine dérivé du pyrèthre (la pyréthrine est utilisée en agriculture biologique). En tant que classe, les pyréthrinoïdes ne sont que légèrement toxiques pour les mammifères et sont considérés comme suffisamment sûrs pour être présents dans de nombreux produits ménagers, de jardin et pour animaux de compagnie vendus aux consommateurs. Une des versions de synthèse, la perméthrine, figure parmi les produits de protection des cultures les plus utilisés sur les épinards pour prévenir les dommages causés par des chenilles et les infestations par les pucerons. Ce sont des choses que nous n'aimerions pas trouver dans nos salades !

 

L'USDA a détecté en moyenne 0,8 parties par million [0,8 mg/kg] de perméthrine dans les échantillons d'épinards conventionnels de 2015. Cela ne représente que 4,2 % de la tolérance très protectrice fixée par l'EPA ; en d'autres termes, on est loin du niveau qui pourrait susciter des inquiétudes. Dans les échantillons bios de la même campagne, l'USDA a détecté en moyenne 0,9 parties par million de perméthrine – essentiellement au même niveau que pour les produits conventionnels.

 

L'EWG souligne également le fait que des traces de DDT et de ses métabolites ont été trouvées dans certains échantillons d'épinards. Ce sont malheureusement des contaminants du sol qui se décomposent lentement et sont encore présents des décennies après que ce vieux produit a été interdit. Leur présence n'est certainement pas liée à la culture des épinards en conventionnel ou selon les règles de l'agriculture biologique. Heureusement, les niveaux sont minimes – 7 parties par milliard [7 µg/kg] pour le conventionnel et 11 parties par milliard pour le biologique. Ce sont seulement 1-2 % du niveau que l'EPA juge préoccupant.

 

La perméthrine et le DDT sont les substances détectées sur les épinards dont l'EWG a choisi de parler. En 2015, il y avait des résidus de 30 autres pesticides de synthèse sur les épinards bios. L'USDA ne recherche pas deux douzaines au moins d'autres pesticides qui sont approuvés pour l'agriculture biologique et utilisés sur les épinards (agents de biocontrôle, composés minéraux, produits chimiques naturels). Rien de tout cela signifie que les épinards bios sont « sales ». Les épinards conventionnels ne sont pas non plus « sales ». Ce qui est « sale », c'est la tactique qui consiste à dire aux consommateurs qu'ils doivent acheter des produits bios en raison de préoccupations relatives aux résidus sans reconnaître que les produits bios présentent des niveaux de résidus similaires, faibles.

 

À mon avis, les « douze salopards » devraient se référer aux onze grandes sociétés du bio qui soutiennent l'EWG, et l'EWG lui-même.

_______________

 

* Une version de cet article a paru sur Forbes sous le titre « Is Conventional Produce Dirty? No, But The Marketing Tactics Of Big Organic Are » (les denrées alimentaires conventionnelles sont-elles sales ? Non, mais les tactiques de marketing de "Big Bio" le sont) et a été republiée sur Genetic Literacy Project avec la permission de l'auteur et de l'éditeur original.

 

Steve Savage est un scientifique agricole (phytopathologie) qui a travaillé pour la Colorado State University, DuPont (développement de fongicides), Mycogen (développement de solutions de biocontrôle), et a exercé ces 13 dernières années l'activité de consultant indépendant. Son site est Applied Mythology. Vous pouvez le suivre sur Twitter @grapedoc.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2017/03/21/environmental-working-groups-dirty-marketing-serves-big-organic-donors-not-consumers/

 

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