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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : la nouvelle gesticulation pipi-toyable de Générations Futures

7 Avril 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #Glyphosate (Roundup), #Générations futures

Glyphosate : la nouvelle gesticulation pipi-toyable de Générations Futures

 

 

Résultat de recherche d'images pour "générations futures glyphosate" « Exclusifs... » ? Quelle exagération...

 

Le 6 avril 2017, Générations Futures a produit un « rapport » et lancé une opération de com' pour nous convaincre que nous sommes tous « contaminés » par le glyphosate :

 

« 30 "cobayes" ont confié leurs urines à Générations Futures afin d’y rechercher le fameux glyphosate, molécule active déclarée des herbicides de type RoundUp ®. Résultats ? 100% des échantillons contiennent des résidus de cet herbicide classé cancérigène probable par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). »

 

L'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) commente le même jour :

 

« Cette fois-ci, Générations Futures va encore plus loin d’ans l’absurdité et la malhonnêteté "scientifique". »

 

C'est aussi notre avis. Mais, malheureusement, cette gesticulation est médiatiquement efficace.

 

 

Bricoler une « enquête » comme support d'un plan com'

 

Le truc est maintenant largement connu : Générations Futures élabore un plan com' puis bricole une « enquête » a minima pour sous-tendre le plan com'.

 

C'est que les généreux donateurs du secteur de l'industrie et du commerce du « bio » investissent dans la petite entreprise incorporée sous forme d'association loi 1901 – et attendent un retour sur investissement – des sommes tout de même modestes.

 

Du reste, produire une véritable enquête, objective et représentative, n'a aucun intérêt puisqu'il s'agit de com'... Au contraire, une telle enquête contrecarrerait le plus souvent le message prédéfini.

 

On prend donc un nombre limité de « cobayes » susceptibles de contribuer au plan com'. Ce furent par le passé des enfants et des femmes en âge de procréer – excellent choix pour activer le fibre émotionnelle. Ce furent aussi des personnes en vue.

 

Pour la dernière livraison, on a donc dosé le glyphosate dans l'urine de 30 personnes. Cela n'a pas empêché GF de titrer avec une immodestie zeppelinesque « Quelle exposition des français au glyphosate - herbicide le plus vendu au monde ? » (page web ici, communiqué de presse ici, « rapport » ici).

 

Ce sont 30 personnes, mais : « Un certain nombre de personnes connues ont accepté de participer à ces analyses ».

 

 

Quelques « personnalités » pour faire le buzz

 

La liste commence avec un certain... François Veillerette, maintenant directeur et porte-parole de GF, depuis qu'il n'est plus conseiller régional de Picardie. Il y a aussi Olivier De Schutter (pas vraiment français...), Delphine Batho, Arnaud Apoteker, Mathieu Calame – en bref, quelques étoiles plus ou moins brillantes de l'activisme anti-pesticides et anti-OGM, toutes susceptibles de distiller une belle déclaration monumentalement anxiogène. Allez, on vous livre celle d'Arnaud, un concentré de bêtise et de débilité :

 

« La contamination de mon urine par le glyphosate, à la suite de tests effectués dans d'autres endroits du monde, montre que le glyphosate est partout sur notre planète, et que Monsanto est un acteur de pollution mondial. Pour être autorisés, les pesticides sont supposés ne pas laisser de trace, or le glyphosate a laissé sa marque dans tous les compartiments des écosystèmes, jusque dans nos cellules. Il doit être immédiatement interdit, et Monsanto devrait être jugé pour avoir contaminé la terre entière. »

 

Son pipi est « contaminé » et toute la planète est polluée ? Les « pesticides sont supposés... » ? C'est nouveau ! Plus de DJA, de LMR, etc. ? Ce serait, nous semble-t-il, plutôt M. Apoteker qui devrait être jugé pour avoir pollué la planète avec son urine contaminée par le glyphosate...

 

Il y a aussi quelques « people » (Mme Marie-Monique Robin est curieusement dans cette catégorie). Mais ils n'ont pas livré de commentaires sentencieux.

 

 

Un plan com' et un « rapport » pour inciter à la signature d'une pétition

 

Cela sent l'urine, oups ; l'urgence... En effet, M. Veillerette conclut ainsi son communiqué de presse :

 

« Tout n’est pas joué. Nous pouvons encore stopper l’autorisation de cette substance. Nous invitons donc les citoyens à s’emparer de ce sujet et à rejoindre les 500 000 européens qui ont déjà signé l’Initiative Citoyenne Européenne demandant notamment l’interdiction de cette molécule dangereuse ».

 

Le « rapport » est aussi très disert sur le sujet. Les trois documents invitent du reste les lecteurs à signer la pétition... sur le site de Générations Futures. Confidentialité ? Protection des données ?

 

 

 

Une « enquête » qui ne vaut pas un clou, foi de GF

 

Et ils osent écrire qu'ils ont « choisi de réaliser 30 analyses d’urines » :

 

« Nous avons choisi de réaliser 30 analyses d’urines de personnes d’âges et sexe variés, entre 8 et 60 ans, habitant en ville ou à la campagne, à l’alimentation variable, biologique ou non, végétarienne ou non. Un certain nombre de personnes connues ont accepté de participer à ces analyses et de rendre leurs résultats publics (voir infra).

 

Cet échantillonnage réduit ne permet évidemment pas de mettre en évidence d’éventuelles différences de contamination des urines entre des sous-groupes selon le mode d’alimentation des personnes testées ou selon l’âge ou le sexe. Nous utiliserons donc les résultats bruts des analyses, non rapportés à la quantité de créatinine des échantillons, pour les comparer avec les résultats bruts d’autres études comme l’étude URINALE conduite en Allemagne sur plus de 2000 personnes et l’étude réalisée dernièrement sur les urines de députés européens. »

 

Nous y sommes : ils admettent que leur « enquête » ne vaut pas un clou ! Mais il s'agit de faire de la com'... On masse donc les chiffres pour produire de quoi alimenter les médias complaisants et la blogosphère.

 

 

Résultats ? « 100 %... »

 

Résumé de la page web:

 

« Résultats ? Notre enquête démontre l’omniprésence de cette molécule dangereuse dans nos organismes :

 

  • 100 % des échantillons analysés contenaient du glyphosate à une concentration supérieure à la valeur minimale de quantification du test (LQ = 0,075ng/ml).

  • La concentration moyenne de glyphosate trouvée dans les 30 échantillons était de 1.25 ng/ml d’urine

  • La valeur la plus faible trouvée était de 0.09 ng/ml, la plus élevée de 2,89 ng/ml soit 32,11 fois plus élevée que la valeur la plus faible.

  • 96 % (29 concentrations sur 30) des concentrations étaient supérieures à la concentration maximale admissible pour un pesticide dans l’eau de 0.1 ng/ml. »

 

 

Il y a d'autres graphiques dans le « rapport », mais c'est essentiellement de l'esbroufe.

 

 

Nous nous ébaubirons toujours devant le flot de chiffres, les pourcentages à deux décimales pour des chiffres qui, déjà en eux-mêmes, ont guère de signification, les comparaisons loufoques et ineptes.

 

 

Une comparaison absurde avec la norme de qualité pour l'eau potable

 

Comparer les valeurs trouvées avec la norme de qualité pour les eaux potables est un grand classique. M. Veillerette et la mouvance anti-pesticides savent pourtant très bien que cette norme – fixée en son temps de manière quasiment uniforme au niveau de la limite de détection à 0,1 µg/L pour tous les pesticides – n'a aucun rapport direct avec la santé. Il existe un autre chiffre, la valeur sanitaire maximale – souvent très supérieure à la norme de qualité – qui régit les mesures à prendre dans la distribution d'eau.

 

Et, sauf à être frappé d'amnésie, M. Veillerette connaît très bien cette « Vmax » puisqu'il a protesté en 2012 contre une modification des règles applicables. Notons incidemment l'escroquerie du titre : « Plus de pesticides dans votre eau ! » (prononcez : « pluss »). Comme si le changement de normes devait se traduire mécaniquement par une augmentation de la teneur des eaux en pesticides...

 

Le glyphosate est si peu problématique que l'OMS n'a pas défini de valeur de référence en 1984 et 1993 ; dans l'addendum de 1998, elle a indiqué une valeur de 5.000 µg/L dans l'eau potable en partant de la DJA. Le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF) avait fixé la valeur à 9.000 µg/L. La valeur actuellement applicable, fixée par l'ANSES, est de 900 µg/L.

 

 

(Source)

 

 

Une « contamination » infinitésimale

 

Un comparateur bien plus approprié serait la dose journalière admissible (DJA). Le « rapport » nous en donne du reste l'explication :

 

« On estime qu’environ 1/3 du glyphosate ingéré est absorbé par le corps, le reste demeurant dans le tractus gastro intestinal. 99% du glyphosate absorbé est ensuite rejeté dans les urines. La recherche de glyphosate dans les urines permet donc de caractériser l’exposition humaine. »

 

Vous avez bien lu ? Ce qui est absorbé est ultra-majoritairement rejeté dans les urines. Ce qui est dosé dans les urines représente donc notre exposition (vous pouvez multiplier les chiffres par trois pour tenir compte de ce qui ne fait que transiter).

 

La DJA est à 0,3 mg/kg p.c. En d'autres termes, une personne de 60 kg peut ingérer 18 milligrammes de glyphosate – journellement, vie entière – sans danger pour sa santé selon les normes très protectrices édictées pour la présence de résidus dans les produits alimentaires.

 

La quantité moyenne retrouvée dans les urines – 1,25 ng/ml, soit 0,00125 mg/L – est donc de l'ordre de 15.000 (quinze mille) fois inférieure à cette dose admissible.

 

 

Silence sur les études et déclarations rassurantes

 

Le « rapport » révèle que des études similaires ont été réalisées en Allemagne – sur plus de 2000 personnes – et sur quelques parlementaires européens. Quelle est alors la valeur informative supplémentaire de cette « enquête » sur 30 personnes – neuf personnes identifiées et 21 anonymes dont on ne sait presque rien ? Aucune !

 

Il se trouve qu'en Allemagne, le Bundesamt für Risikobewertung (BfR – Agence fédérale d'évaluation des risques) réagit à la désinformation. En France, l'ANSES brille par son mutisme... Le BfR a donc publié une mise au point le 4 mars 2016, « Les populations sensibles, en particulier les enfants, sont la mesure de toutes choses dans l’évaluation scientifique des risques ». Dans le réumé :

 

« Le glyphosate est un composant actif dans une série de pesticides homologués en Allemagne et dans le monde entier. L’utilisation de ces pesticides peut conduire à des résidus dans les aliments. Lorsque les taux maximum légaux ne sont pas dépassés, la présence de ces résidus est sans danger en termes d’effets sur la santé et par conséquent légalement autorisée. Du point de vue scientifique, la détection du glyphosate en faible concentration dans les urines est attendue. En effet, cela montre que le glyphosate est rapidement excrété, principalement dans les urines. »

 

Et, dans le texte :

 

« Les concentrations de glyphosate détectées dans l'urine jusqu'à présent ne pointent pas vers des niveaux qui soulèvent des préoccupations quant à la santé des consommateurs. Du fait de l'augmentation constante de la sensibilité des méthodes analytiques, on peut détecter des quantités de substances de plus en plus petites. Alors qu'en 1960, il était possible de détecter des substances au niveau du ppm (une partie par million = 10-6 = 0,000001), les niveaux de détection ont été abaissés grâce à la mise au point de nouveaux outils (chromatographie en phase gazeuse moderne couplée à la spectrométrie de masse à haute résolution) pour atteindre en 2015 un précision de l'ordre du ppq (une partie par quadrillion = 10-15 = 0,000000000000001) (voir graphique en allemand). »

 

 

 

 

Ne cherchez pas de référence à ces propos rassurants – ou à d'autres – dans le « rapport »... Son objet n'est pas d'informer, mais de désinformer.

 

 

Ignorer les avis d'experts

 

Le BfR avait aussi répondu spécifiquement à la manœuvre de la Fondation Heinrich Böll, avec « Glyphosate in the urine: even for children, the detected values are within the expected range, without any adverse health effects » (glyphosate dans l'urine : même chez les enfants les valeurs détectées sont dans les limites attendues, sans effets nocifs pour la santé). Il écrit par exemple :

 

« ...l'étude présente des défauts majeurs, en particulier en termes d'échantillonnage. Les échantillons n'ont pas été prélevés, comme c'est le cas dans les études scientifiques, sous surveillance et ensuite envoyés à un laboratoire à l'état congelé. Cela peut entraîner une contamination et des changements dans la composition des échantillons, par exemple pendant le transport. »

 

Qu'ont fait les « cobayes », a priori chacun de son côté ?

 

« Les échantillons recueillis ont été ensuite hermétiquement fermés dans ces tubes et stérilisés par passage de 10 minutes au bain marie puis envoyés par Chronopost le jour même du prélèvement au laboratoire Biocheck à Leipzig en Allemagne. »

 

Le Bfr avait aussi tiré une conclusion rassurante de ce manœuvre, malgré les déficiences méthodologiques :

 

« Malgré les défauts de l'étude, le BfR voit dans ces données empiriques une confirmation de son point de vue que, même pour le segment le plus sensible de la population, à savoir les enfants, aucun effet néfaste sur la santé ne peut être attendu des résidus de glyphosate ingérés avec de la nourriture. En outre, le lien fait implicitement entre l'exposition au glyphosate et certaines maladies des personnes testées n'est pas compréhensible scientifiquement. Les niveaux d'apports quotidiens trouvés sont bien inférieurs aux valeurs de référence établies pour la santé (DJA et ARfD) pour le glyphosate. Ainsi, l'étude ne fournit pas de nouvelles informations concernant l'estimation des risques pour la santé associés à l'exposition au glyphosate chez les personnes vivant en Allemagne. »

 

Qu'en a fait GF ? Occulté... Pas bon pour l'opération de com'...

 

 

Des mensonges éhontés

 

Nous ne ferons pas l'exégèse du « rapport ». Mais voici, à titre d'exemple, comment est « expliquée » la différence de conclusion entre le CIRC, d'une part, et l'EFSA et l'ECHA, d'autre part :

 

« Il faut savoir que L’ECHA comme l’EFSA utilisent les études fournies par les firmes agrochimiques en premier lieu pour étayer leur opinion et ne considèrent la plupart du temps pas les conclusions des études universitaires comme valides ! »

 

 

Et pour sourire : une citation sélectionnée de Séralini

 

Le « rapport », se devant d'être le plus anxiogène possible, rapporte un travail inoubliable de l'équipe de M. Gilles-Éric Séralini :

 

« Il faut savoir que le glyphosate n’est pas seulement soupçonné d’être cancérogène. En effet, l’équipe du Professeur Gilles Eric Seralini a également prouvé que les herbicides à base de glyphosate sont encore plus toxiques que la matière déclarée active, le glyphosate, et peuvent avoir des effets tératogènes ou hépatotoxiques. Ces effets pourraient être expliqués par des phénomènes de perturbation endocrinienne et de stress oxydatif. »

 

C'est vrai que des cellules mises en culture in vitro dans une solution qui contient un « surfactant », un détergent, n'apprécient guère le traitement qu'on leur inflige, surtout dans des conditions expérimentales qui n'ont aucun lien avec la réalité, par exemple avec des doses de Roundup abracadabrantesques.

 

Il faut aussi savoir que M. Séralini et son équipe ont également « démontré » qu'on pouvait se détoxifier avec des produits homéopathiques. Ils l'ont fait par une expérience dans laquelle les rats étaient abreuvés avec de l'eau additionnée de Roundup (pas seulement du glyphosate, mais avec les co-formulants) à la demi-dose d'épandage...

 

 

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Pierre Yves 12/04/2017 18:13

Tout ceci n'explique pas comment ce glyphosate se retrouve dans l'alimentation. Etant employé pour une destruction totale du couvert végétal, il n'y a pas de récoltes exposées au glyphosate. reste la piste des résidus de traitements dans le sol absorbés par la récolte suivante, cela supposerait que toutes les surfaces sont exposées au glyphosate ce qui est loin d'être le cas.

Guy 01/05/2017 11:37

Manifestement le glyphosate ne provient donc pas de l'eau potable, la norme étant de 0,1 µg/l, et vraiment très souvent largement respectée. Peu probable que cela soit une contamination via l'air respiré. Il faudrait chercher la source dans la nourriture, et le plus probablement dans les céréales.

philippe 26/04/2017 20:53

Très simplement... dans plusieurs pays, Allemagne, Canada, Usa mais ni en France ni en Suisse le glyphosate est utilisé pour dessécher les céréales avant récolte... donc trois semaine avant le passage de la batteuse...

Seppi 15/04/2017 19:04

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'ai comme vous des difficultés à comprendre d'où pourrait venir ce glyphosate.