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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Chiffres rassurants, rapport flippant : la méthode Générations Futures » de BunkerD

10 Avril 2017 , Rédigé par Seppi

« Chiffres rassurants, rapport flippant : la méthode Générations Futures » de BunkerD

 

Glané sur la toile 133

 

 

glyphosate2_urine « Chiffres rassurants, rapport flippant : la méthode Générations Futures », c'est l'analyse de notre ami en rationalisme BunkerD.

 

 

Une manipulation médiatique

 

Comme d'autres (Forumphyto, Glyphosate Task Force, Union des Industries de la Protection des Plantes, nous), l'auteur développe une analyse qui ne laisse aucun doute sur la manipulation médiatique :

 

« Les résultats sont les suivants : on a trouvé du glyphosate dans tous les échantillons, avec une concentration moyenne de 1,25 μg/L, et une concentration maximale de 2,89 μg/L [1] [2]. On le verra, ces résultats sont très, très rassurants. Mais Générations Futures, qui veut nous faire signer une initiative citoyenne européenne pour l’interdiction du glyphosate, a pourtant deux leviers pour rendre tout ça flippant. (Je n’affirme pas que l’association utilise malhonnêtement ces leviers : il reste possible qu’elle ne se rende pas compte de l’absurdité de ces arguments.) »

 

Oui, « il reste possible... » Cela relève de la même précaution sémantique que le « il est improbable que le glyphosate soit cancérigène » de plusieurs agences d'évaluation : l'absence de preuves – ici de malhonnêteté – ne permet pas de conclusion péremptoire – ici sur l'existence d'une forme d'ingénuité.

 

 

Le « journalisme perroquet »

 

L'article porte aussi, avec beaucoup de pertinence sur le « journalisme perroquet », avec cette conclusion :

 

« Ces sujets sont des sujets graves, et il serait temps que les journalistes qui les traitent fassent le travail pleinement. Il n’est pas normal que des journaux répètent sans aucune remise en cause les propos d’ONG emplies de convictions, surtout quand ces mêmes organes de presse sont explicitement plus critiques quant aux conclusions d’agences gouvernementales et européennes sur les mêmes sujets. Il n’est pas normal que le grand public se voie servir des argumentaires si absurdes dans les médias, alors qu’il n’a pas nécessairement lui-même la capacité de juger de leur bien-fondé. Il n’est pas normal que des journaux propagent ainsi les peurs les plus injustifiées, affectant par ailleurs fortement les processus démocratique en désinformant les citoyens. Enfin, il n’est pas normal de voir des journalistes si convaincu-e-s et peu à cheval sur la vérification des propos, qu’iels ajoutent une couche d’erreurs personnelles sur les inepties qu’iels colportent. »

 

Une conclusion qui devrait faire réfléchir, sinon les « journalistes », du moins les rédactions.

 

 

Apportons quelques éléments de plus

 

Oui, « il reste possible... » écrivions-nous ci-dessus... Non, il n'est pas possible que, le micro lui ayant été – complaisamment – tendu par Radio France, M. Veillerette se soit trompé en déclarant :

 

« on pourrait être en face d'un problème majeur de santé publique. Il a été classé cancérogène pour l'homme par le Centre international de recherches sur le cancer. »

 

Car M. Veillerette sait très bien que le glyphosate est « cancérogène probable » selon le CIRC, comme la viande rouge, le métier de coiffeur, le travail posté, etc. ; qu'un tel classement est loin de dénoter un problème de santé publique majeur ; que si c'en était un, cela aurait dû se voir depuis longtemps vu que le glyphosate est en usage depuis 40 ans ; et que le CIRC n'a trouvé que des « preuves limitées » de cancérogénicité chez l'humain. Tout cela, depuis que la polémique sévit, le « journaliste » aurait aussi dû le savoir ; et il aurait dû s'abstenir de reproduire le propos, ou tout au moins le mettre en perspective.

 

Du reste, les chaînes publiques ont été très zélées dans le service après-vente. FranceTVInfo nous gratifie ainsi, par exemple, d'un « Pesticides : "La France doit continuer à s'opposer au glyphosate", réagit Delphine Batho, cobaye d'une nouvelle étude ». Une Delphine Batho qui n'hésite pas à affirmer que « le comité [de l'ECHA] est noyauté par les groupes d'intérêt pro-glyphosate ».

 

« Journalisme perroquet » a-t-il écrit ? Nous oserons : journalisme ?

 

Le Monde Planète nous semble avoir été le média suivant à relayer la désinformation avec « Des taux hors normes de glyphosate dans les urines de personnalités ». Rien que le titre ! Il n'y a pas de normes pour ce genre de substances dans les urines ! Mais on peut y lire aussi :

 

« Le directeur de Générations futures, François Veillerette, dénonce "l’attitude criminelle" des institutions européennes : "Doit-on attendre de connaître les effets néfastes sur l’organisme pour agir ? Le doute doit bénéficier à la santé publique." »

 

Dans l'autre interview, donnée à Radio France, M. Veillerette dénonçait avec une emphase bien cachée dans le susurrement habituel, certes au conditionnel de prudence, « un problème majeur de santé publique »... Que faut-il de plus pour illustrer une communication à géométrie variable ?

 

Dans un long paragraphe, BunkerD décrit de manière synthétique l'incurie journalistique. Il manque un élément : le choc des photos.

 

Et un autre élément : l'ajout, quasi mécanique de liens vers d'anciens articles, dont beaucoup ont fait l'objet d'un démontage en règle.

 

 

Marche de protestation contre l’utilisation du glyphosate, présent dans l’herbicide Roundup fabriqué par le groupe Monsanto, à Paris, en mai 2015.

Le Monde

 

 

 

L'Obs

 

 

 

FranceTVInfo

 

 

Femmes Actuelles. Celle-là, en plus, n'a rien à voir avec le glyphosate !

 

 

Pour conclure, voici deux commentaires postés sur le Monde :

 

« Moralité, les lobbyistes de Générations Futures sont des pros du buzz… et savent qu'ils peuvent compter sur l'inculture scientifique des journalistes pour leur servir de haut-parleurs ! Triste… Effectivement les concentrations sont ridicules. »

 

« 1,25 microgramme par litre, c'est infinitésimal. Si tous les Français donnent un litre d'urine nous aurons donc 60 000 tonnes d'urine (de quoi remplir 114 piscines olympiques). Si je ne me trompe on trouvera donc 75 grammes de glyphosate dans toute cette urine française, l'équivalent de 3,5 cuillères à soupe… »

 

 

Post scriptum

 

Générations Futures recrute un-e volontaire pour un service civique de 8 mois, chargé-e de « coordonner un réseau de relais locaux et recruter de nouveaux membres pour aider à diffuser de l’information sur les les alternatives existantes, les vérifier et les promouvoir ainsi qu’informer sur les dangers des pesticides. »

 

N'est-ce pas un abus du service civique, de l'exploitation d'une main-d'œuvre, certes volontaire et consentante ?

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Astre Noir 10/04/2017 13:50

Tiens, l'image qui illustre l'article de Femme Actuelle...Ce nuage jaune-orangé, ne serait-ce pas du soufre en poudrage ?
Peut-être une exploitation bio ?

Seppi 15/04/2017 19:03

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est ce que je pensais aussi en voyant la photo. Mais nul doute que pour beaucoup de lecteurs de Femmes Actuelles ou d'autres médias qui utilisent la photo, il doit s'agir de l'agent orange...

GROYE 10/04/2017 13:28

Encore un bon coup de pub pour GF, rien ne les arrête.....
Juste par curiosité je suis preneur du calcul pour les 114 piscines olympiques...(50*25*2) ...

Seppi 15/04/2017 19:02

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je n'ai pas refait les calculs. Les piscines olympiques font entre 2.500 et 3.750 mètres cubes (la profondeur recommandée est de 3 mètres).