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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un pesticide perturbateur endocrinien et dangereux pour les abeilles autorisé à la demande du secteur du bio... et personne ne proteste !

20 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Pesticides, #Politique

Un pesticide perturbateur endocrinien et dangereux pour les abeilles autorisé à la demande du secteur du bio... et personne ne proteste !

 

Entendrez-vous parler du Neemazal-T/S lors de la « semaine sans pesticides » ?

 

 

Résultat de recherche d'images pour "neem bayer"Horreur ! Il est vendu par Bayer... bientôt Baysanto...

 

Ma contribution à la gesticulation annuelle de la « semaine sans pesticides » alias « semaine pour les alternatives aux pesticides ».

 

Les producteurs bios de pommes et de poires ont demandé et obtenu une dérogation de 120 jours pour pouvoir utiliser un pesticide perturbateur endocrinien et dangereux pour les abeilles.

 

Y aura-t-il des protestations de la mouvance qui clame « Zéro phyto 100% bio » ?

 

 

Le Règlement (CE) N° 1107/2009 du Parlement Européen et du Conseil du 21 octobre 2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/CEE et 91/414/CEE du Conseil (article 53) permet aux États membres d'autoriser de manière dérogatoire, dans des circonstances particulières et pour une période n’excédant pas 120 jours, « la mise sur le marché de produits phytopharmaceutiques en vue d’un usage limité et contrôlé, lorsqu’une telle mesure s’impose en raison d’un danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables ».

 

 

Quand le bio demande, le ministère accorde

 

L'ITAB, l'Institut Technique de l'Agriculture Biologique, indique sur son site qu'il

 

« ...dépose, soutient ou relaie des demandes de dérogations [...], pour les produits de protection des cultures biologiques (substances autorisées en bio). Ces demandes d'AMM dérogatoires, émanent principalement des remontées du terrain et des besoins des filières concernées. Ces dérogations sont accordées ou refusées par la DGAl. »

 

Les demandes de dérogation déposées pour 2017 sont listées sur cette page.

 

Dans le lot, il en est une qui doit retenir notre attention : le neemazal-T/S sur pommier et poirier contre les pucerons autres que lanigères.

 

La demande a été datée du 12 janvier 2017, et le ministère de l'agriculture a accordé la dérogation jusqu'au 30 juin 2017.

 

 

Des députés s'en mêlent et l'un s'emmêle...

 

Il y a aussi eu une intervention d'un député, M. Joël Giraud (RRDP – Hautes Alpes)... un député qui a soutenu lors de l'examen du projet de loi des amendements tendant à interdire l'usage des néonicotinoïdes à compter du 1er janvier 2017 (voir par exemple ici). On a de quoi être ébahi.

 

 

 

 

L'huile de neem ou l'azadirachtine qui en est issue font régulièrement l'objet de questions au Parlement. Voici par exemple celle du député Jean-Charles Taugourdeau (Les Républicains – Maine-et-Loire) en date du 27 mai 2014 (c'est nous qui divisons en paragraphes et graissons) :

 

« M. Jean-Charles Taugourdeau attire l'attention de M. le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement, sur la nécessité de régulariser les utilisations de l'huile de neem en délivrant les autorisations de mise sur le marché (AMM) nécessaires au bon contrôle d'un grand nombre de ravageurs attaquant les cultures maraîchères et les vergers conduits en agriculture biologique.

 

Huile végétale obtenue à partir des graines du margousier, l'huile de neem est utilisée depuis des siècles dans le monde entier, notamment en médecine traditionnelle en Inde.

 

Même si le principal principe actif de l'huile de neem, l'azadirachtine, est un perturbateur endocrinien suspecté, elle a été inscrite en 2011 à l'annexe I du règlement n° 1107-2009 permettant aux États membres de l'Union européenne d'autoriser les préparations d'huile de neem. C'est le cas dans 15 pays européens dont l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne... La France, elle, l'interdit toujours. Cette situation crée des distorsions de concurrence.

 

Inscrite au cahier des charges de l'agriculture biologique, les producteurs et leurs organisations attendent cette autorisation depuis longtemps et avec impatience puisqu'elle est indispensable pour la conduite des cultures maraîchères et des vergers biologiques, à tel point que l'huile de neem est déjà largement proposée à la vente sur des sites internet. Certains producteurs biologiques l'utilisent actuellement sur notre territoire.

 

Sur la base d'une analyse bénéfices-risques, l'huile de neem qui contient de l'azadirachtine, peut être utilisée de manière sécurisée moyennant des précautions d'utilisation, malgré ses inconvénients et notamment le caractère perturbateur endocrinien du principal principe actif.

 

Il lui demande donc de quelle manière il compte autoriser l'utilisation en cours de l'huile de neem en agriculture et accorder les autorisations de mise sur le marché des solutions qui contiennent de l'azadirachtine. »

 

 

 

Comme l'a dit le député : « l'huile de neem est déjà largement proposée à la vente sur des sites internet ». Et, nous ne le répéterons jamais assez, M. Romain Juthier a eu l'honnêteté et le courage de dire une vérité qui dérange. D'ailleurs, « on » lui serait tombé dessus à bras raccourcis...

 

Il y a deux constantes dans les questions. D'une part, le pesticide brut (huile de neem) ou raffiné (azadirachtine) est indispensable à l'agriculture biologique ; d'autre part leur non autorisation en France, alors qu'ils le sont dans d'autres pays européens, créée une distorsion de la concurrence. Mais nous n'avons guère d'exemples de prise en compte de cette distorsion quand il s'agit d'interdire des substances pour des motifs démagogiques...

 

Et voici la réponse du ministre de l'agriculture du 8 juillet 2014 :

 

« L'azadirachtine, substance issue des graines de margousier, est une substance active inscrite au titre du règlement (CE) 1107/2009 relatif à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. L'article 28 de ce règlement, repris et précisé dans le code rural et de la pêche maritime (CRPM), prévoit que ces produits ne peuvent être mis sur le marché et utilisés que s'ils font l'objet d'une autorisation nationale.

 

Cette autorisation ne peut être délivrée que si l'absence de risque est garantie par l'évaluation faite d'un dossier déposé auprès de l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) en France.

 

Selon les dispositions du règlement susmentionné et précisées dans le CRPM, une telle demande peut être effectuée sur la base d'un dossier spécifique soumis en France ou sur la base d'une évaluation et d'une autorisation existant déjà dans un autre État membre de l'Union européenne, autrement appelée "reconnaissance mutuelle". Au titre de cette dernière procédure, en l'absence de manifestation d'intérêt pour un produit phytopharmaceutique donné par les opérateurs économiques, l'article 40(2) dudit règlement prévoit que "les organismes professionnels [...] agricoles ou les organisations agricoles professionnelles" peuvent introduire une demande de reconnaissance mutuelle à leur propre nom au titre de l'intérêt général.

 

Le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement, confirme qu'à ce jour, aucune demande d'autorisation pour un produit à base d'azadirachtine n'a été déposée à l'Anses. En l'absence de demande et d'avis subséquent de l'Anses, le ministre chargé de l'agriculture ne peut pas autoriser un tel produit, même si l'origine de la substance active est naturelle. Il convient donc de préciser que l'azadirachtine n'est pas interdite de façon spécifique sur le territoire français.

 

Compte tenu de l'importance de cette molécule pour la filière biologique, les services du ministère chargé de l'agriculture appuient les professionnels concernés pour qu'une demande officielle d'autorisation pour des produits à base d'azadirachtine soit rapidement déposée à l'Anses. Les délais d'évaluation et de prise de décision sont limités à 12 mois par le CRPM, éventuellement portés à 18 mois en cas d'éléments complémentaires nécessaires pour conduire l'évaluation des risques à son terme.

 

Enfin, face aux difficultés des producteurs en agriculture biologique, le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement, a délivré, le 2 juin 2014, une autorisation dérogatoire pour le produit NEEMAZAL-T/S, à base d'azadirachtine, pour 120 jours sur pommiers. »

 

Nous en serions donc à la troisième dérogation consécutive... cela ressemble à une autorisation permanente obtenue sans l'investissement nécessaire pour la délivrance d'une AMM en bonne et due forme... abus de procédure...

 

Un autre exercice d'acrobatie, cette fois de la ministre de l'environnement, etc. (désolé, nous ne flatterons pas son égo en donnant toutes ses fonctions), nous est offert par une question du sénateur François-Noël Buffet (Rhône - Les Républicains).

 

 

Un perturbateur endocrinien !

 

Il est donc dit – et cela n'est nullement contesté – que le neemazal-T/S, à base d'azadirachtine et dérivé du margousier ou neem, est un pertubateur endocrinien. Et les réponses ainsi que l'action politique montrent que l'on est disposé à permettre la mise sur le marché de ce perturbateur endocrinien (déjà présent sur la base de quelques jongleries et une certaine tolérance), en tant que pesticide ou biocide.

 

Malgré l'extraordinaire charivari déployé en France contre les perturbateurs endocriniens...

 

Le produit est aussi dangereux pour les abeilles et toxique pour les organismes aquatiques.

 

 

Des conditions d'emploi draconiennes

 

Les conditions d'emploi imposées par la dérogation sont draconiennes. Ainsi, le délai avant récolte de 42 jours, c'est six fois plus que pour la lambda cyhalothrine.

 

Et la suite est encore longue...

 

 

Et personne ne proteste !

 

Pas même Générations Futures ! Ah ! On me dit que cette petite entreprise est financée par le lobby du bio...

 

Précisons à toutes fins utiles : il n'est nullement de notre intention de critiquer l'emploi du Neemazal-T/S par les producteurs de pommes et de poires bio – si ce n'est de souligner que l'idéologie anti-produits de synthèse qui préside à leur cahier des charges les prive de produits de protection des plantes plus efficaces et moins nocifs pour la santé et l'environnement.

 

Et pour la nocivité, il faut aussi raison garder. Les préconisations sont faites pour que l'emploi de la substance soit acceptable.

 

 

Dénoncer les entorses à la bonne foi

 

Mais il faut dénoncer le « deux poids, deux mesures », le double-langage.

 

Ainsi que le double-langage du lobby fondamentaliste du bio et de leurs supplétifs qui propagent l'idée dans le public du « Zéro phyto 100% bio », mais demande des dérogations pour utiliser des produits phytosanitaires au profil toxicologique et environnemental – comparativement – désastreux.

 

 

Post scriptum

 

La dérogation n'est pas reflétée dans le site ephy de l'ANSES. Quand cessera ce scandale d'un site qui a peut-être causé quelques jouissances à ses développeurs mais ne peut qu'irriter les utilisateurs et qui, c'est un comble, n'est pas à jour ?

 

 

Post scriptum 2

 

Dans la rubrique « animation scolaire », on nous présente un « Une classe de maternelle se mobilise » à Mieussy, en Haute-Savoie, avec pour explication :

 

« Les enfants de la classe vont créer un film en stop motion sur le sujet des pesticides en plus de la visite de l’exposition

 

Organisé par l’école en collaboration avec le Collectif Transition Citoyenne Arve et Giffre »

 

On ne se refuse décidément rien du côté de la manipulation et du formatage des esprits !

 

Panneau logos membres août 2016

Les membres du collectif et avec  le soutien de...

 

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Germain 20/03/2017 17:41

Ce n'est pas Bayer mais Andermatt qui met en marché le Neemazal TS!

Seppi 15/04/2017 18:33

Bonjour,

Merci pour le commentaire.

Andermatt est le titulaire de quelque chose en France. Mais Bayer – bientôt Baysanto – vend bien de l'azadirachtine.

pjb 20/03/2017 19:36

Bayer en fait aussi d'ou le paquet !!