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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un « expert » du Monde noircit le glyphosate et l'ECHA

20 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup)

Un « expert » du Monde noircit le glyphosate et l'ECHA

 

 

Résultat de recherche d'images pour "glyphosate echa"

 

 

Le Monde, après un scandaleux « deux paragraphes », tient à décrire la décision de l'ECHA de maintenir son classement précédent du glyphosate et d'écarter ainsi une qualification de cancérogène comme un « blanchiment ».

 

Dans l'article plus détaillé critiqué ici, « Les experts européens blanchissent le glyphosate », il s'épanche sur les différences d'évaluation entre le CIRC et l'ECHA dans un sens largement favorable au premier – malgré l'évidence et au prix de quelques contre-vérités.

 

Il ouvre aussi un nouveau front, mais ça, ce sera pour un prochain article.

 

 

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La saga continue

 

Il y eut un scandaleux « deux paragraphes » intitulé « Pesticides : l’Agence européenne des produits chimiques blanchit le glyphosate », le 15 mars 2017 (date sur la toile). Nous l'avons décrypté dans « Glyphosate : le Monde en guerre, avec une coalition d'ONG, contre l'ECHA ».

 

Le lendemain, ce fut « Les experts européens blanchissent le glyphosate ». Un autre exercice scandaleux d'enfumage, annoncé par le chapô :

 

« Selon l’Agence européenne des produits chimiques, le pesticide n’est pas cancérogène. Dans le même temps, aux Etats-Unis, la justice met en cause l’indépendance des travaux conduits par l’Agence américaine de protection de l’environnement. »

 

Nous garderons pour un autre billet la deuxième partie de l'assertion – l'exportation des controverses que l'on tente actuellement de créer aux États-Unis d'Amérique (grâce aussi au relai qu'offre le Monde) vers l'Europe dans le but de décrédibiliser la décision de l'ECHA (avant d'attaquer sur la même base le processus de décision sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate).

 

 

Une cuiller d'information pour l'ECHA

 

Un petite cuiller d'information sur la décision de l'Agence Européenne des Produits Chimiques (European Chemicals AgencyECHA). Quasiment liquidée, l'information, en une phrase. Rappelons donc le message clé du communiqué de presse de l'ECHA :

 

« Le Comité d'Évaluation des Risques (CER) de l'ECHA convient de maintenir le classement harmonisé actuel du glyphosate en tant que substance causant des lésions oculaires graves et toxique pour la vie aquatique avec des effets durables. Le CER a conclu que les preuves scientifiques disponibles ne répondaient pas aux critères pour classer le glyphosate comme cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction. »

 

« ...maintenir le classement harmonisé actuel... » ? Nihil novi sub sole !

 

 

Une grosse louche pour le CIRC

 

Une petite cuiller, mais aussi une grosse louche sur les « divergences » avec le classement en « cancérogène probable » par le CIRC :

 

« En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier les causes de cancer – classe le glyphosate mutagène, cancérogène pour l’animal et cancérogène probable pour l’homme. »

 

Ces divergences sont donc étalées, dans une sorte de réquisitoire contre l'ECHA.

 

 

Scandaleuse désinformation !

 

En fait, la désinformation – selon une méthode qui n'aurait pas déplu à Andreï Vychinski – était déjà dans l'article précédent, déconstruit ici – la répétition est un autre ressort pour donner une apparence de vérité.

 

Le CIRC ne procède pas à un classement des substances pour les animaux, ni à un classement pour la mutagénicité. Le mot « muta... » n'apparaît pas dans le communiqué de presse ; aucune conclusion n'est tirée dans la monographie sur la base des études citées, très contrastées.

 

 

Le hoax des études – forcément confidentielles – des industriels

 

Et, bien sûr, la différence entre le verdict du CIRC et celui de l'ECHA est « expliqué » au profit du premier. En particulier :

 

« De fait, le CIRC a essentiellement pris en compte les études publiées dans la littérature scientifique, tandis que l’EFSA et l’ECHA considèrent surtout des études confidentielles conduites par les industriels. »

 

C'est parfaitement faux ! M. Stéphane Foucart a cité – sélectivement – M. Ari Karjalainen, chargé des questions scientifiques à l’ECHA. Or celui-ci a dit que l'ECHA a examiné davantage de documents que le CIRC, pas des documents différents (c'est à partir de 3 : 00).

 

 

 

De toute manière, cette désinformation sur les documents de référence devrait être inopérante et stérile chez les observateurs dont le jugement n'est pas obscurci par des préjugés ou des objectifs socio-politiques : le CIRC s'accorde avec les agences d'évaluation et de régulation sur le fait que les études qui montrent un effet du glyphosate, notamment cancérigène, sont en nombre limité (elles se comptent quasiment sur une main). La différence, en partie illustrée par les graphiques ci-dessous) tient au fait que le CIRC les utilise pour atteindre une conclusion (relativement) positive, alors que les agences rejettent leur pertinence pour des motifs objectifs et s'en tiennent à la prépondérance de la preuve.

 

 

Une constatation devient un aveu

 

Et voici la suite de l'article du Monde (c'est nous qui graissons) :

 

« L’ECHA reconnaît que plusieurs études indiquent une augmentation d’incidence de certains cancers sur les animaux de laboratoire exposés, mais ajoute que d’autres ne mettent pas en évidence de tels effets. Pour l’ECHA, le niveau de preuve n’est pas suffisant. »

 

Pas un mot sur le fait que ces cancers étaient, selon les termes de M. Ari Karjalainen « slightly above background » (légèrement au-dessus du bruit de fond), ni sur la prépondérance de la preuve, celle qui a conduit un grand nombre d'agences d'évaluation et de régulation du monde à rejeter la cancérogénicité du glyphosate, dans l'absolu et en conditions réalistes (c'est à partir de 9 : 25).

 

Le fait ne va pas dans le sens de l'objectif socio-politique... on occulte.

 

 

Le hoax des produits formulés

 

M. Foucart se fait ensuite expert sur la différence entre glyphosate pur et produit formulé :

 

« Cette différence est essentielle. Isolée, la substance est en effet très peu active, tandis que les pesticides à base de glyphosate contiennent également des substances qui potentialisent la molécule et lui permettent notamment de pénétrer les cellules. »

 

Mais c'est un expert qui a encore tout faux. Le rôle des co-formulants est essentiellement de permettre au glyphosate de traverser la barrière externe, la cuticule des plantes. Ils n'ont aucun rôle de « potentialisation »

 

Et cela n'a guère d'incidence sur la question de l'activité nocive du glyphosate, pur ou formulé, sur l'être humain : les co-formulants (du reste du même type que ceux utilisés par exemple dans des détergents) ne se retrouvent pas dans les produits alimentaires ; ils ne sont pas recherchés dans les eaux terrestres et souterraines ; et l'exposition des applicateurs par absorption par la peau est faible (de plus, on peut prendre des mesures de protection efficaces).

 

Par ailleurs, pour avoir un effet chez l'humain, la substance, isolée ou co-formulée, doit être absorbée par une voie ou une autre, traverser toutes les barrières en résistant aux processus métaboliques (ou en se transformant en composé actif) et toucher sa cible. Des test in vitro montrent que... ce n'est qu'une première indication et ne dit encore rien de ce qui se passe in vivo.

 

L'auteur tente encore d'influencer le lecteur sur la différence d'évaluation des études épidémiologiques sur les agriculteurs. En jetant un voile pudique, d'une part, sur le fait que les études retenues par le CIRC sont au mieux à la limite de la différence significative et, d'autre part, que le CIRC n'a pu conclure qu'à des preuves « limitées ».

 

 

Source : une présentation faite par le CIRC à l'ECHA. La limite inférieure de l'intervalle de confiance est à 1,03 – légèrement au-dessus d'une conclusion « statistiquement non établi ». L'ensemble des présentations est disponible ici.

 

 

Source : la présentation du BFR allemand. Sur cinq études cas-contrôles et huit traitements statistiques, deux seulement produisent un résultat statistiquement significatif.

 

 

Voici une autre diapo de la présentation du BfR. Elle montre que les incidences de lymphomes malins trouvées sur des rats mâles CD-1 dans les quatre essais sont inférieures au maximum historique ; que dans deux études, on a dépassé la dose limite fixée par l'OCDE ; que deux études ne montrent pas d'effets aux doses inférieures à la limite ; qu'il n'y a pas de corrélation entre la dose et la réponse dans les deux autres.

Les agences d'évaluation et de régulation concluent, contrairement au CIRC, que le poids de la preuve suggère que les tumeurs trouvées chez le rat ne sont pas liée au traitement (au glyphosate).

Notez qu'une dose journalière de 1000 mg/kg de poids corporel correspond chez un homme de 70 kg à... 70 grammes. Cela représente quasiment... 10 litres de Roundup 48H prêt à l'emploi (il est dosé à 7,2 g de glyphosate par litre).

 

 

Extrait de la présentation de HEAL, en principe représentant la « société civile », en pratique un lobby, notamment anti-pesticides et anti-glyphosate. Cette diapo montre sous forme graphique les résultats des études épidémiologiques, avec la moyenne (carré noir) et les intervalles de confiance (trait). Elle montre aussi – s'il faut encore le prouver – que tous les acteurs de la polémique de la cancérogénicité alléguée du glyphosate se réfèrent à la même série de documents, mais avec des conclusions différentes. Elle montre enfin un problème lié aux méta-analyses : changez les poids que vous attribuez aux différentes études individuelles... et vous obtenez un résultat différent.

La présentation a été faite par M. Christopher Portier... celui qui avait été coopté par le secrétariat du CIRC pour participer à ses travaux comme « expert invité ». Quelle crédibilité pour les travaux du CIRC quand son « expert invité » se livre, ici postérieurement, à du lobbying ?

On notera que M. Portier aura bien pris soin de ne pas indiquer son affiliation du moment – l'identité de son commanditaire pour lequel il a agi en tant que « hired gun » – sur sa présentation.

On notera aussi que la méta-analyse de Chang et Delzell a été sponsorisée par... Monsanto. M. Portier n'a pas eu de mal à la citer à l'appui de son argumentation, en omettant de signaler que la conclusion des auteurs est : « Thus, a causal relationship has not been established between glyphosate exposure and risk of any type of LHC. »

 

 

Une autre diapo de M. Portier. Elle montre que l'EFSA a analysé davantage d'études montrant des résultats positifs de cancérogénicité que le CIRC. Cela n'a pas empêché l'EFSA de conclure par la négative sur la foi de critères tels que la qualité des études, la pertinence des résultats (par exemple au regard de la dose administrée et de la courbe dose-réponse) et de la prépondérance de la preuve.

 

 

 

 

 

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