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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un « éco-chercheur » est « contre une diabolisation générale du nouveau génie génétique »

1 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Activisme, #CRISPR, #amélioration des plantes, #Glyphosate (Roundup)

Un « éco-chercheur » est « contre une diabolisation générale du nouveau génie génétique »

 

 

Amis lecteurs, vous allez être surpris : nous citerons sans la moindre critique... Greenpeace. Enfin, Greenpeace Allemagne, qui a interviewé M. Urs Niggli, le directeur du FiBl, l'Institut de Recherche de l'Agriculture Biologique de Frick, en Suisse, avec des antennes en Allemagne et en Autriche.

 

Nous avons déjà rencontré M. Niggli dans « "Hors de question !" – quand un leader d'opinion européen CRISPR ses collègues » (un texte de M. Ludger Weß) et dans « Cher M. Rüße » (un texte de Schillipaeppa). Dans une interview donnée à la Tageszeitung au printemps 2016, ce leader d'opinion académique pour l'agriculture biologique s'était dit très ouvert aux nouvelles méthodes génétiques (notamment CRISPR/Cas9)... un sacrilège pour les fondamentalistes du bio qui lui a valu de vives critiques issues de ses propres rangs, y compris des appels à la démission ou au limogeage.

 

M. Niggli a donc été interrogé – de manière fort intelligente et courtoise – par Greenpeace Allemagne pour son magazine. Nous ne traduirons pas le texte : Greenpeace se prévaut de son droit d'auteur, ce qui n'est guère surprenant car ce genre d'entité a souvent un double langage sur les droits – à préserver quand ce sont les siens, et à éradiquer quand il s'agit de ceux des autres.

 

La mise en bouche – de Greenpeace – est des plus étonnantes :

 

« Les nouvelles technologies sont actuellement en train de révolutionner la recherche en génétique. Elles permettent des modifications extrêmement précises du génome, qui sont très proches de celles de la "Züchtung" [ici, au sens de l'amélioration des plantes classique]. Cette "chirurgie des gènes" a changé les termes du débat sur les risques et les opportunités des interventions dans le matériel génétique. »

 

Qui eût pensé que Greenpeace pouvait se prononcer de manière aussi neutre, voire positive, sur les nouvelles techniques ? Qui eût pensé que, pour Greenpeace, les termes du débat ont changé, ce qui doit normalement être un coup de grâce pour les oppositions de principe, dont celle de... Greenpeace ? Enfin, de principe... intransigeantes car, si l'on gratte un peu, on se rend compte que les motivations sont dépourvues de principes, amorales voire immorales. Et une opposition camouflée en demande d'application pleine et entière du droit européen des OGM, comme dans ce communiqué, ou explicite comme dans « Nouveaux OGM, j’en veux pas (non plus) ! »...

 

Ou faut-il croire que ce n'est qu'un épiphénomène, une introduction polie aux propos nuancés et pleins de bon sens de M. Niggli, ou encore une tentative d'aggiornamento qui sera vite étouffée par la maison-mère de la multinationale verte ? On ne va tout de même pas brader sur l'hôtel du bon sens et de la raison un sujet qui alimente la cash machine ! Ni s'aliéner les entités de même obédience !

 

La première question porte sur les perspectives de la « nouvelle forme de "génie génétique vert" ». M. Niggli répond notamment :

 

« Pour les agriculteurs – y compris pour les agriculteurs biologiques – la nouvelle méthode a ouvert de nombreuses possibilités : on pourrait produire des plantes mieux adaptées aux conditions environnementales difficiles – comme la sécheresse, l'humidité ou la salinité des sols [...]. Les détracteurs rejettent souvent ces possibilités comme de vaines promesses. Je veux dire, ce sont évidemment des améliorations environnementales qui peuvent réduire les problèmes majeurs de l'agriculture conventionnelle. »

 

La fin – la référence à la seule agriculture conventionnelle – est un peu décevante, mais les agriculteurs biologiques sont mentionnés de manière expresse, par une incise, au début du texte.

 

Et pour les risques ?

 

« Pour les scientifiques, le point de départ est que les petits changements par CRISPR/Cas des gènes de la plante, qu'il est impossible de distinguer d'une mutation spontanée ou naturelle, ne posent pas de risques. La situation est différente lorsque vous utilisez la méthode pour introduire des gènes étrangers ou lorsqu'elle a pour résultat l'éradication de populations entières – par exemple, de l'anophèle vectrice du paludisme. L'évaluation des risques devrait donc être différenciée. »

 

On demande aussi un avis juridique à M. Niggli (pourquoi pas...) sur l'application de la législation. Selon M. Niggli :

 

« La loi dit qu'une plante est génétiquement modifiée si on lui a ajouté de nouvelles propriétés qui ne pourraient pas être obtenues par la "Züchtung" [l'amélioration des plantes classique]. Mais avec CRISPR / Cas, c'est différent. C'est une technique qui permet de générer des mutations dans les plantes de manière dirigée. Ainsi, les caractéristiques de la plante sont certes modifiées, mais il n'y a pas de nouveaux gènes introduits comme dans le cas du "vieux" génie génétique. La manipulation est donc identique à la nature. »

 

L'intervieweuse insiste. Faut-il réglementer drastiquement, donc appliquer le principe de précaution et l'obligation de l'homologation et de l'étiquetage. Pour M. Niggli, le principe de précaution est important, tout comme la transparence. Mais, répète-t-il, il faut une approche différenciée :

 

« Je préconise fortement un examen au cas par cas et je suis contre une diabolisation générale du nouveau génie génétique. »

 

M. Niggli assume-t-il sa position en porte-a-faux par rapport aux organisations écologistes et bio ? Il tient un propos intéressant (mais banal dans le monde de l'amélioration des plantes qui se guide par la vraie science) :

 

« Même si une plante techniquement modifiée ne peut pas être distinguée d'une plante issue d'un croisement traditionnel, des personnes critiques considéreront les effets indésirables ou inattendus comme une menace potentielle – bien que cela puisse se produire avec n'importe quelle méthode de sélection. »

 

Mais, l'air de rien, M. Niggli évoque aussi une considération très terre-à-terre : que l'agriculture conventionnelle, avec des « super-plantes » ne creuse l'écart avec l'agriculture biologique. N'est-ce pas là une des motivations de l'activisme du bio ? Pour maintenir notre compétitivité (relative), il faut interdire les progrès à l'autre forme d'agriculture...

 

Nous serons plus critiques sur les propos relatifs à la crise de confiance des consommateurs dans le bio si celui-ci utilisait des variétés issues des techniques modernes : c'est que la rhétorique actuelle du bio fournit le terreau pour une telle crise. M. Niggli généralise : il faut que l'agriculture conventionnelle prenne des mesures sérieuses en vue d'une vraie durabilité, et les deux parties – conventionnel et bio – doivent agir pour sortir de la crise de confiance. C'est assez vite dit : la crise de confiance – dont l'ampleur réelle, voire la réalité, devrait être analysée – est un extraordinaire fond de commerce pour l'activisme et les médias.

 

En conclusion, M. Niggli assume son positionnement.

 

Et nous pensons que les milieux raisonnables du bio auraient grand intérêt à méditer les paroles de M. Niggli.

 

Prenons le problème sous un autre angle : on produit déjà, avec les techniques contestées, des plantes présentant des avantages incontestés pour la santé des consommateurs, par exemple des pommes de terre produisant moins d'acrylamide à la friture ou des oléagineux produisant des huiles de meilleure composition. Les idéologues de l'agriculture biologique condamnent celle-ci à regarder passer le train du progrès génétique, agronomique, sanitaire, social... Les nouvelles techniques génétiques permettent de faire évoluer en douceur les dogmes.

 

Les réalistes de la profession saisiront-ils l'occasion, se donneront-ils les moyens de faire prévaloir leurs intérêts, s'opposeront-ils à une obsolescence programmée ?

 

 

 

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