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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pour son N° 100, CulturAgriCulturE publie : « Qui nous nourrira ? »

6 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Pesticides

Pour son N° 100, CulturAgriCulturE publie : « Qui nous nourrira ? »

 

Glané sur la toile 125

 

 

 

 

C'est une superbe performance ! D'autant plus que le blog est trilingue – français, anglais, espagnol – et que le taulier, M. Christophe Bouchet, le nourrit sur son temps libre, forcément limité vu qu'il fait partie de ces gens qui par leur labeur, nous... nourrissent.

 

Pour son N° 100, M. Bouchet a déniché une superbe opinion, « Qui nous nourrira ? », de Mme Marjolaine Turcotte, une agricultrice de Sainte-Famille, Québec, en conversion vers le bio.

 

On le lira sur le blog, ou en version originale.

 

M. Bouchet écrit notamment :

 

« Vous savez, car je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, que je ne suis pas un sympathisant du bio en tant qu’idéologie, en particulier parce que je ne suis pas d’accord avec le fond : tout ce qui est naturel n’est pas bon, et il s’utilise en bio des produits toxiques et polluants, nettement pires que leurs équivalents de synthèse.

 

Mais j’ai un grand respect pour les agriculteurs biologiques, qui doivent produire et vivre avec moins de moyens que les agriculteurs en production intégrée ou en production conventionnelle. Ils ont les mêmes problèmes, mais ne disposent pas des mêmes solutions. Les prix de vente sont censés compenser, mais ce n’est pas toujours le cas. »

 

Le hasard a voulu que je retombe sur un articulet de la France Agricole du 2 septembre 2016. Cerfrance Bourgogne a comparé dix années (2005 – 2014) de résultats économiques d'exploitations en grande culture. Avec un EBE en moyenne de 486 €/hectare pour 87 ha de SAU/UTH, les exploitations en bio auraient eu des revenus plus stables que les exploitation en conventionnel, avec 427 €/ha pour 117 ha de SAU/UTH.

 

Sauf que, si on veut bien faire le calcul, l'EBE total – à l'attention des béotiens : ce n'est pas le revenu de l'agriculteur – est en moyenne de 42.282 € en bio et 49.959 € en conventionnel.

 

Mme Turcotte a expliqué la lutte contre les mauvaises herbes – il s'agit de maraîchage, pas de grandes cultures, alors qu'avant elle disposait de la solution simple des herbicides :

 

« On a relevé nos manches, sorti nos fourches, chaudières, pelles, bâches, paillis, et on y a mis des heures. Et de la sueur. Et des heures. Et de l’huile de coude. Et encore des heures… »

 

 

 

 

On peut poser une question similaire sur la base des chiffres ci-dessus : cet UTH qui produit 42.282 € d'EBE, c'est combien d'heures de travail ?

 

La question est d'autant plus importante que les manœuvres qui ont pour objet de sortir le bio de son marché de niche – de promouvoir le « bio en tant qu’idéologie » – auront nécessairement un impact négatif sur les prix payés aux producteurs.

 

M. Bouchet s'interroge :

 

« Est-il normal et acceptable que le consommateur paye entre 5 et 10 fois le prix touché par le producteur?

 

Est-il normal et acceptable que le producteur livre ses produits souvent sans en connaitre le prix de vente?

 

Est-il normal et acceptable que le producteur reçoive fréquemment un règlement inférieur à son prix de revient?

 

Est-il normal et acceptable que l'agriculture, base de toute économie, puisque c'est la production d'aliments et de matières premières, soit si mal en point, que les pays riches doivent la subventionner, et dans les pays pauvres, les agriculteurs soient parmi les plus pauvres? »

 

Ses réponses – comme les miennes sont évidentes.

 

Et il conclut :

 

« Nous vivons dans un monde de grandes gueules et de menteurs, dans lequel celui qui gagne est celui qui hurle le plus fort, dans lequel on glorifie et on récompense le jeu, la frime et les coups de gueule, mais dans lequel on pénalise le travail, l’honnêteté, l'éthique, le respect, la discrétion. »

 

Illustration pratique : n'y aurait-il pas un double discours des idéologues du bio ? D'un côté les lamentations – justifiées – devant le retard mis dans le versement des aides spécifiques au bio ; de l'autre côté la glorification de ce même bio comme solution à la crise ?

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