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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Monsanto : quand le Monde se livre à l'assassinat médiatique du glyphosate et de son propre crédit

7 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Monsanto, #Glyphosate (Roundup)

Monsanto : quand le Monde se livre à l'assassinat médiatique du glyphosate et de son propre crédit

 

La missive "explosive" telle qu'elle a été reproduite dans les écritures des plaignants. Notez que si c'est une lettre (ce qu'écrivent les avocats et les médias états-uniens), elle n'est pas signée. Si c'est un courriel (l'information selon le Monde, il n'y a pas les éléments de tête.

 

 

En attendant de voir encore pire, qui est sans nul doute à venir, le Monde a gratifié ses lecteurs d'un article d'une indigence journalistique et éthique crasse.

 

L'activisme pseudo-écologique, anti-pesticides et notamment anti-glyphosate ne se refuse décidément rien. Au-delà de l'indignité de l'article quant au fond, on ne peut qu'être choqué qu'une désinformation soit diffusée par un journal dont certains auteurs n'ont de cesse de traquer et de dénoncer les fabricants de mensonge et de doute – évidemment des seuls milieux qui n'ont pas la cote dans la ligne politique et éditoriale du journal.

 

C'est un article daté sur la toile du 6 mars 2017, mais il a été sélectionné (!) pour la matinale du 5. C'est intitulé « L’histoire qui se trame autour de Monsanto a tous les ingrédients d’un scénario à la Erin Brockovich » (les guillemets sont dans le titre original). Déjà le choix du titre... pour ce qui n'est, comme nous allons le voir, qu'insinuations et rumeurs.

 

C'est introduit en chapô par :

 

« Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, explique comment une toxicologue de l’Agence américaine de protection de l’environnement a expliqué dès 2013 qu’il est "fondamentalement certain que le glyphosate est cancérogène". »

 

Ah que voilà une allégation bien péremptoire ! Oh, la toxicologue en question, Mme Marion Copley, l'a sans nul doute proférée. Mais, selon le principe célèbre des sceptiques Carl Sagan et David Hume, les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires, et ce, pour le cas qui nous préoccupe, de la part de Mme Copley (qui, décédée, ne peut malheureusement plus les apporter), mais aussi du journaliste qui colporte l'allégation.

 

En fait, après s'être longuement épanché sur des éléments qui ont toutes les apparences de la post-factualité, l'auteur de cet immonde article, en quelque sorte, se rétracte :

 

« En attendant, il est raisonnable de réserver son opinion... »

 

Voilà donc,

 

« Une multinationale, une scientifique muselée par sa hiérarchie, une class action conduite par des avocats rusés et enfin la découverte d’une pièce à conviction explosive… L’histoire qui se trame depuis quelques mois en Californie a tous les ingrédients d’un scénario à la Erin Brockovich, le film de Steven Soderbergh nommé cinq fois aux Oscars en 2001, dont le prix de la meilleure actrice pour Julia Roberts. »

 

Mais, malgré cette tonitruante introduction... « il est raisonnable de réserver son opinion... »

 

C'est dans le plus pur style du « je dis ça, je dis rien »... l'information selon le Monde...

 

Résumons : dans une série d'affaires qui ont été jointes – In re: Roundup Products Liability Litigation, MDL 2741, U.S. District Court, Northern District of California (San Francisco) – les avocats des plaignants ont déniché ce qui semble être une correspondance de Mme Marion Copley à M. Jess Rowland, directeur adjoint de division à l'EPA, maintenant à la retraite, qui avait présidé le Cancer Assessment Review Committee (CARC). Nous écrivons « semble être » car le fac-similé versé au dossier judiciaire est plutôt intriguant du point de vue de sa présentation et la prétendue missive n'est pas signé. Elle a été rédigée le 4 mars 2013 (et non du 24 comme indiqué dans les écritures des avocats...). Mme Copley, atteinte d'un cancer, avait été mise en retraite en 2012 ; elle est décédée en janvier 2014.

 

Pour « une scientifique muselée par sa hiérarchie » – si tant est que cela puisse exister aux États-Unis d'Amérique – on repassera donc ! Et au vu des allégations qu'elle profère – des accusations graves – il faut conclure qu'elle a gardé un silence coupable du temps de son activité.

 

Mme Copley a fait deux allégations dans cette missive, amplement et complaisamment décrites dans l'article du Monde :

 

  • Elle énumère 14 quatorze mécanismes d’action se rapportant essentiellement aux agents chélatants (le glyphosate en est un) et écrit :

     

« Chacun de ces mécanismes peut à lui seul provoquer une tumeur, mais le glyphosate les provoque tous simultanément. Il est fondamentalement certain que le glyphosate est cancérogène. »

 

  • Elle accuse M. Rowland de s'être livré à « des jeux politiques de connivence avec la science pour favoriser les déposants » (traduction littérale), d'avoir pris des décision en fonction de leur incidence sur ses bonus, d'avoir intimidé le personnel et d'avoir modifié des rapports en faveur de l'industrie. Et elle formule des soupçons de corruption à l'encontre de deux collègues.

 

Sur le premier point, il n'y a rien de plus s'agissant de preuves. Mais Mme Copley conclut :

 

« Avec toutes les preuves énumérées ci-dessus, le classement du CARC devrait être modifiée en "cancérogène probable pour l'humain". »

 

Une conclusion aussi modérée est pour le moins stupéfiante. Et elle devrait du reste s'appliquer à tous les agents chélatants et toutes les substances ayant des propriétés chélatantes.

 

Sur le deuxième point, on trouve quelques détails dans le Monde. Une personne raisonnable peut difficilement ne pas conclure qu'il s'agit de propos en-dessous de la ceinture, de rancœurs rancies, et d'insultes à l'encontre de M. Rowland et des deux autres fonctionnaires. Par exemple 

 

« Ta maîtrise minable ["trivial", un mot qu'on ne trouve pas traduit dans le Monde...] obtenue en 1971 au Nebraska est complètement obsolète, ce qui fait que la science du CARC a 10 ans de retard sur la littérature pour les mécanismes. »

 

Rappel : le CARC est un comité, M. Rowland n'en étant que l'un des membres.

 

Cette missive, c'est ce qui est qualifié en introduction de « pièce à conviction explosive »... On rêve...

 

Mais M. Foucart ne se laisse pas convaincre par l'évidence :

 

« La lettre de Marion Copley pourrait peser très lourd. Non seulement sur l’issue de la procédure, mais sur l’avenir même du glyphosate : celui-ci est toujours en cours de réévaluation, aux Etats-Unis et en Europe. Le courriel de Marion Copley pourrait bien être à Monsanto ce que le cancer est aux humains. »

 

En prenant toutefois une précaution... le « je dis rien » :

 

« En attendant, il est raisonnable de réserver son opinion car, après tout, Marion Copley peut avoir écrit sous le coup de la colère ou cherché à nuire à des collègues honnis. Peut-être. […]. »

 

Nous n'insisterons pas sur les autres erreurs, incongruités, demi-vérités et demi-mensonges, ni sur les insinuations de complot (notamment la « coïncidence extraordinaire ») – enfin les ingrédients classiques de la (dés)information militante.

 

La phrase : « Le courriel de Marion Copley pourrait bien être à Monsanto ce que le cancer est aux humains » nous paraît quelque peu cryptique. Nous avons néanmoins Sic transit envie d'écrire :

 

« L'article de Stéphane Foucart pourrait bien être au Monde ce que le cancer est aux humains. »

 

Sic transit gloria Mundi...

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vigneron 08/03/2017 18:26

C'est dingue, on point où on en est, un jour ou l'autre, on finira par plus s'étonner qu'un Potus juste élu tweete si ça l'arrange que son prédécesseur avait fait mettre sur écoute son siège de campagne, et ce sans un début d'embryon de preuve...

Seppi 15/04/2017 17:41

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais vous êtes optimiste : «  on finira par plus s'étonner » ? On ne s'étonne déjà plus.

On ferait bien de réfléchir aux conséquences des réseaux sociaux sur la vie en société et mettre en place des contre-mesures pour faire face aux abus. Les médias « classiquesé auraient un rôle majeur à jouer mais, visiblement, ils se complaisent majoritairement dans les raclures de caniveaux.