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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les poisons hormonaux

2 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Perturbateurs endocriniens

Les poisons hormonaux

 

Schillipaeppa*

 

 

Fish A is a normal male fathead minnow. Fish C is a normal female fathead minnow. Fish B is a male that was exposed to female hormones in prescription drugs and looks more like a female than a male.

Ménés à tête de boule (Pimephales promelas, un poisson d’eau douce des zones tempérées nord-américaines). Le poisson A est un mâle normal. Le poisson C est une femelle normale. Le poisson B est un mâle qui a été exposé à des hormones féminines de médicaments délivrés sur ordonnance et ressemble plus à une femelle qu'àun mâle. (Source)

 

 

La Süddeutsche Zeitung a évoqué à la mi-février le parti Bundnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Verts) au plus bas dans les sondages. Il y a un passage intéressant dans cet article :

 

« À l'heure actuelle, la stratégie est : tout sur l'écologie, le noyau vert de la marque. Pendant trois heures, la direction du parti s'est réunie cette semaine avec les organisations environnementales. Mais même dans ses bureaux de direction, on n'ose actuellement pas espérer que la protection du climat et de la nature jouera un rôle décisif dans la campagne électorale. »

 

J'ai toujours pensé que les Verts et les ONG – en bref : Big Green – se concertaient, mais je ne l'avais pas encore vu de manière aussi explicite dans les médias.

 

L'article m'a incitée à faire un petit sondage sur Twitter. D'autres sujets m'étaient venus à l'esprit, mais on ne peut que proposer quatre options pour des raisons techniques :

 

 

Susanne Günther @schillipaeppa

Quels sujets les Verts et les ONG ont-ils favorisés pour la campagne électorale pour le Bundestag ?

Glyphosate : 70 %

Sortie du charbon : 15 %

Limitation de vitesse/gaz d'échappement : 5 %

Biodiversité : 10 %

 

 

Le glyphosate est de loin le « gagnant » du scrutin. Mais j'avais apparemment complètement faux. La campagne éco-électorale s'ouvre sur le thème des « perturbateurs endocriniens » – « endo... quoi » ? Ah oui, bien trop compliqué... alors il faut trouver une formule accrocheuse car cela doit apparaître comme dangereux... prenons donc « poisons »... des poisons qui agissent comme des hormones... « Hormongifte », poisons hormonaux, ira parfaitement ! Quand on regarde qui donc a gazouillé ces derniers jours et dernières semaines avec le mot-clic « #Hormongifte » ou le terme « Hormongifte », nous trouvons la faune habituelle du complexe politico-écologique. On se mentionne et se cite réciproquement :

 

 

Sur l'image : Le gouvernement fédéral soutien les agro-poisons hormonaux. Il doit voter NON sur le règlement UE sur les poisons hormonaux.

 

Grüne im Bundestag @GrueneBundestag

La grande coalition protège l'industrie chimique plutôt que l'homme et l'environnement dans le nouveau règlement de l'UE sur les poisons hormonaux.

 

 

Susi @SusiTestet

Des poisons hormonaux dans les assiettes allemandes.

 

Des poisons hormonaux dans les assiettes allemandes

Hambourg (ots) – Les consommatrices et les consommateurs sont exposés à de nombreux résidus de pesticides nocifs pour les hormones en quantités non négligeables. [Man note : c'est un article de presse qui brode sur un rapport de PAN Allemagne].

 

 

BUND @bund_net

Les meilleurs scientifiques disent que les poisons hormonaux sont dangereux pour la santé – mais personne ne réagit

 

 

UmweltinstitutM e.V. @UmweltinstitutM

La proposition du gouvernement fédéral donnerait carte blanche pour les poisons hormonaux. Notre avis : ...

 

 

UmweltinstitutM e.V. @UmweltinstitutM

Une nouvelle étude de PANGermany montre la présence de poisons hormonaux dans un échantillon d'aliment sur cinq. Quand le ministre Schmidt agira-t-il ?

 

 

UmweltinstitutM e.V. @UmweltinstitutM

Nous avons remis vos 100.000 signatures contre les poisons hormonaux à la ministre Hendricks. Merci à tous ceux qui ont participé !

 

 

SumOfUs @SumOfUs_de

Aujourd'hui, remise de la pétition à notre ministre de l'environnement. Ensemble, nous pouvons arrêter les poisons hormonaux.

 

 

Mais de quoi s'agit-t-il réellement ? Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui peuvent avoir une activité hormonale et donc perturber des processus naturels, tel le développement sexuel du fœtus dans l'utérus. Au niveau européen, on discute actuellement dans quelles circonstances une substance doit être considérée comme un perturbateur endocrinien. Ce qui a, entre autres, une incidence sur la pratique de l'homologation des substances pesticides et biocides.

 

Ce qui manque à mon sens dans ce débat une fois de plus est la proportionnalité. Il existe des substances ayant une action de perturbation endocrinienne dans les plantes, à l'état naturel – ce sont les phytohormones. Le soja, par exemple, contient des substances appelées isoflavones qui peuvent avoir un effet similaire aux œstrogènes. Cela peut présenter des avantages pour la santé, mais aussi des inconvénients.

 

 

ee2_trinkwasser

Figure 7 : Substances actives avec au moins un signalement positif dans l'eau potable en Allemagne, classées en fonction de la concentration maximale observée. Les nombres qui suivent les barres représentent le nombre d'entrées dans la base de données.

 

 

Un autre problème est qu'en prenant des médicaments tels que la pilule ou des préparations pour le traitement hormonal de substitution de la ménopause, les hormones se retrouvent dans les eaux usées. Rapportée à la rhétorique de Big Green, la pilule est quasiment une bombe de poison hormonal. À ce jour, il n'y a pas de réglementation prévoyant que les substances telles que l'œstrogène artificiel 17α-éthinylestradiol (EE2) et l'œstrogène naturel estradiol (E2) doivent être filtrés dans les usines de traitement des eaux usées. La Commission Européenne avait proposé au début de 2012 d'inclure les substances actives pharmaceutiques diclofénac, EE2 et E2 dans la liste des substances prioritaires dans le domaine de la politique de l'eau. La liste donne toutes les substances pour lesquelles ont été fixées des normes de qualité environnementale à l'échelle européenne et qui, à long terme, ne devraient plus être détectables dans nos eaux. Mais cela n'a pas abouti : on a seulement introduit une nouvelle liste de suivi comprenant les trois médicaments – avec la perspective de les reprendre dans la liste des substances prioritaires à moyen ou à long terme. L'œstrogène EE2 artificiel et l'œstrogène naturel E2 – tous deux des substances perturbant le système endocrinien – peuvent donc encore être présents dans les effluents de STP.

 

Des chercheurs de l'Institut Leibniz d'écologie des eaux douces et des pêches intérieures (IGB) à Berlin et de l'Université de Wroclaw ont montré que l'EE2 a un effet féminisant sur certaines espèces d'amphibiens. Le directeur de l'étude, le biologiste évolutionniste Matthias Stöck, est cité dans un communiqué de presse de l'Institut :

 

«La féminisation des populations, en plus d'autres effets hormonaux néfastes, peut contribuer à l'extinction de certaines espèces d'amphibiens. »

 

Selon le communiqué, les résultats de l'étude ont montré qu'après exposition à l'EE2, 15 à 100 pour cent des animaux des trois espèces d'amphibiens étudiées présentent une inversion sexuelle des mâles génétiques en femelles.

 

Co-auteur de l'étude, le professeur Werner Kloas de l'IGB est un éco-toxicologue de renommée internationale. Il a commenté les résultats de l'étude :

 

« L'EE2 entre également dans notre cycle de l'eau et constitue, avec d'autres substances œstrogéniques, une atteinte grave à prendre au sérieux non seulement pour les amphibiens, mais aussi pour nous les humains. »

 

Même dans notre eau potable on a retrouvé l'EE2 selon les dossiers de l'Agence Fédérale de l'Environnement. Comment ? Des poisons hormonaux issus de médicaments dans l'eau potable ? Et personne ne s'en préoccupe ? Au lieu de cela, les Verts et les ONG se battent avec narcissisme sur diverses finasseries de la définition pour prévenir des menaces qui, comparées aux problèmes actuels des eaux usées, sont au mieux hypothétiques. Mais qui veut que les gens renoncent à leurs contraceptifs ou à leurs traitements hormonaux substitutifs de la ménopause ? Non, plutôt faire peur sur ces endo-machins... enfin ces poisons hormonaux déversés dans le monde par Monsanto et Cie.

 

 

Liens :

 

Scientific principles for the identification of endocrine-disrupting chemicals: a consensus statement

 

Directive 2013/39/UE du Parlement Européen et du Conseil du 12 août 2013 modifiant les directives 2000/60/CE et 2008/105/CE en ce qui concerne les substances prioritaires pour la politique dans le domaine de l’eau

 

Décision d'exécution (UE) 2015/495 de la Commission du 20 mars 2015 établissant une liste de vigilance relative aux substances soumises à surveillance à l'échelle de l'Union dans le domaine de la politique de l'eau en vertu de la directive 2008/105/CE du

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle  ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2017/02/27/hormongifte/

 

<p>

Comment mesurer la consommation de substances licites et illicites ? Mesurez leur concentration dans les eaux usées... Ici, comparaison entre Melbourne et l'État de Victoria. (Source)

 

 

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