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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les bananiers GM résistants au flétrissement bactérien en route vers les agriculteurs

28 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #OGM

Les bananiers GM résistants au flétrissement bactérien en route vers les agriculteurs

 

Patricia Nanteza

 

Mme Patricia Nanteza, de l'Alliance for Science, avec des bananiers résistants au BMX, en cours d'essais sur le terrain.

 

Dire qu'il a fait chaud en Ouganda pendant les quatre derniers mois, ce serait mentir ! Cela a été une fournaise – les températures ont atteint un record de 37°C. Oui, c'est trop chaud pour l'Ouganda, où les températures se sont toujours situées à un confortable niveau de 26-29°C. La vague de chaleur a manifestement entraîné des pluies tardives et cela a causé des souffrances incalculables et la famine en raison du manque de nourriture.

 

Le Programme National de Recherche sur la Banane a donc attendu avec impatience les pluies qui se sont finalement manifestées à la fin de février. Les houes ont été rapidement sorties et les membres de l'équipe se sont parti au loin pour planter le premier de trois essais de terrain multi-sites de la banane génétiquement modifiée (GM). Cette banane a été conçue pour résister à au flétrissement bactérien par Xanthomonas (Banana Xanthomonas Wilt BXW). Le gène qui confère la résistance provient du poivron. Cette essai sur le terrain, comme le dit le Dr Jerome Kubiriba, chef du programme de la banane, est « la première étape de la phase de développement de produits. Nous planterons des bananiers dans deux autres sites avant de choisir la lignée à diffuser auprès des agriculteurs, après avoir obtenu les autorisations nécessaires. »

 

Pour comprendre combien cette maladie est redoutable pour la culture de la banane, et donc pour les agriculteurs, permettez-moi de raconter une petite histoire. À l'un des événements de sensibilisation à la biotechnologie et d'explication j'ai eu, en tant que journaliste, du mal à expliquer à une femme agricultrice ce qu'était le BXW. Elle m'a coupé la parole et a dit : « Je connais cette maladie. Nous l'appelons silimu nous bitooke (le SIDA des bananiers) dans mon village. » Intriguée, je lui ai demandé de préciser la comparaison et elle l'a fait : « Cette maladie n'a pas de remède. Peu importe ce que vous faites, vous perdez encore et encore des bananiers touchés. La seule solution que nous avons est la prévention, c'est-à-dire nous assurer qu'elle ne pénètre pas dans nos plantations, ce qui est difficile. »

 

Il est intéressant de noter que, actuellement, toutes les espèces de bananiers, sauvages et domestiques, sont sensibles au BXW, de sorte qu'il n'y a aucune source de résistance au sein du genre bananier. C'est pourquoi les scientifiques ont dû chercher ailleurs, en particulier chez le poivron, afin d'obtenir une résistance au BXW. Ils ont utilisé les outils de la biotechnologie – le génie génétique – pour transférer cette résistance au bananier.

 

En Ouganda, le BXW a été découvert pour la première fois en 2001 et s'est répandu rapidement dans les régions du centre, du sud-ouest et de l'ouest du pays, qui sont les principales zones de culture de la banane. À son apogée en 2007, la maladie avait causé la perte de 67 pour cent des plantations de l'Ouganda. Grâce à une vaste campagne de sensibilisation qui a vu plus de six partenaires de développement se joindre à l'Organisation Nationale de Recherche Agricole (NARO), la prévalence de la maladie a été ramenée à 5 pour cent, selon les données de 2016. Cependant, comme les agriculteurs s'en sont rendus compte, les méthodes culturales promues pendant la campagne de sensibilisation sont lourdes et si les agriculteurs relâchent leurs efforts, la maladie resurgit. D'où la nécessité d'une solution plus durable, que le génie génétique offre.

 

Soixante lignées qui ont présenté une de résistance à BXW à 100 pour cent pendant les essais en milieu confiné, ont été plantées lors du premier essai multi-sites à la station de recherche de Kawanda, Kampala. Sur les deux autres sites (des stations de recherche), « 10 des meilleures lignées seront plantées pour une évaluation », dit Kubiriba. C'est à partir de ces 10 que l'on choisira la lignée destinée aux agriculteurs.

 

À ce stade, il est important de noter que les essais multi-sites devraient idéalement être menés dans les communautés agricoles, et non pas dans des stations de recherche, comme c'est le cas en Ouganda. C'est parce qu'il est actuellement illégal de cultiver des OGM dans les champs des agriculteurs, d'où la restriction aux stations de recherche agricole. Toutefois, cela changera lorsque le projet de loi national sur la biosécurité et la biotechnologie, qui date de 2012, sera adopté et la loi signée. C'est la loi qui donnera aux agriculteurs l'accès aux cultures GM en Ouganda.

 

Crédit: Patricia Nanteza

 

Cette plantation multi-sites est aussi historique parce qu'elle est une étape importante sur la route qui mènera les bananiers GM aux agriculteurs en Ouganda et, ensuite, dans toute la région. Pour qu'une plante GM puisse atteindre les agriculteurs/consommateurs, elle doit passer par plusieurs phases.

 

La première est la phase de preuve de concept, dans laquelle les chercheurs doivent prouver que la plante produit le résultat qu'ils ont annoncé ; dans ce cas, prouver que le gène de résistance au BXW a été introduit avec succès dans le bananier des hauts plateaux de l'Afrique de l'Est et que celui-ci résiste effectivement à la maladie. Cette phase a été achevée en 2016 avec des résultats positifs. Kubiriba dit que dans cette phase de preuve de concept, il a été montré qu'une variété de bananier locale, 'Nakitembe', et un hybride localement apprécié, M9, présentaient le gène et, grâce à lui, une résistance de 100 pour cent à la maladie du flétrissement bactérien si redoutée.

 

La deuxième phase est le développement de produits. La science ayant fait ses preuves, les chercheurs effectuent des tests pour évaluer la performance dans différentes zones écologiques. Elle est également connue sous le nom d'essais multi-sites. Le premier essai sur le terrain dans un cadre multi-sites est ce qui s'est passé récemment dans notre station de recherche, les Laboratoires Nationaux de Recherche Agricole, situés à Kawanda-Kampala. Comme le précise Kubiriba, « Nous allons tester la performance des variétés résistantes en termes de rendement, de résistance au flétrissement bactérien et de vigueur par rapport à celles qui ne sont pas transformées. Nous allons sélectionner 10 lignes à partir desquelles nous recueillerons des données pour la déréglementation [l'autorisation]. À partir de ces 10, nous choisirons la lignée à diffuser auprès des agriculteurs. »

 

Toutes les recherches menées en Ouganda sur les OGM sont réglementées par le Conseil National de la Science et de la Technologie, en particulier le Comité National de Biosécurité (NBC). Le président du NBC, le Dr Charles Mugoya, et d'autres membres de l'équipe étaient présents lors de la plantation. « En tant que membres du NBC, nous sommes ici pour veiller à ce que les scientifiques adhèrent aux conditions que nous avons mises quand nous leur avons donné l'autorisation qu'ils avaient demandée d'effectuer cet essai », a déclaré M. Mugoya. Cependant, il a également ajouté qu'il est convaincu que la NARO a les installations et le personnel nécessaires pour effectuer la recherche et mener l'essai.

 

L'Ouganda est le plus grand consommateur de bananes dans le monde, avec 0,7 kg (1,5 livres) par personne et par jour. Près de 90 pour cent des bananes cultivées sont consommées localement.

 

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Source : http://allianceforscience.cornell.edu/blog/gm-bxw-resistant-bananas-start-their-journey-farmer

 

 

 

 

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