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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le rapport des Académies US sur les OGM : zéro science, 100 % médisance dans le Monde

10 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #OGM

Le rapport des Académies US sur les OGM : zéro science, 100 % médisance dans le Monde

 

 

cover_gecropsreport Le Monde – de Stéphane Foucart – s'est fait l'écho, sans analyse critique de l'œuvre ni recul, d'un article prétendument scientifique d'un scientifique « engagé » et d'un salarié d'une organisation activiste qui a l'anti-OGMisme dans son fond de commerce. « [P]rès du tiers » (six sur vingt) des auteurs principaux du rapport des Académies des Sciences, de l'Ingénierie et de Médecine des États-Unis d'Amérique, « Genetically Engineered Crops: Experiences and Prospects » auraient été affligés de conflits d'intérêts non déclarés.

 

Encore une fois, le Monde emploie la tactique favorite de l'écolo-activisme : l'instillation du doute ; et l'arme favorite : les conflits d'intérêts.

 

Et c'est encore une baudruche qui pose la question de la qualité et de la déontologie journalistiques du Monde.

 

 

 

Le Monde Planète est une source inépuisable de... ah ! Qu'allons nous écrire ici ?

 

 

L'objet du dénigrement : un rapport des Académies états-uniennes sur les OGM

 

« OGM : un rapport-clé de l’Académie des sciences américaine entaché de conflits d’intérêts » a été publié le 8 mars 2017 (sur la toile) par M. Stéphane Foucart.

 

Le « rapport-clé » des Académies des Sciences, de l'Ingénierie et de Médecine, c'est « Genetically Engineered Crops: Experiences and Prospects ». Il a été publié en mai 2016 et constitue le digestat d'une somme considérable de travail pilotée par un comité de 20 personnes (liste ici). Un bon millier de publications ont été examinées. Il y a eu des réunions d'information et des webinars avec quelque 80 présentations (archivées). La parole a aussi été donnée aux opposants aux OGM, y compris à notre grand professeur national. Il y a eu des échanges avec le public, avec plus de 700 commentaires.

 

Le rapport a aussi fait l'objet d'un examen par 26 pairs (dont le Français Marcel Kuntz).

 

Nous l'avons évoqué en son temps dans « Plantes génétiquement modifiées : tout ce que les militants anti-OGM ne veulent pas savoir ». Le rapport a fait l'objet de critiques, certaines comme celle de M. Henry Miller sévères. Celui-ci a considéré que le rapport ne faisait pas de faveurs à la science. Il nous a semblé pour notre part qu'il manquait singulièrement de vision. En effet, le monde des OGM ne se limite pas aux grandes cultures, ni aux articles scientifiques ou à prétention scientifique.

 

Mme Marion Nestle, professeur (en retraite?) de nutrition, études alimentaires et santé publique à l'Université de New York, note sur EcoWatch, après avoir signalé qu'elle a été une des réviseuses du rapport :

 

« En essayant d'être impartial, le comité ne fera plaisir à personne. Les promoteurs seront désolés de voir que les bénéfices n'ont pas été loués avec plus de vigueur. Les critiques seront fâchés de voir que le rapport traite bon nombre de leurs préoccupations de manière péjorative (activisme). Les deux partis trouveront largement de quoi étayer leurs points de vue. La conclusion générale – « il faut plus de recherches » – fait sens mais n'aide pas à un rapprochement. »

 

Elle a aussi écrit :

 

« Je donne une note élevée au rapport pour son ton neutre et ses interprétations prudentes. »

 

Tout ça pour en arriver à la question suivante : fallait-il dénigrer ce rapport ?

 

 

Une étude « scientifique » ? C'est toujours bon à exploiter !

 

C'est ce qu'a fait M. Foucart dans le Monde, avec la tactique favorite de l'écolo-activisme, l'instillation du doute ; et l'arme favorite : les conflits d'intérêts. En deux phrases :

 

« Le texte a-t-il été rédigé en toute indépendance ? La question est posée par la revue PLoS One qui publie, dans sa dernière édition, une étude montrant l’existence de conflits d’intérêts au sein du comité d’experts ayant coordonné le rapport. »

 

Il est toujours judicieux de citer une revue scientifique... ça donne de l'allure au propos ! Mais non, ce n'est pas la revue, mais deux auteurs, du reste sans pedigree scientifique. Le Monde nous a tout de même fait la grâce de les citer : « Conflicts of interest among committee members in the National Academies’ genetically engineered crop study » est donc l'œuvre de :

 

« Sheldon Krimsky (université Tufts à Medford, dans le Massachusetts) et Tim Schwab (Food & Water Watch) ».

 

 

Quand l'hôpital se moque de la charité...

 

Are these apples GMO?(Source)

 

Sauf que Sheldon Krimsky déclare aussi être un membre bénévole du conseil d'administration de The Council for Responsible Genetics (en fait, il en est le président) ; nous ne dirons rien de plus sur cette organisation, particulièrement opaque. Quant à Tim Schwab, il est donc employé par Food and Water Watch, dont l'activisme est tonitruant.

 

Ainsi donc, des auteurs affligés de conflits d'intérêts – qui déclarent cependant que cela ne les empêche pas d'adhérer à la... « politique de PLOS ONE sur le partage des données et matériels » – trouvent des conflits d'intérêts chez les autres. La paille et la poutre ! Selon les termes du Monde :

 

« ...près du tiers de ses 20 principaux auteurs entretenaient des liens financiers avec des sociétés de biotechnologies. Ces liens n’avaient pas été identifiés ou rendus publics. »

 

« ...près du tiers » ? Artifice journalistique peu reluisant pour dire « six ». Les auteurs de l'article « scientifique » ont écrit, suavement :

 

« Nous avons restreint notre analyse aux COI financiers et avons ignoré d'autres conflits tels que les conflits d'engagements ou les positions idéologiques et politiques des membres du comité – parce qu'une analyse des COIs financiers nous a permis de nous appuyer sur des critères bien établis des NASEM [académies] et d'autres des lignes directrices. »

 

Surtout ne pas évoquer leurs propres conflits...

 

 

Une réaction sèche de la part des Académies

 

Reprenons la chronologie : l'article « scientifique » est publié dans PloS One le 28 février 2017. L'article du Monde est daté du 8 mars 2017 (et mis à jour – comment ? – le 10). Mais entre-temps, le 3 mars, une commentatrice attire l'attention des lecteurs sur PLoS One sur une déclaration, une réponse des Académies du 1er mars 2017. L'essentiel est ici :

 

« Les Académies nationales des sciences, de l'ingénierie et de la médecine ont une politique relative aux conflits d'intérêts rigoureuse, bien définie et transparente, à laquelle tous les membres du comité d'étude se sont conformés. Il est injuste et malhonnête pour les auteurs de l'article de PLOS d'appliquer leur propre perception des conflits d'intérêts à notre comité en lieu et place de nos politiques testées et fiables. »

 

 

Pour les activistes, il suffit d'établir leurs propres critères...

 

Cela mérite un peu d'explication : les Académies ne retiennent que les investissements supérieurs à 10.000 dollars. Les auteurs n'ont fixé aucun seuil (mais cela n'a eu aucune incidence sur leurs résultats). Les Académies ne demandent d'annoncer que les « intérêts actuels » et les intérêts passés qui peuvent encore avoir une influence sur le comportement actuel. Les auteurs écrivent que leurs critères peuvent différer, mais ne décrivent pas les différences avec précision...

 

Toutefois, « détenir un brevet ou une demande de brevet actif pendant la durée de participation au comité NASEM2016 était suffisant pour remplir nos critères. » Mais, problème : les accusés ne détiennent aucun brevet !

 

Les brevets sont détenus par les institutions, les personnes mises en cause n'étant mentionnées que comme inventeurs. Elles peuvent certes toucher des rémunérations au titre des inventions, mais la valorisation et la gestion de l'exploitation des inventions sont du ressort des titulaires (par exemple la Wisconsin Alumni Research Foundation dans le cas M. Richard M. Amasino).

 

Les auteurs ont aussi trouvé cinq membres du comité des Académies affligés de honteux « conflits d'intérêts » liés au financement de leurs travaux.

 

M. Foucart, quant à lui, ne manque pas de nous renvoyer aux insinuations de Denis Bourguet, Eric Lombaert et Thomas Guillemaud que nous avons longuement analysées sur ce site (« Un article alter-scientifique sur les conflits d'intérêts... sans (enfin...) déclaration sur les conflits d'intérêts des auteurs ! » et la suite).

 

Et le comité des Académies a examiné... La fusée des conflits d'intérêts est à deux étages : le premier : des auteurs affligés de conflits d'intérêts produisent un rapport ; le deuxième : pour produire ce rapport, ces auteurs utilisent des études souillées par des conflits d'intérêts.

 

Mais revenons aux cinq pestiférés qui ont pourri l'ensemble du rapport.

 

M. Richard A. Dixon a co-écrit un article, « Combining enhanced biomass density with reduced lignin level for improved forage quality » qui a reçu l'appui de Forage Genetics International ; mais aussi du très institutionnel US Department of Energy. Pouvons nous proposer à tous ces auteurs de diviser les conflits d'intérêts au prorata des contributions financières ?

 

M. David M. Stelly est épinglé pour un article, « Development of a 63K SNP Array for Cotton and High-Density Mapping of Intraspecific and Interspecific Populations of Gossypium spp. » produit avec plus de quarante autres auteurs ! Même notre CIRAD national devrait être marqué du sceau de l'infamie...

 

« De Novo Genome Assembly of the Economically Important Weed Horseweed Using Integrated Data from Multiple Sequencing Platforms » – onze auteurs dont M. C. Neal Stewart Jr. – est aussi mis au pilori pour cause de concours de Monsanto ; mais le Département de l'Agriculture s'est même associé avec le diable... Ah non ! Dans la saga des anti-OGM, Monsanto a déjà phagocyté l'USDA.

 

Mais c'est la cas de Mme Carola A. Mallory-Smith, qui doit retenir notre attention : son article (derrière un péage), « Crossing the divide: gene flow produces intergeneric hybrid in feral transgenic creeping bentgrass population », invoque la précaution dans l'emploi des OGM.

 

Voilà donc deux fouille-... fondamentalement opposés aux OGM qui critiquent un rapport plutôt équilibré – ayant en tout cas subi des critiques à la fois des partisans des OGM et des opposants – sur la base d'un conflit d'intérêts allégué d'une scientifique qui serait plutôt de leur bord... Qui serait ? Food and Water Watch avait bruyamment applaudi à la nomination de Mme Mallory-Smith au comité des Académies !

 

 

Pour le Monde, la sélectivité s'impose

 

Et, ravi d'avoir trouvé un nouvel article « scientifique » assassin, le Monde répercute, sans analyse de son contenu, sans esprit critique.

 

Il va de soi aussi que les lecteurs du Monde ont été privés de la mise au point des Académies.

 

C'est ça la qualité et la déontologie journalistiques du Monde...

 

En fait, ce n'est pas tout :

 

« De plus, l’institution elle-même [les Académies] se trouve en situation de conflit d’intérêts financier. »

 

Mais nous, nous en avons assez...

 

Mais nous poserons tout de même la question de la politique éditoriale des journaux qui se prétendent scientifiques. Cet article de Krimsky et Schwab – après l'alterscience de Bourguet, Lombaert et Guillemaud, également publiée dans PloS One – illustre une inquiétante dérive vers le cautionnement de l'activisme qui se voit munie d'un sceau de « science ».

 

 

Post scriptum

 

Le titre nous a été inspiré par un commentaire signé « untel » – le vrai, pas celui ou ceux qui, mécontents de ses commentaires critiques de la ligne éditoriale du Monde Planète, usurpent son identité pour polluer le fil de commentaires. Le modérateur laisse faire...

 

 

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vigneron 13/03/2017 15:01

On a beau dire, être un bioéthicien officiel et un grand spécialiste du conflit d'intérêt, ça en ouvre des portes et des postes...
Sheldon Krimsky, Editorial and Advisory Positions :

- Accountability in Research - Associate Editor
- Science, Technology & Human Values - Editorial Advisory Board Member
- Journal of BioLaw and Business - Life Sciences Advisory Board Member
- Human Gene Therapy - former Advisory Board Member
- New Genetics and Society - International Editorial Board Member
- Expert Opinion on Pharmacotherapy - Editorial Board Member
- Council for Responsible Genetics (publishing GeneWatch) - Chair, Board of Directors
- International Journal of Environmental Technology & Management - Editorial Board Member
- Public Library of Science - Member, Medicine Advisory Group on Competing Interests and Publication Ethics
- National Institutes of Health - former member (1978–1981), Recombinant DNA Advisory Committee
- President's Commission for the Study of Ethical Problems in Medicine and Biomedical and Behavioral Research - former consultant
- Congressional Office of Technology Assessment - former consultant
- American Association for the Advancement of Science - former chair (1988–1992), Committee on Scientific Freedom and Responsibility
- Hastings Center on Bioethics - fellow
- American Association of University Professors - member, Committee A
- American Civil Liberties Union - member of a study panel that formulated a policy on civil liberties and scientific research

https://en.wikipedia.org/wiki/Sheldon_Krimsky

mem_somerville 11/03/2017 16:12

Krimsky also profited from an anti-GMO book, which consisted largely of text from his organization: https://www.biofortified.org/2014/11/the-gmo-deception-is-in-fact-deceptive/ . It was published by the same publisher that does anti-vaxxer Wakefield's books. Not declared, curiously enough.