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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Monde et les abeilles : « des acrobaties statistiques » deviennent une simple « polémique »

30 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Abeilles, #critique de l'information, #Pesticides

Le Monde et les abeilles : « des acrobaties statistiques » deviennent une simple « polémique »

 

 

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Dans le Monde du 24 mars 2017, il était reproché au ministère de l'agriculture de s'être livré à des « acrobaties statistiques » sur la mortalité des abeilles (en fait, les déclarations de mortalités massives aiguës). Le Monde s'est fondé sans recul ni analyse critique sur des écrits et dires de l'Union Nationale de l'Apiculture Française (UNAF), en y mettant une dose de surinterprétation.

 

Le ministère a réagi avec vigueur. L'article a été complété (sur la toile tout au moins), mais l'annonce de cet ajout a occulté un changement de titre...

 

Quant aux « acrobaties statistiques »...

 

 

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Ce serait plutôt de Disraeli...

 

 

Où est la transparence dans le Monde ?

 

C'était intitulé : « Abeilles et pesticides : les acrobaties statistiques du ministère de l'agriculture » sur le Monde Planète et sous la signature de M. Stéphane Foucart.

 

Un article à charge, avec de graves accusations de malversations à l'encontre du ministère de l'agriculture, néanmoins sur le mode indirect de prudence, de l'attribution à un tiers. Notamment :

 

« Conduit par les services du ministère de l’agriculture, ce programme est, selon l’UNAF, entaché de plusieurs biais et tours de passe-passe statistiques conduisant à minimiser le rôle des pesticides dans le déclin des abeilles. »

 

Quelqu'un s'en est ému au ministère, et M. Foucart a ajouté un paragraphe reflétant la réponse du ministère, avec une note en bas de page :

 

« Cet article a été édité le 27 mars pour intégrer la réaction du ministère de l’agriculture. »

 

Le lecteur moyen imagine donc – à la lecture du billet nouveau – que le dernier paragraphe a été ajouté et que le chapô a été complété.

 

Et bien non ! Le titre accusateur – qui ne comporte pas l'attribution à un tiers – est devenu :

 

« Abeilles et pesticides : polémique entre les apiculteurs et le ministère de l’agriculture ».

 

 

En cause : un programme de surveillance des mortalités massives aiguës

 

La Direction Générale de l'Alimentation gère un programme de surveillance des mortalités massives aiguës des abeilles. Notez bien les adjectifs : il s'agit d'événements très précis. La DGAL n'a pas beaucoup communiqué sur les résultats de la surveillance pour 2015. Des esprits mal tournés ont pu avancer avec un zeste d'ironie la thèse du complot : les chiffres n'étayent pas les thèses communément propagées sur... la responsabilité des pesticides.

 

Mais La Santé des Abeilles a publié dans son No 275 de septembre-octobre 2016 un article de M. Fayçal Meziani, référent-expert national « apiculture, pathologie des abeilles » à la DGAL, « La surveillance officielle des mortalités massives aiguës des abeilles – Bilan 2015 et perspectives ».

 

Nous l'avons évoqué dans « "Les mortalités massives d'abeilles dues principalement aux pesticides agricoles" ? – Baliverne #12 -- Glané sur la toile 114 ». Voici un graphique :

 

(Source)

 

 

Ce graphique est tiré d'une présentation détaillée qu'a faite M. Meziani lors d'une réunion des correspondants régionaux de la DGAL pour les abeilles. Une présentation similaire a été faite par M. Meziani lors d'une journée scientifique de l'ANSES le 9 décembre 2014.

 

 

Six mois après : l'UNAF piaffe

 

Une information a fait son chemin et a fini par irriter l'UNAF, l'Union Nationale de l'Apiculture Française (communiqué ici, texte ici). Comme l'écrit le Monde :

 

« ...ce programme est, selon l’UNAF, entaché de plusieurs biais et tours de passe-passe statistiques conduisant à minimiser le rôle des pesticides dans le déclin des abeilles. »

 

En gros : les statistiques ne corroborent pas nos préjugés, nos partis pris, nos objectifs socio-politiques (l'UNAF est un élément de la galaxie alter et anti)... c'est que les statistiques mentent.

 

Et M. Foucart a répercuté les objections de l'UNAF. Le ministère de l'agriculture a été contacté selon l'article, mais sur quel point précis (sans compter les autres questions) :

 

« Ce n’est pas tout. Dans de nombreux cas, assure le syndicat, c’est la détection d’un niveau élevé et létal d’un pesticide qui conduit au diagnostic d’intoxication. "Or, nous savons que la mortalité d’une colonie peut survenir pour des quantités de toxiques bien plus faibles", ajoute l’UNAF dans sa note, citant les effets synergiques de certains mélanges de molécules ou le fait que des pathogènes naturels peuvent plus facilement infecter des ruches affaiblies par l’exposition chronique à certaines molécules. Le syndicat apicole relève d’autres étrangetés : certaines grandes régions d’apiculture apparaissent déclarer très peu de mortalité. Voire aucune. Un point qui demeure inexpliqué par le ministère, qui n’a pas répondu à nos sollicitations. »

 

Voilà un gloubiboulga que l'on trouve fréquemment. Un exemple : le niveau de pesticides n'est pas suffisamment élevé pour provoquer une mortalité – rappelons que le programme de la DGAL porte sur les mortalités massives et aiguës –, mais ce sont quand même les pesticides qui sont en cause.

 

 

Le ministère répond

 

Que signifie « [c]e point » dans le paragraphe ci-dessus ? Une lecture stricte s'impose, à moins de considérer que l'auteur, journaliste professionnel, a fait preuve de laisser-aller dans la rédaction : un point de détail, susceptible de n'occasionner aucune réaction au ministère.

 

Le ministère de l'agriculture a pourtant fini par répondre. L'essentiel, rapporté par le Monde :

 

« Au ministère de l’agriculture, on se défend de vouloir "cacher" les effets des pesticides sur les ruchers et on s’irrite de ce que l’UNAF "ait publié sa note avant de transmettre ses questions". "L’article publié dans La Santé de l’abeille n’avait aucune ambition statistique, car le dispositif mis en place ne peut rendre compte de l’état sanitaire des ruchers français, dit-on rue de Varennes. Ce n’est pas nous qui avons donné une lecture statistique à ces résultats, mais le 'Réseau biodiversité pour les abeilles'." »

 

 

Où sont les « acrobaties statistiques » ?

 

Est-on vraiment dans le cadre d'une « polémique entre les apiculteurs et le ministère de l’agriculture » (du reste, ce ne seraient pas « les apiculteurs » mais « des... »), ou serait-ce un moment d'excitation lié à un article de presse mettant en cause le ministère coupable, selon le premier titre d'« acrobaties statistiques » ? La deuxième hypothèse se plaide. Cela nous ramène à la qualité de l'« information » du Monde Planète, dans ce cas précis la qualité de l'information rapportée et son interprétation par le journal.

 

Voici encore un diagramme du document de l'UNAF :

 

 

(Source)

 

 

L'UNAF écrit :

 

« Par ailleurs, on observe un écart flagrant entre l’interprétation de l’UNAF et celle de F. Meziani sur la part attribuable aux intoxications : respectivement 6% et 24%, soit quatre fois plus. »

 

Il y a effectivement des écarts flagrants. M. Meziani a rapporté des causes bien documentées, sinon certaines, et l'UNAF des causes « possibles ». Si « inexpliqué » de M. Meziani correspond au « non interprétable » de l'UNAF, on passe de 18 % dans le graphique en barres original de M. Meziani à 42 % dans son interprétation en camembert par l'UNAF.

 

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Il n'y a pas que le Monde

 

On peut apprécier la France Agricole pour la qualité de ses articles de fond ; on peut être plus critique pour ses informations journalières. Dans le cas présent, il titre : « Graves dysfonctionnements de la surveillance, selon l’Unaf ». Pas terrible...

 

Il y a aussi eu une dépêche de l'AFP, reproduite par exemple par Actu-Orange avec pour titre : « Mortalité des abeilles: les apiculteurs contestent une étude du ministère de l'Agriculture ». L'AFP aurait-elle cherché à en savoir plus du ministère ? Bien sûr que non !

 

 

Post scriptum

 

Difficile de résister à ce titre :

 

« En Allemagne, le parti de Merkel résiste à "l’effet Schulz" dans la Sarre »

 

À lire l'article, le parti de Mme Merkel a fait mieux que « résister »...

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Angelilie 30/03/2017 15:00

toujours un plaisir de flâner sur vos pages. au plaisir de revenir

Seppi 15/04/2017 18:52

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Belle contrepèterie ! Mais j'ai du mal à comprendre la suite.

vigneron 01/04/2017 16:25

Mieux vaut flâner sur ces pages que faner sur vos plages.
Ben alors Seppi ? On case des fake pin-ups pour attirer le chaland ?