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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La glyphosate rend fou 29 parlementaires européens !

26 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique, #Union européenne, #Activisme

La glyphosate rend fou 29 parlementaires européens !

 

 

Résultat de recherche d'images pour "monsanto evil" Proposition ou source d'inspiration pour la nouvelle rouelle

 

Ils sont 29, essentiellement socialistes et verts à avoir signé une lettre adressée au Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker. Avec, outre la demande de ne pas renouveler l'autorisation du glyphosate, des revendications qui impliquent l'ostracisation de certains acteurs de la vie économique.

 

Nous suggérons à ces honorables parlementaires – c'est une formule consacrée, mais il est permis de la prendre sur le mode ironique – de proposer un règlement imposant le port d'une pièce de tissu avec un « M » et « Monsanto » cousu sur les vêtements...

 

 

L'activisme anti-glyphosate ne chôme pas

 

Elle n'a pas chômé, la mouvance alter et anti – viscéralement opposée au glyphosate, dont la chute aura un effet domino d'une ampleur peu soupçonnée sur la protection des plantes et, partant, l'agriculture et l'alimentation européennes.

 

Un consortium a publié un document de 72 pages, « Glyphosate and cancer: Buying science – How industry strategized (and regulators colluded) in an attempt to save the world’s most widely used herbicide from a ban » (glyphosate et cancer : l'achat de la science – La stratégie de l'industrie (et la collusion des régulateurs) dans une tentative de sauver l'herbicide le plus largement utilisé dans le monde d'une interdiction). Les auteurs ? Helmut Burtscher-Schaden, Peter Clausing et Claire Robinson. Cette dernière nous est familière : directrice de publication de GM Watch, elle est aussi impliquée dans des sites satellites comme GMOSeralini. Vingt pages sur 48 sont consacrées aux « conflits d'intérêts ». Rassurez-vous : il n'y a rien sur Christopher Portier... Pour le reste, rien de bien nouveau. Sur le fond, on ne sort guère des controverses sur la valeur des différentes études invoquées à l'appui de la thèse de la cancérogénicité, sur l'interprétation à donner au principe du poids de la preuve, sur la différence entre danger et risque.

 

 

Une lettre (en français ici) a aussi été écrite pour signature par des parlementaires européens pour envoi à M. Jean-Claude Juncker, Président de la Commission Européenne. Soyons clairs : à l'évidence, la lettre n'a pas été écrite par – mais pour – les parlementaires.

 

 

Des « parlementaires européens de tous bords » ?

 

Sous la signature de M. Stéphane Foucart, le Monde Planète jubile avec « "Monsanto Papers" : des eurodéputés veulent la révision de l’expertise du glyphosate » :

 

« Les "Monsanto Papers" n’en finissent pas de porter préjudice au géant de l’agrochimie. Une trentaine de parlementaires européens de tous bords ont adressé, vendredi 24 mars, une lettre au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, afin de lui demander de ne pas renouveler l’autorisation du glyphosate sur le Vieux Continent. [...] »

 

De « tous bords » ? La liste en est donnée ci-dessous

 

 

 

Des revendications extravagantes et inquiétantes

 

Sur 751 députés au total, il s'en est trouvé 29 – dont 11 Verts (sur 51) et 12 socialistes (sur 189), et encore une PPE (sur 217) – pour réclamer, « [c]ompte tenu de tous les éléments susmentionnés et des propriétés mortelles du glyphosate » (c'est nous qui graissons – c'est une erreur de traduction de « non-selective »), dans l'ordre :

 

  1. de « prendre toute mesure d’urgence nécessaire pour garantir la protection immédiate de la santé publique – y compris la santé au travail – et de l’environnement » ;

     

  2. de « recommander à l’[ECHA] et à l’[EFSA] de réviser de manière critique la validité » de certaines études et de « prendre toutes les mesures nécessaires pour étudier l’impact » d'une étude (bibliographique) sur leurs conclusions ;

     

  3. « de ne pas proposer de nouvelle approbation du glyphosate dans l’UE tant que le point 2 n’a pas été clarifié et que toutes les restrictions à son utilisation adoptées dans la résolution du Parlement européen en avril 2016 sont mises en place » ;

     

  4. « d’accorder d’urgence un soutien financier et technique au secteur agricole pour une transition rapide vers une agriculture sans glyphosate » ;

     

  5. de « proposer une révision de la législation sur les pesticides qui garantirait que l’évaluation scientifique des pesticides à des fins d’approbation réglementaire de l’UE ne repose que sur des études publiées, évaluées par des pairs et indépendantes, commandées par les autorités publiques compétentes plutôt que par l’industrie des pesticides » ;

     

  6. « de dresser une liste noire des sociétés qui utilisent les mensonges comme politique commune et, de même que l’article 5.3 de la Convention-cadre des Nations unies sur la lutte antitabac (CCLAT), d’interdire les contacts directs non divulgués de la Commission européenne et des agences avec tout lobbyiste travaillant avec ou pour Monsanto » ;

     

  7. « d’enquêter pleinement sur la question de savoir si Monsanto a délibérément falsifié des études sur la sécurité du glyphosate et, si les faits sont établis, prendre des mesures juridiques appropriées contre l’entreprise ».

 

 

Objectif ou dégât collatéral : décrédibiliser la Commission européenne

 

Moins de 4 % de la députation européenne – délaissant les outils parlementaires à sa disposition – formule donc des exigences extravagantes dont les signataires savent qu'elles ne seraient jamais acceptées par leurs collègues parlementaires. C'est de la gesticulation, et aussi une tentative d'influencer le processus décisionnel par un moyen déloyal : déstabiliser la Commission, avec le concours des médias. L'introduction du catalogue de revendications à la Prévert ne dit-elle pas :

 

« ...nous vous invitons, en tant que président de la Commission européenne, à assurer la crédibilité des institutions et des agences de l’UE » ?

 

Cette crédibilité, ce sont les signataires qui la sapent consciencieusement avec une lettre fondée sur des interprétations romanesques de courriels internes de Monsanto.

 

 

La logique malmenée et les postures à géométrie variable

 

La mouvance qui a écrit la lettre soutient mordicus que le glyphosate a des propriétés qui devraient l'écarter du marché et, comme on peut le voir de son dernier « rapport », que les instances d'évaluation européennes se sont trompées ; le BfR allemand aurait même fait une « colossale erreur » ; ou encore d'avoir « mélangé de manière répétée danger et risque, apparemment de manière délibérée ». Mais dans l'instrumentalisation des parlementaires européens (complaisants et consentants), la stratégie est celle d'un combat d'arrière-garde.

 

Et, parmi les signataires, il en est qui militent ouvertement pour l'interdiction pure et simple du glyphosate...

 

 

 

 

Et tout est bon pour militer. Ainsi, de la paire José Bové-Michèle Rivasi :

 

« Au lendemain de la publication des Monsanto Papers, prouvant une fois de plus le caractère inutile et dangereux de cet herbicide, il est plus que jamais urgent de faire interdire le glyphosate. Une interdiction que nous avons, par ailleurs, réclamée dans une lettre à la Commission européenne, écrite à notre initiative mais cosignée par des eurodéputés de diverses sensibilités politiques. »

 

Non ! C'est un mensonge !

 

Les évaluations de l'EFSA et de l'ECHA doivent donc être remises en cause, non pas sur la base d'arguments scientifiques, mais de ragots dans une certaine presse : le Monde Planète de M. Stéphane Foucart, bien sûr, mais aussi le Huffington Post, en réalité un article d'une entité de lobbying états-unienne. Nous écrivons « une certaine presse » car ces histoires de complots et de manipulations ne semblent pas intéresser les copier-colleurs.

 

Le point 3 aurait cependant pour effet pratique de mettre fin à l'homologation et l'utilisation du glyphosate car toute « clarification » du point 2 sera immédiatement considérée comme insuffisante et suivie de nouvelles exigences. Les signataires sont en revanche logiques en poursuivant, au point 4, avec une demande urgente de « soutien financier » au secteur agricole pour l'après-glyphosate, et même « technique » – on peut se demander comment la Commission s'y prendrait, dans l'absolu et dans le délai de neuf mois qui reste avant l'échéance (fin 2017).

 

C'est en tout cas un aveu de la reconnaissance de l'utilité du glyphosate pour l'agriculture...

 

 

Le retour du pilori et de l'ostracisme

 

Résultat de recherche d'images pour "stop monsatan" Un autre source d'inspiration...

 

Mais le pire est cette demande tendant à ostraciser des sociétés et des « lobbyistes ». Et le pire du pire est que cette revendication est suivie d'une demande d'enquête – à l'encontre de la seule Monsanto – pour, en bref, savoir si l'ostracisation de la firme est bien justifiée.

 

Si l'on reste sur le plan factuel, quelles seraient les bases juridiques et factuelles pour une telle « liste noire » ? De quels « mensonges comme politique commune » s'agit-il ? À notre sens, il faudrait y mettre tous les constructeurs automobiles car aucun n'indique la vraie consommation de carburant de leurs véhicules, les marchands de détergents qui vous promettent du linge plus blanc que blanc et... les partis politiques.

 

De même, que sont les « contacts directs non divulgués » ? Des coups de téléphone ? De simples conversations lors de la Happy Hour du vendredi sur la place du Luxembourg ? Le « lobbyiste » devra être défini avec précision. On peut supposer que cela inclut tout membre du personnel de l'Association Européenne de Protection des Plantes (ECPA), et même Business Europe (le MEDEF européen) ; présent et aussi passé, bien entendu. Il faut bien protéger les agents de la Commission et des agences contre les impairs et faux pas ; en sens inverse, il faut prévoir des sanctions... le pilori, peut-être.

 

 

Que ces gens affichent leurs vraies références politiques et sociétales

 

Mais on peut aussi aborder ces revendications sur le plan émotionnel : ces gens – qui se veulent les parangons des hautes valeurs de la démocratie – sombrent dans un délire que l'on ne saurait comparer à ceux du passé sans risquer de se voir attribuer un point Godwin.

 

Nous le ferons : il faut en effet assurer une bonne application de ce nouveau régime instituant des règles particulières pour les relations de Monsanto et de ses prestataires avec des autorités publiques.

 

Honorables membres du Parlement – c'est une formule consacrée, mais il est permis de la prendre sur le mode ironique – proposez donc un règlement imposant le port d'une pièce de tissu avec un « M » et « Monsanto » cousu sur les vêtements...

 

 

Capturer

 

Les signataires

 

Philippe Lamberts, Co-President of the Greens/EFA group,

 

Guillaume Balas MEP (S&D),

Jose Inacio Faria MEP (EPP),

Stefan Eck MEP (GUE/NGL),

Piernicola Pedicini MEP (EFDD),

Bart Staes MEP (Greens/EFA),

José Bové MEP (Greens/EFA),

Martin Häusling MEP (Greens/EFA),

Benedek Jávor MEP (Greens/EFA),

Michèle Rivasi MEP (Greens/EFA),

Maria Heubuch MEP (Greens/EFA),

Molly Scott Cato MEP (Greens/EFA),

Claude Turmes MEP (Greens/EFA),

Ernest Urtasun MEP (Greens/EFA),

Florent Marcellesi MEP (Greens/EFA),

Pavel Poc MEP (S&D),

Karin Kadenbach MEP (S&D),

Maria Noichl MEP (S&D),

Nessa Childers MEP (S&D),

Gilles Pargneaux MEP (S&D),

Marc Tarabella MEP (S&D),

Nicola Caputo MEP (S&D)

Christel Schaldemose MEP (S&D)

Eric Andrieu MEP (S&D),

Isabelle Thomas MEP (S&D),

Edouard Martin MEP (S&D),

Younous Omarjee MEP (GUE/NGL),

Eleonora Evi MEP (EFDD),

Marco Zullo MEP (EFDD).

 

 

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Seppi 15/04/2017 18:49

Bonjour,

Merci pour vos commentaires.

Un physicien : Oui, 11 Verts sur 51. Cela soulève d'intéressantes questions. Ça peut faire 51 – 11 = 40 raisonnables (ou moins... [à compléter, par exemple un mot de trois lettres au singulier]). Ça peut aussi faire 40 qui abdiquent devant les 11.

Camille : Des références comme le New York Times ? Danny Hakim n'a rien à envier aux gens du Monde Planète question militantisme. Le Parisien ? Il cite le NY Times (lui, au moins, il cite ses sources...). Le Progrès ? Il cite l'Immonde...

Vigneron : Oui, « quand on veut "aller plus loin que le monde", on va à la source, soit les Monsanto Papers. Du reste, cela vaut toujours la peine d'aller à la source, histoire de vérifier jusqu'à quel point les (prétendues) citations du Monde ont été bidouillées.

Et oui, j'ai toujours envie de défendre le glyphosate – en toute impartialité et avec rationalité. C'est un outil remarquable, pas que pour les agriculteurs.

vigneron 01/04/2017 16:14

Camille, quand on veut « aller plus loin que le monde », on va à la source, soit les Monsanto Papers, en libre accès pour les meilleures feuilles (300 pages de mails, lettres, rapports internes et- externes, auditions d’enquêtes, etc, sur des millions fournies par M le Maudit) et là on voit, et on voit quoi ? ben pas grand chose en fait, si ce n'est une boite qui défend de bonne foi sa molécule.

Camille 29/03/2017 12:37

Bonjour,

il est marrant votre article. Allez pour la peine, je suis allé pour vous plus loin que le monde :

New York Times : https://www.nytimes.com/2017/03/14/business/monsanto-roundup-safety-lawsuit.html?_r=0

Le parisien : http://www.leparisien.fr/laparisienne/sante/des-courriels-montrent-que-monsanto-s-inquiete-des-risques-du-glyphosate-depuis-1999-18-03-2017-6773319.php

Un qui vous va bien,

Le progrés : http://www.leprogres.fr/france-monde/2017/03/18/monsanto-etait-informe-de-la-toxicite-du-roundup-des-1999

Je vais m'arreter la mais la liste est longue et les articles présents sur toute la planete.

Toujours envie de défendre le round up en toute impartialité ?

Avec comme vous le dite si bien : avec rationalité ?

un physicien 26/03/2017 21:40

11 Verts sur 51 ...