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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'omerta du secteur de l'agriculture biologique « sans produits chimiques » sur le « problème des pesticides »

12 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Andrew Porterfield, #Agriculture biologique, #Pesticides

L'omerta du secteur de l'agriculture biologique « sans produits chimiques » sur le « problème des pesticides »

 

Andrew Porterfield*

 

 

 

 

Ça se passe aux États-Unis d'Amérique et au Canada, qu'en est-il en Europe et plus particulièrement en France ?

 

Rappelons que selon les données colligées par l'EFSA, 97 % des échantillons d'aliments prélevés dans l'Union européenne sont exempts de résidus de pesticides (53,6% exempts de résidus quantifiables) ou contiennent des traces qui se situent dans les limites autorisées (43,4%). Les dépassements de limites maximales de résidus (LMR) concernent 1,6% des échantillons provenant de pays de l'UE/EEE, et 6,5% des échantillons en provenance des pays tiers ; il n'en résulte cependant pas de risque pour la santé, sauf cas exceptionnel, les LMR étant très protectrices.

 

Dans le cas du bio (4.792 échantillons), 98,8% des produits étaient soit exempts de résidus (86,4 %) ou contenaient des résidus dans les limites autorisées (12,4 %).

 

Retournons un instant aux États-Unis : M. Miles McEvoy (cité ci-dessous dans le texte) a déclaré que trouver des résidus à plus de 5 % de la LMR est une bonne indication du fait que le pesticide a été appliqué sur la culture et ne provient pas d'une dérive.

 

 

 

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2016.4611/epdf

page 71

 

 

Les agriculteurs biologiques font des efforts pour éviter d'utiliser des pesticides de synthèse sur leurs productions et sont tenus (au moins aux États-Unis, au Canada et dans certaines parties de l'Europe) d'éviter un grand nombre de ces produits chimiques.

 

Les distributeurs de produits bios et les activistes anti-OGM exagèrent ces efforts, et affirment que les produits bios sont « exempts de pesticides » et qu'ils n'utilisent pas de produits chimiques « nocifs » qui sont, selon eux, le pilier de l'agriculture conventionnelle et sont souvent associés dans leurs campagnes aux plantes génétiquement modifiées.

 

Ces allégations font partie de l'ADN des producteurs bios et du réseau de sites Web liés à ce secteur. Un blog de Stonyfield affirme que « tous les aliments ne sont pas produits en utilisant des pesticides toxiques et persistants. L'agriculture biologique est exempte de ces produits chimiques par définition. » Et en mars dernier, EcoWatch a publié un blog vantant une méthode de production se substituant au programme bio de l'USDA en tant que « méthode d'agriculture également exempte de pesticides ». [Ma note : Il s'agit d'une certification privée sous la dénomination «  Certified Naturally Grown » (certifié produit naturellement).] Selon une étude de la Soil Association, basée au Royaume-Uni, 95 pour cent des consommateurs ont déclaré que leur principale raison d'acheter bio était d'éviter les pesticides.

 

L'expression « sans pesticide s» régulièrement mise à contribution par les promoteurs de l'alimentation bio pollue le débat sur les pesticides dans l'alimentation. Comme Christie Wilcox l'a noté dans un article de Scientific American sur le mythe de cette affirmation qui a été largement diffusé,

 

« Il s'avère qu'il y a plus de 20 produits chimiques qui sont couramment utilisés dans la production des cultures biologiques et la transformation de leurs produits et sont approuvés par les normes des États-Unis pour le bio. Et, de manière choquante, les volumes de pesticides réellement utilisés dans les fermes biologiques ne sont pas enregistrés par le gouvernement. Pourquoi le gouvernement ne surveille-t-il pas l'utilisation des pesticides et des fongicides bios ? C'est vraiment une bonne question, surtout si l'on considère que beaucoup de pesticides bios qui sont aussi utilisés par les agriculteurs conventionnels sont utilisés plus intensément que les pesticides de synthèse en raison de leur faible efficacité. »

 

 

La montée en puissance des pesticides... bios

 

Beaucoup de produits alimentaires étiquetés comme « bios » présentent quelques résidus de pesticides, y compris de pesticides qui ne sont pas censés se retrouver dans les produits alimentaires bios. Une étude de l'USDA de 2012 a pointé vers une possible dérive des pesticides des fermes conventionnelles comme un facteur contributif. Mais un autre problème, peut-être même plus important, implique l'importation de produits alimentaires bios. Ces produits contiennent des résidus de pesticides.

 

Il y a deux ans, une étude canadienne a envoyé des ondes de choc dans la communauté agricole, lorsque le gouvernement a découvert que plus de la moitié des produits étiquetés « bios » contenaient des résidus de pesticides. Le gouvernement a bien insisté sur le fait que les quantités ne menacent pas la vie, mais les produits alimentaires bios ne sont pas censés contenir des résidus de pesticides (en dehors de ceux permis sur les cultures biologiques). Aucun. Au lieu de cela, l'étude a constaté que 77 pour cent des raisins bios, 67 pour cent des fraises bios et 59 pour cent des tomates bios contenaient des pesticides. Ce n'était pas un problème de production nationale, mais une question d'importation ; les quatre cinquièmes des produits bios canadiens sont importés.

 

Les questions relatives aux produits alimentaires importés – biologiques ou autres – ne se limitent pas aux Canadiens. Les États-Unis connaissent également des importations sans précédent de produits alimentaires bios – et constatent des résidus de pesticides.

 

L'USDA a rapporté qu'en 2013, les États-Unis ont importé pour 1,3 milliard de dollars de produits alimentaires bios, le café bio en tête. Les cinq principales importations (en valeur) étaient les bananes, le café, l'huile d'olive et les mangues. Le Mexique, l'Italie, le Pérou, la Colombie et la France sont les cinq pays qui exportent le plus vers les États-Unis (en dollars). Mais c'est la Chine qui connaît la croissance la plus rapide de ses exportations de produits bios vers les États-Unis, et la plupart des problèmes liés aux pesticides bios semblent provenir de ce pays.

 

Soixante pour cent du jus de pomme et environ la moitié de tout l'ail consommés aux États-Unis provient de Chine, et ce n'est là qu'une fraction des 5 milliards de dollars d'importations alimentaires en provenance de ce pays (il est notre troisième source de produits alimentaires importés). Le soja est la deuxième importation biologique la plus importante des États-Unis, avec 184 millions de dollars expédiés l'année dernière. L'Inde en est la première source, suivie par la Chine. Pour le maïs, avec un chiffre d'affaires global de 35,7 millions de dollars en 2014, la Roumanie est le plus grand vendeur aux États-Unis, suivi de la Turquie, des Pays-Bas et du Canada.

 

Le nombre de refus de la FDA pour les importations en provenance de Chine a augmenté, en raison « de la "saleté", d'additifs dangereux, d'un étiquetage inadéquat et de manque d'enregistrement approprié du fabricant », selon la FDA. Et récemment, de plus en plus de ces produits importés sont étiquetés « bio ». Les producteurs chinois, attirés par les prix des produits alimentaires bios, ont aidé leur pays à augmenter ses exportations de produits alimentaires bios de façon spectaculaire.

 

Dans le même temps, l'histoire des exportations alimentaires de la Chine est marquée par des scandales répétés. En 2008, une préparation pour nourrissons a rendu malades des milliers de bébés, avec une issue fatale pour au moins six. Depuis lors, il y a eu des scandales alimentaires avec des pastèques qui explosent à cause de l'administration de trop de stimulateurs de croissance chimiques, du borax dans le bœuf, de l'eau de Javel dans les champignons, de la sauce de soja faite avec de l'arsenic et des cheveux humains, et des « œufs » créés à l'aide de produits chimiques, de la gélatine et de la paraffine.

 

Beaucoup de soja, de céréales et d'autres produits biologiques sont incorporés dans des aliments transformés qui arrivent ici sous une étiquette bio. Et cela préoccupe les milieux du bio et les fonctionnaires fédéraux.

 

« La Chine est un important producteur de produits biologiques, et il y a sans cesse des questions sur l'intégrité des produits en provenance de Chine », a déclaré Miles McEvoy, qui dirige le programme bio de l'USDA.

 

Le secteur du bio lui-même est très préoccupé par cette tendance. « Nous ne faisons pas confiance, pour de bonnes raisons, aux Chinois pour fournir des ingrédients pour notre nourriture pour chiens et chats », a déclaré lors d'une audition le témoin Mark A. Kastel, analyste principal de la politique agricole au Cornucopia Institute, un groupe de lobbying pour le bio. « Pourquoi devrions-nous faire confiance aux exportateurs chinois pour la nourriture que nous donnons à nos enfants et nos familles ? »

 

Kastel a ajouté que l'USDA et la FDA n'inspectent qu'un à deux pour cent des produits alimentaires qui entrent dans les ports des États-Unis. Et même avec cette petite taille d'échantillon, Kastel a noté qu'on trouve un « nombre disproportionné de problèmes graves » avec les exportations chinoises, y compris « les produits chimiques non approuvés, les colorants, les pesticides et la fraude pure et simple ».

 

Alors que la FDA des États-Unis a un bureau en Chine, la plupart des inspections et des vérifications sont effectuées pour le bio par des fournisseurs tiers, qui peuvent ne pas être en mesure de contrôler chaque produit quittant la Chine, et peuvent également recevoir des incitations à détourner leur regard. L'USDA énumère 80 « organismes de certification » qui peuvent, en théorie, inspecter une ferme et déterminer son statut bio.

 

Malheureusement, la plupart du temps, ces organisations, ne serait-ce que pour des raisons de main-d'œuvre, s'appuient sur les déclarations des agriculteurs ou d'un certain nombre d'entrepreneurs locaux pour obtenir de l'information. Pour sa part, la FDA est en mesure d'inspecter environ 1 pour cent des produits importés dont l'agence a en charge la réglementation. Le gouvernement chinois reconnaît que la fraude est un problème en matière d'étiquetage et de sécurité alimentaire :

 

  • Une inspection du programme des produits alimentaires bios de l'USDA a découvert dix entreprises qui utilisaient des certificats frauduleux pour des labels « bio » ; quatre des entreprises étaient chinoises.

     

  • La chaîne d'épicerie Whole Foods Market a fini par changer ses fournisseurs de gingembre bio après un qu'échantillon de gingembre chinois vendu sous son étiquette « 365 » s'est révélé contenir des résidus d'aldicarb (qui n'est pas autorisé en bio).

 

Parfois, il est assez difficile d'identifier la source des produits bios importés. Quand Peter Laufer, professeur de journalisme et auteur d'Organic: A Journalist’s Quest to Discover the Truth Behind Food Labeling, a essayé de trouver la provenance des noix bios rancies qu'il avait achetées, il a constaté qu'elles ne benaient pas du Kazakhstan, comme indiqué sur l'étiquette. En fait, une enquête de l'USDA n'a trouvé aucune production nationale de noix dans cette ancienne république soviétique.

 

À cause du boom des importations, il est de plus en plus difficile de parler des produits biologiques comme d'une alternative « sans pesticides » aux produits alimentaires conventionnels ou génétiquement modifiés.

 

________________

 

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Il est basé à Camarillo, Californie. On peut le suivre sur Twitter @AMPorterfield.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2017/02/20/chemical-free-organic-industrys-unacknowledged-pesticide-problem/

 

 

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