Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate et ECHA : le dérapage hystérique de Ségolène Royal

18 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique

Glyphosate et ECHA : le dérapage hystérique de Ségolène Royal

 

« La photo illustre la ministre de l’environnement remettant en rayon du round-up après avoir pris connaissance de l’avis de l’ECHA. » C'est le commentaire ironique d'Albert Amgar que nous partageons avec plaisir.

 

 

L'ECHA maintient le cap

 

Nous disposons depuis le 15 mars 2017 d'un communiqué de presse de l'Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA), « Le glyphosate pas classé en cancérogène » (notre traduction) :

 

« Le Comité d'Évaluation des Risques (CER) de l'ECHA convient de maintenir le classement harmonisé actuel du glyphosate en tant que substance causant des lésions oculaires graves et toxique pour la vie aquatique avec des effets durables. Le CER a conclu que les preuves scientifiques disponibles ne répondaient pas aux critères pour classer le glyphosate comme cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction. »

 

Avez-vous bien lu ? « ...maintenir... » Rien ou pas grand chose ne change par rapport au classement précédent.

 

Il y a aussi un briefing sous la forme d'une vidéo.

 

 

Cette décision a été prise à l'unanimité d'un groupe comprenant 52 experts de haut niveau proposés par les États membres et nommés par le Conseil d'Administration de l'ECHA – autrement dit par les États membres. Elle était attendue (projet de classement ici) par ceux qui ne se laissent pas submerger par la désinformation : l'ECHA se joint donc au consensus des agences d'évaluation et de régulation qui ne connaît qu'une voix dissidente – un « hors-type » ou une « valeur aberrante » en statistique, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC).

 

Manifestement, Mme Ségolène Royal attendait une décision de l'ECHA confirmant le classement du CIRC en « probablement cancérogène ». Et, comme un enfant qui casse son jouet de colère, elle l'a fait bruyamment savoir. Non mais...

 

 

Na ! J'en veux pas !

 

Il n'y a qu'à lire le titre :

 

« Ségolène Royal condamne la décision de l’ECHA de ne pas classer cancérogène probable le glyphosate et appelle les Ministres européens de l’Environnement à continuer à s’opposer à la réapprobation de la substance »

 

Mme Royal « condamne » ! Heureusement pour l'ECHA que nous ne sommes plus au temps de Galilée !

 

Que peut faire de pire une « politique » ? Elle a chargé une agence indépendante, par institutions européennes interposées, de fournir un avis devant éclairer une décision politique dans l'hypothèse que cette décision sera fondée sur la science. Mais Mme Royal rejette l'avis car il ne se conforme pas à ses croyances et à son désir de plaire à ses courtisans. Sans retenue, et sans jugement, elle décrédibilise l'auteur de l'avis (tout comme du reste notre ANSES nationale – voir le communiqué et l'avis). In fine, elle sape l'État de droit en faisant prévaloir son bon plaisir, ainsi que les institutions européennes.

 

Et elle « appelle... » ! Faut-il rappeler que lors du vote décisif du 24 juin 2016, seuls deux États membres ont voté contre le renouvellement de l'autorisation du glyphosate :

 

  • Malte qui avait déjà manifesté son opposition lors des tours de table précédents ;

     

  • la France de Mme Royal, qui s'était précédemment réfugiée dans l'abstention et n'a voté contre que sur les aimables pressions de ses « amis » – ceux qui, pour la flatter (Mme Royal, pas la France), voire la suborner, lui ont offert des fleurs à grand renfort de com' royale le 25 mai 2016 ?

 

Ségolène Royal : c'est le bouquet !

 

Ils étaient tout de même 19 États membres à voter pour le renouvellement, mais la deuxième majorité, en fonction de la population, n'a pas été obtenue (il y eu 52 % alors qu'il fallait 65 %). L'échec est venu des abstentions (Allemagne, Autriche, Bulgarie, Grèce, Italie, Luxembourg et Portugal), notamment du gouvernement de coalition de l'Allemagne, condamné aux compromis (et dont la ministre de l'environnement, Mme Barbara Hendricks, semble être un alter ego de Mme Royal (super-ego en moins).

 

Du reste, dans le texte, Mme Royal se fait plus prudente (c'est nous qui graissons) :

 

« Elle appelle les Ministres européens de l’Environnement à s’opposer à un renouvellement de l’autorisation dans la durée du glyphosate au niveau européen. »

 

 

Le mistigri sera probablement encore une fois pour la Commission Européenne

 

La chienlit politique – celle qui assassine l'Europe à gros feu par le refus des États membres d'assumer leurs responsabilités de manière à faire endosser les décisions « politiquement » sensibles à la Commission – risque de perdurer. On voit mal les abstentionnistes changer d'avis, surtout pas l'Allemagne, déjà engagée comme on le sait par les articles de Schillipaeppa sur ce site dans la campagne électorale. La France basculera-t-elle dans le camp du oui avec une nouvelle majorité ? Rien n'est moins sûr... Le Monde est déjà en campagne pour ouvrir un nouveau front (voir les décryptages sur ce site). L'opposition allemande – Mme la ministre Barbara Hendricks en tête – aussi (article à venir – original ici).

 

Pour Mme Royal, ministre et énarque, censée être au clair sur les procédures, les choses sont claires... enfin...

 

« L’avis du comité de l'ECHA est attendu par la Commission européenne pour décider de la réautorisation du produit en Europe ou son interdiction. »

 

Et bien non ! Ce sont les États membres qui doivent décider en priorité. C'est du reste ce qui est implicitement indiqué dans le titre. La Commission peut se contenter de remettre une de ses propositions sur le tapis.

 

 

Super-ego n'est jamais loin !

 

Cela se passe de commentaires :

 

« En effet, suite à l'action de Ségolène Royal, la Commission avait renoncé à ré-approuver l’usage du glyphosate pour 15 ans et retenu, le 30 juin dernier, une prolongation de quelques mois seulement pour approfondir l’expertise scientifique. »

 

Notons aussi que l'envolée finale est :

 

« Ségolène Royal rappelle son engagement constant pour une réduction drastique de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, et l’interdiction des plus dangereux. »

 

C'est suivi d'un catalogue des « exploits » que Mme Royal s'attribue, pour certains sans honte et sans vergogne.

 

 

« ... approfondir l’expertise scientifique » ?

 

Oui, mais dans l'esprit de Mme Royal, « approfondir » signifiait « se mettre au garde-à-vous » devant l'instance qui a formulé l'avis correspondant au bon plaisir Royal :

 

« Ségolène Royal est consternée par cet avis qui ne reconnaît pas de caractère cancérogène au glyphosate (utilisé sans co-formulant), en opposition avec l’avis rendu par le CIRC (Agence internationale de recherche sur le cancer) en mars 2015 qui a inscrit cette substance comme cancérogène probable, sur la base d’études épidémiologiques. »

 

Le rédacteur des communiqués de Mme Ségolène Royal voudra bien noter – enfin pour le temps qui reste avant le débranchement de ce gouvernement – que les études épidémiologiques n'ont produit que des « preuves limitées », largement contestées, sinon réfutées.

 

 

Le Monde, source faisant autorité !

 

À notre droite, l'ECHA et son Comité d'Évaluation des Risques (CER) composé de 52 experts (voir ci-dessus).

 

À notre gauche, le Monde de M. Stéphane Foucart qui dispose d'une ligne directe avec les activistes états-uniens anti-OGM et anti-pesticides. Ceux-ci l'approvisionnent en « documents » – de ces documents que lesdits activistes ne peuvent peut-être pas utiliser directement, qu'ils « exportent » donc vers le Monde de M. Stéphane Foucart pour pouvoir ensuite les réimporter aux États-Unis sous le camouflage d'informations sur les « informations » du Monde... Oh que les théories du complot sont douces...

 

Donc, le scribe de Mme Royal écrit :

 

« Ségolène Royal note par ailleurs que les avis entre experts sont divisés également aux États-Unis, comme le montre l’article du Monde du 14 mars sur l’analyse des experts de l’agence fédérale de protection de l’environnement. »

 

C'est atterrant ! C'est du niveau des chamailleries de cour d'école ou des discussions de bistroquet !

 

L'avis de l'EFSA avait été entériné par l'ensemble des représentants des États membres à l'exception de la Suède. L'avis de l'ECHA a fait l'unanimité du comité pertinent... Mme Royal s'en remet aux ragots du Monde !

 

Ayant lu ça, nous nous abstiendrons de commenter plus en détail la gesticulation sur les co-formulants qui « peuvent en accentuer la toxicité » (sans preuves, mais avec le verbe « pouvoir » on peut évidemment tout) et l'invitation faite aux agriculteurs « à poursuivre leurs efforts pour développer et diffuser sur le terrain les méthodes alternatives permettant de se passer de ce pesticide ». Pour la pollution des cours d'eaux, voir les deux graphiques ci-dessus ; elle est sans incidence sanitaire et environnementale – voir notamment ici et ici – sans compter que l'AMPA est aussi d'origine non agricole.

 

 

Pour les pesticides, des « limites de qualité » sont fixées dans les eaux brutes et dans l’eau au robinet du consommateur : 2 µg/L pour chaque pesticide dans les eaux brutes et 0,1 µg/L pour chaque pesticide (à l'exception de l'aldrine, la dieldrine, l'heptachlore et de l’heptachloroépoxyde : 0,03 µg/L) au robinet du consommateur. Cette dernière peut être dépassée, de manière temporaire ou permanente, en fonction d'une clé qui utilise une valeur guide, la Vmax. Pour le glyphosate, une valeur provisoire a été fixée à 9.000 µg/L (90.000 fois plus élevée !). L'OMS n'a pas fixé de valeur. Le graphique ci-dessus (source) montre qu'en moyenne, les cours d'eau présentent des teneurs en glyphosate conformes à la limite de qualité pour l'eau potable.

 

Le graphique ci-dessous montre qu'on n'a relevé aucun dépassement du seuil d'écotoxicité pour le glyphosate et l'AMPA.

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Alain Coetmeur 21/03/2017 08:47

Je n'ai aucun moyen, et peut être vous pas plus, mais il faudrait vraiement faire des docu à la Cash Investigation sur ces ONg et ces politiciens de l'alterscience, qui se gavent d'argent public et ruinent notre avenir.

Il nous faut un Frackland .
Il sera certainement ostracisé par les salle de cinéma et le TV, mais au moins il faudra tester.

C'est la fin de notre civilisation, on interdit la recherche.

Seppi 15/04/2017 18:23

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Des docus à la Cash Investigation certainement pas, mais de vrais docus oui. Cela devrait faire partie du programme de la FNSEA et de la filière agroalimentaire. Elles peuvent bien mettre quelques picaillons dans ce genre de projet et il doit bien se trouver des médiacrates prêts à se lancer. J'ai le souvenir d'un excellent reportage de Harry Roselmack.

un physicien 19/03/2017 13:05

Le charme étrange des concentrations négatives ...

Romain 19/03/2017 01:01

Merci pour ce nouveau billet tres interessant !
(Par contre, l'emploi du terme "hystérique", bon.)

Seppi 15/04/2017 18:21

Merci pour vos deux commentaires.

Mais l'hystérie n'est pas une caractéristique exclusivement féminine.

C. Nashorn 22/03/2017 10:24

D'accord avec Romain, l'article est bien mais on peut éviter d'utiliser des termes misogynes sans porter atteinte au fond de l'article.