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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des fermes familiales ou des fermes-usines ?

25 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Des fermes familiales ou des fermes-usines ?

 

Prof Dr Alfons Balmann (chez Willi l'Agriculteur*)

 

 

 

Un article d'invité du Prof Dr Alfons Balmann, chercheur à l'Institut Leibniz de Développement Agricole (IAMO) à Halle ; il a résumé sa note de politique du IAMO intitulée « Fermes familiales ou fermes-usines » (PDF). Alfons Balmann est membre du Conseil Consultatif Scientifique du Ministère Fédéral de l'Alimentation et de l'Agriculture (BmEL).

 

[Mes notes : Le vocabulaire allemand n'est pas parallèle au français. « Bauernhof », c'est une ferme au sens large, une ferme familiale au sens étroit. Dans le jargon, c'est aussi un « landwirtschaftlicher Betrieb », un (petite) entreprise agricole. « Unternehmen » a une connotation de plus grande taille.

 

Je publie de quoi susciter la réflexion...]

 

 

Thèses pour surmonter la critique sociale de l'agriculture conventionnelle

 

  • La négligence du bien-être animal et des problèmes environnementaux des méthodes de production agricole d'aujourd'hui conduit à un clivage entre l'agriculture et la société, ainsi qu'à une perte d'influence sur les questions agricoles.

     

  • Les corrections nécessaires dans les modes de production sont coûteuses, nécessitent des innovations importantes et ne peuvent être mises en œuvre que par une partie des exploitations et des entreprises agricoles actuelles. En conséquence, les ajustements nécessaires conduiront probablement à des structures qui sont actuellement qualifiées d'agriculture industrielle.

     

  • Déjà aujourd'hui, la majeure partie de la production agricole allemande est obtenue selon les principes de l'industrie. Les caractéristiques sont la nette division du travail, la forte intensité de capital ainsi que la domination croissante des capitaux extérieurs, des travailleurs étrangers et des terrains loués.

     

  • L'agriculture ne peut résoudre la contradiction apparente entre les changements structurels à venir et l'augmentation du bien-être animal et des normes environnementales, à l'égard de la société, que si elle assume une responsabilité sociale active. Il ne s'agit pas du choix entre exploitations familiales et fermes-usines, mais de l'orientation de l'agriculture dans l'optique de la création d'une réelle valeur ajoutée sociale. Elle doit devenir un leader dans la solution des problèmes, au lieu de courir après la critique.

     

  • L'agriculture est, encore et toujours, confrontée à un tapis roulant technologique qui fait que l'augmentation de la productivité se traduit par une pression sur les prix. Cela ne changera pas à l'avenir. Dans cette mesure, les exploitations et entreprises agricoles n'auront pas beaucoup de marge de manœuvre financière pour assumer davantage de responsabilité sociale sans contrepartie. En outre, elles ont un dilemme social. Si les exploitations et les entreprises visent à titre individuel des normes plus élevées et plus coûteuses sans compensation des coûts supplémentaires, elles se désavantagent par rapport à la concurrence – au niveau local, national et international. Des prix plus élevés ne sont donc pas un moyen de surmonter à eux seuls ce problème de resquillage.

     

  • Pour surmonter ce problème de cage d'écureuil et de resquillage, l'agriculture doit coopérer avec le gouvernement, la société civile et les partenaires de la chaîne de valeur.

     

  • L'État peut promouvoir des normes plus élevées par des règles plus strictes, des systèmes spéciaux d'incitation et la fourniture d'infrastructures et de conditions cadres institutionnelles. Toutefois, les interventions du gouvernement vont souvent à l'encontre de l'initiative individuelle et ne créent aucune crédibilité, à moins que l'agriculture elle-même contribue activement à la solution du problème. Les interventions de l'État souffrent aussi d'une faible adéquation aux objectifs et d'une grande lourdeur bureaucratique.

     

  • Les subventions peuvent faciliter la transition pour résoudre les problèmes existants. À long terme, elles provoquent des distorsions et mènent à des conflits sur leur distribution. Elles ne créent pas non plus une crédibilité sociale. Les subventions actuelles, en particulier les paiements directs de l'UE, sont une cause majeure des critiques fréquentes de l'agriculture.

     

  • Une coopération plus étroite de l'agriculture avec les organisations de défense des animaux et de l'environnement peut produire de meilleures possibilité de résoudre les problèmes de manière constructive, de trouver des compromis et de gagner en crédibilité et acceptation. Cependant, cela nécessite de surmonter les blocages idéologiques existant de part et d'autre.

     

  • Les problèmes de resquilleurs peuvent être résolus au mieux par la définition de normes privées, volontaires, plus sévères en collaboration avec les entreprises de la distribution et de la transformation alimentaires, comme cela a été fait avec le retrait des œufs de cage du commerce ou la sécurité alimentaire dans le cadre de QS (Qualitätssicherung – garantie de qualité).

     

  • En raison de la capacité différente des exploitations et entreprises agricoles à se conformer aux exigences sociales, l'agriculture est appelée à gérer de manière intensive les potentiels de conflits internes. Il s'agit de rechercher des solutions gagnant-gagnant, d'éviter des difficultés sociales aux perdants potentiels dans le processus d'ajustement, et de dégager des idées créatives et un espace pour l'innovation.

 

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : http://www.bauerwilli.com/bauernhoefe-oder-agrarfabriken/

 

 

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