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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Benoît Hamon victime des perturbateurs endocriniens ?

23 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique, #Perturbateurs endocriniens

Benoît Hamon victime des perturbateurs endocriniens ?

 

 

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Le Monde de M. Stéphane Foucart pensait-il créer l'événement en forgeant l'expression « Monsanto Papers » pour désigner les milliers de courriels que Monsanto a dû remettre, en application d'une décision de la justice états-unienne, à des plaignants atteints de lymphomes non hodgkiniens (ou leurs ayants droit) et prétendant que leur maladie est due à leur exposition prolongée au glyphosate ? Selon son article, Monsanto « s’inquiétait sérieusement, dès 1999, du potentiel mutagène du glyphosate ». Une formulation avec un sous-entendu transparent...

 

Une petite balade sur la toile semble montrer que le truc n'a pas affolé les médias si prompts au copier-coller et paraphraser. Si on leur fait crédit d'un peu de rationalité, ils n'ont pas succombé à une théorie du complot fort capillotractée.

 

Il a cependant fait des victimes politiques : le groupe des députés socialistes au Parlement Européen et le candidat à la présidentielle Benoît Hamon.

 

C'est intitulé « Monsanto Papers : la Commission européenne doit agir vite » pour les premiers, et « Monsanto Papers : une nouvelle preuve accablante de la nécessité d’interdire les pesticides et les perturbateurs endocriniens » pour le second.

 

 

Benoît Hamon : interdire, interdire...

 

 

 

 

Certes, cela fait déjà quelque temps que M. Hamon a inscrit dans son programme :

 

« 2.3. Les perturbateurs endocriniens, les nanoparticules, et les pesticides dangereux seront interdits dans les produits alimentaires en application du principe de précaution. A terme, nous proposons de porter cette interdiction au niveau européen pour appuyer le rejet unanime de ces produits. »

 

Dans le point précédent – 2.2, donc, la logique est respectée – l’homologation des pesticides sera du ressort du ministère de la santé « – [a]fin d’assurer une veille sanitaire et une meilleure homologation des pesticides » et qu'elle se ferait sur la base des mélanges effectivement commercialisés. Nous n'entrerons pas dans le débat de la pertinence du transfert de compétence – et dans la critique implicite des institutions actuellement en charge de la chose –, ni de la conformité de la proposition au régime institué au niveau européen, ni des conséquences agronomiques, alimentaires et économiques.

 

Résultat de recherche d'images pour "neemazal"M.Hamon interdira-t-il aussi les pesticides utilisés dans ce bio qu'il veut promouvoir, exposant les agriculteurs bios à des impasses sanitaires graves. Ici, le Neemazal-T/S, un perturbateur endocrinien, pour lequel les producteurs bios de pommes et de poires ont obtenu une dérogation de 120 jours.

 

Nous rappellerons toutefois à tous ces gens qui ne voient dans les pesticides (et d'autres produits chimiques) que des sources de profit pour des industriels (vite assimilés à des multinationales dans un réflexe pavlovien) que les pesticides sont avant tout un outil de production agricole et alimentaire mis à la disposition des agriculteurs, y compris les agriculteurs bio (enfin, quand lr système fonctionne raisonnablement).

 

Notons donc aussi que, selon les propositions, il y avait encore un avenir pour les pesticides et, surtout, un avenir pour notre agriculture et notre production alimentaire et tout ce qui y est rattaché.

 

 

De la post-politique avec de la post-vérité

 

Avec son « Monsanto Papers : une nouvelle preuve accablante de la nécessité d’interdire les pesticides et les perturbateurs endocriniens », M. Hamon laisse entendre qu'il faut interdire « les pesticides » en bloc... Il y a certes le bémol des « pesticides dangereux » dans le texte, mais il n'est que pour ceux qui lisent texte.

 

C'est d'autant plus accablant que M. Hamon réagit – sans aucune retenue – à un unique article de presse et qu'il l'interprète d'une manière effarante.

 

M. Stéphane Foucart avait prudemment écrit, par exemple, que Monsanto « s’inquiétait sérieusement, dès 1999, du potentiel mutagène du glyphosate », ou encore qu'« en interne, la crainte est forte que le glyphosate ne soit considéré comme génotoxique, c’est-à-dire nocif pour le matériel génétique et donc capable d’y induire des mutations susceptibles d’initier des cancers ». Aucune assertion, donc, d'un effet avéré.

 

Cela devient chez M. Hamon :

 

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« Il est clair aujourd’hui que Monsanto a tout entrepris depuis vingt ans pour cacher la dangerosité du glyphosate, principal principe actif de son célèbre produit Roundup. Elle a infiltré agences et régulateurs et elle a menti quand aux informations qu’elle détenait. En déclassifiant, jeudi 16 mars, plus de 250 pages de sa correspondance interne, la justice américaine a clairement montré que cette dernière connaissait depuis 1999 la dangerosité de ses produits. Le glyphosate est donc bien mutagène et génotoxique. Il expose les agriculteurs et les consommateurs à des risques accrus de cancers. »

 

L'hystérie ne porte pas seulement sur la dangerosité alléguée du glyphosate, mais aussi sur le comportement de Monsanto et la portée de la décision du juge.

 

 

A-t-il pensé aux règles démocratiques et aux conséquences ?

 

Il y a de mâles propos fondamentalement anticapitalistes, et il y a aussi :

 

« Dès mon élection, j’appliquerai le principe de précaution en retirant les autorisations de tous les pesticides dangereux et en interdisant l’importation des denrées alimentaires utilisant une substance interdite en France. J’interdirai en ce sens les perturbateurs endocriniens pour prévenir les effets nocifs de ces substances sur la santé de nos enfants et de nos concitoyens. »

 

Quelqu'un pourra-t-il lui susurrer qu'il n'est pas dans le pouvoir d'un président de la République Française, ni même du Gouvernement, de retirer les autorisations ? Que c'est bien ce que démontre la saga des néonicotinoïdes au Parlement ?

 

Quelqu'un pourra-t-il aussi lui décrire les conséquences politiques, économiques et alimentaires de l'interdiction d'importation de grande envergure qu'il propose (et, tant qu'à faire, de l'interdiction de tous les perturbateurs endocriniens, ce qui inclurait bon nombre d'aliments, tels le soja, le chocolat, les céréales avec quelques traces de mycotoxines, ainsi que des médicaments tels la pilule et les traitements hormonaux de substitution de la ménopause) ?

 

M. Hamon peut aussi prendre l'initiative de se faire expliquer l'énormité de son engagement. 01 49 55 49 55. C'est le numéro du Cabinet du Ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt. Suggestion pour amorcer la discussion ; cerises et diméthoate. Ah ! On me dit que le ministre est M. Stéphane Le Foll et que ce n'est pas vraiment l'entente cordiale.

 

 

« Il n’est jamais tolérable que le débat démocratique soit prisonnier des puissances de l’argent »

 

M. Hamon termine, forcément, par une envolée lyrique. Le tremplin, c'est :

 

« La révélation de ces documents internes est enfin le résultat de l’action judiciaire de plusieurs centaines de travailleurs agricoles. Ce scandale démontre une fois de plus la force des citoyens quand ils se mobilisent collectivement face aux lobbies. Je ne céderai pas dans ma volonté de promouvoir une société plus démocratique, donnant davantage aux citoyens le pouvoir de faire face aux groupes de pression. »

 

Y a-t-il un socialiste qui croit encore en l'avenir du Parti Socialiste avec M. Benoît Hamon qui peut expliquer, à lui ou à ses amis, que, dans cette affaire, les travailleurs agricoles ont été instrumentalisés par... des lobbies, des groupes de pression ?

 

 

Il y a aussi les députés européens (français) socialistes

 

Du côté des députés européens, le discours est similaire :

 

« C’est bien connu, "à Bruxelles, personne ne vous entend crier". Depuis des années, les eurodéputés socialistes et radicaux alertent sur la menace que constituent les perturbateurs endocriniens, et notamment le glyphosate. En vain jusqu’à présent. Depuis des années également, nous dénonçons le fonctionnement de certaines agences européennes, qui sont entre les mains des lobbys.

 

Avec les Monsanto Papers, c’est désormais clair : contrairement à l’avis de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) publié le mercredi 15 mars dernier, le glyphosate est bien mutagène et génotoxique. Cette information est connue depuis 1999 par Monsanto même. Cette multinationale a tout fait depuis pour cacher ce danger, infiltrant agences et régulateurs. »

 

En deux traits de plume, le glyphosate est déclaré – sur la foi d'un article de journal mal interprété – perturbateur endocrinien, mutagène et génotoxiques. Ils ont oublié « cancérogène »... On ne peut pas penser à tout...

 

Ce qui est aussi choquant dans cette autre diatribe, c'est l'acharnement contre l'Europe. Quelle différence avec les discours des « eurosceptiques » ?

 

« D’autre part, il est clair maintenant qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de certaines agences européennes : conflits d’intérêts, absence totale d’indépendance et de transparence. Ce n’est pas acceptable. Les contrôles supplémentaires que nous avions demandés jusqu’à présent sont insuffisants : il faut donc en tirer les conclusions, démanteler et reconstruire de A à Z l’Agence européenne des produits chimiques. Il faut également enquêter et faire la lumière sur toutes les responsabilités. »

 

Ce genre de rhétorique est navrant et désespérant, pour ne pas dire plus. Cela suscite en tout cas des désirs de comparaison avec les diatribes hargneuses, haineuses et odieuses des périodes les plus sombres de l'histoire.

 

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Efget 24/03/2017 16:01

Le communiqué du groupe PS au Parlement suite au résultat de l’expertise de l’ECHA est absolument consternant. De tout temps la Gauche faisait sienne l’idée de progrès et faisait confiance à la science pour assurer celui-ci. Maintenant je crains qu’il n’y ait pour reprendre une expression fort utilisées de nos jours deux gauches irréconciliables – du moins de ce point de vue là- : celle qui continue à respecter l’avis des scientifiques et celle qui s'en remettent à des bonimenteurs, considère au mieux les scientifiques comme leurs valets et les traîne dans la boue sans la moindre preuve dès qu’ils arrivent à des conclusions qui n’ont pas l’heur de lui plaire. Il s’agit d’une fracture très grave

Seppi 15/04/2017 18:41

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je crains malheureusement que votre analyse ne doive être complétée par une évaluation des forces en présence. La gauche qui respecte l'avis des scientifiques... je cherche.