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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Agriculture : la lutte de l'homme contre la nature

21 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Willi l'Agriculteur

Agriculture : la lutte de l'homme contre la nature

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

 

Vous allez maintenant dire : « Il est probablement devenu fou », si vous lisez ce titre. Veut-il se faire un ennemi de tout un chacun ? L'expression n'est pourtant pas de moi, mais c'était la première phrase que mon professeur d'agriculture avait prononcée lors du premier semestre, dans le premier cours. À l'époque, en tant que jeune étudiant, j'avais réagi comme vous. Mais maintenant, lisez d'abord, s'il vous plaît, et poster des commentaires seulement après. Merci.

 

Note: Chaque fois qu'une intervention a été faite sur la nature, je mets un astérisque,*

 

 

Agriculture

 

Lorsque Arminius a défait l'armée romaine dans la bataille de la forêt de Teutobourg [an 9 ap. J.C.], la Germanie était presque entièrement couverte de forêts. Nos ancêtres avaient alors commencé à défricher* ; ils ont construit leurs maisons et se sont chauffés avec le bois*. Puis ils ont ouvert des champs*. Toutefois, ils n'ont pas tout laissé pousser à l'état sauvage, mais seulement une culture*. La culture, c'était de l'engrain, du blé amidonnier, de l'épeautre. Ils ont vite compris que certains épis produisaient plus de grains que d'autres et ils les ont gardés pour les semailles suivantes. Ils ont sélectionné*. Ensuite, ils ont commencé à développer des plantes qui poussaient encore mieux. Ils ont croisé des plantes* et ainsi modifié la composition génétique en fonction de leurs objectifs* Il en est résulté notre blé actuel.

 

grain-563128_640 Ensuite, ils ont recueilli des plantes sauvages* et les ont aussi sélectionnées* et modifiées*. La renouée est devenue sarrasin. (Oui, le sarrasin n'est pas une céréale !) Parce qu'ils ont constaté que certaines plantes poussaient mieux dans certaines conditions environnementales, ils ont développé des variétés adaptées*. C'est ainsi qu'a commencé l'amélioration des plantes, la modification des génomes selon nos attentes.

 

 

Élevage

 

 

chicken-16867_640 Et le travail manuel devint trop lourd dans les champs de nos ancêtres. Mais des aurochs folâtraient dans la forêt, où ils avaient été chassés jusqu'alors*. Ils ont étés attirés dans les villages avec de la nourriture, on a créé pour eux des pâturages* et on les a enfermés la nuit dans des étables* pour les protéger des loups et des ours. Ensuite, on a attelé les bœufs à un instrument qui pouvait ameublir le sol plus profondément que l'antique houe et on a labouré*. Lorsque les vaches avaient donné naissance à un veau, on a bu une partie du lait* ou on l'a transformé en fromage*. Celui-ci était devenu une provision pour l'hiver. Avec les oiseaux qui vivaient dans la forêt, on a fait la même chose : on les a attirés dans les villages avec de la nourriture et on leur a pris une partie des œufs* pour les manger. Ensuite, on a élevé plus de vaches et plus de poules* pour échanger le lait et les œufs avec les voisins qui n'avaient pas de vaches ou de poules. C'est ainsi qu'est né l'élevage industriel.

 

 

Fertilisation

 

 

grass-411859_640 Nos ancêtres s'aperçurent bientôt que les champs sur lesquels ils cultivaient leurs céréales et leur sarrasin produisaient de moins en moins au fil du temps. Ils aussi ont noté que les pâtures restaient luxuriantes et vertes parce que les vaches y laissaient tomber quelque chose. Ce qui ressortait de la vache par derrière, ils l'ont ensuite recueilli et mis sur leurs champs*. Ils y ont aussi répandu les cendres de leurs feux*. Et cela poussait mieux. Puis quelqu'un a pris la peine de frotter menu du calcaire et de répandre la poussière de calcaire sur les champs*. Parce qu'il y avait encore d'autres éléments nutritifs, cela a poussé encore mieux. L'engrais artificiel (engrais minéral) a été inventé !

 

 

La protection des végétaux

 

 

thistles-71327_640 Dans les siècles suivants, on récoltait ce qu'on avait semé, à moins que les intempéries, les ravageurs et les maladies n'eussent anéanti les espoirs. Pour nourrir une population croissante, on a commencé à cultiver la pomme de terre*, une plante originaire d'Amérique du Sud. La pomme de terre est bientôt devenue la « nourriture des masses ». Et il se produisit un problème grave avec des conséquences de grande envergure dans les années 1845 à 1852. Durant cette période, le mildiou a détruit les cultures plusieurs années de suite ; les tubercules pourrissaient et ne pouvaient plus être conservés. Un million de personnes sont mortes de famine, et deux millions ont émigré. Finalement, on a découvert que le cuivre a un effet sur le champignon qui cause cette maladie. Nous avons donc pulvérisé du cuivre*, ce qui a permis de contrôler la maladie dans une certaine mesure. Le cuivre est un métal lourd et il s'accumule par conséquent dans le sol. Oui, c'est un métal ! Les agriculteurs ont donc été ravis quand on a développé des agent antifongiques* (fongicides) plus efficaces qui, bienfait supplémentaire, se dégradent. Aujourd'hui encore, des champignons toxiques pour les personnes et les animaux, pour lesquels on n'a pas encore trouvé un moyen de lutte vraiment efficace, tels que le Fusarium et l'ergot, jouent un grand rôle. Dans les pays du Tiers Monde, les épidémies de rouille (la rouille est aussi un champignon, ou cryptogame !) détruisent encore une grande partie des récoltes, bien qu'il y ait des moyens de lutte efficaces. Les pucerons et d'autres insectes peuvent aussi se plaire et se nourrir sur les cultures. Les nuées de sauterelles sont de véritables catastrophes ; elles ne jouent certes plus aucun rôle sous nos latitudes, mais elles imposent un lourd tribu à d'autres agriculteurs. Le principe est ici le même : il y a des insecticides efficaces* qui ne sont utilisés que lorsque ces bestioles se manifestent. Et il y a des herbicides* (des solutions contre les plantes que vous ne voulez pas avoir dans votre champ = des mauvaises herbes = des adventices). Mais quelqu'un d'entre vous voudra peut-être m'aider à sarcler mes champs ? Pour tous ces produits, nous avons un terme : pesticides. Ce mot vient du latin (pestis, caedere) et se traduit par « tuer les fléaux ». Et c'est en fait une bonne chose, non ?

 

Ce que je voulais dire : mon professeur n'avait donc pas vraiment tort ! Et le titre est d'une manière ou d'une autre juste, non ?

 

Je voulais juste vous montrer cela avec une perspective différente. Sans façons, sans idéologie, simplement pour faire réfléchir...

 

Et maintenant, je suis impatient de voir vos commentaires.

 

Votre,

 

Willi l'Agriculteur

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : http://www.bauerwilli.com/landwirtschaft-der-kampf-des-menschen-gegen-die-natur-2/

 

Post scriptum : À l'heure où nous écrivons, le texte original a été visionné 2.152 fois et a fait l'objet de 81 commentaires.

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