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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Acheter des aliments biologiques pour éviter les pesticides ? Cela mérite examen

24 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Pesticides, #Steve Savage

Acheter des aliments biologiques pour éviter les pesticides ? Cela mérite examen

 

Steve Savage*

 

 

Cet article se rapporte à la situation aux États-Unis d'Amérique. Il est transposable dans une large mesure à la situation en France.

 

[Note de la rédaction de Genetic Literacy Project : Le 8 mars 2017, Environmental Working Group a publié sa liste des « douze salopards » en matière de pesticides. L'EWG critique fortement l'agriculture conventionnelle et prétend que l'utilisation par les agriculteurs de « pesticides dangereux » pose des risques importants pour la santé. L'organisation exhorte les consommateurs à acheter des produits bios, qui, selon lui, sont produits avec moins de pesticides. Cela n'est toutefois pas exact parce que les producteurs de fruits et de légumes bios utilisent des pesticides qui ne sont pas de synthèse et qui peuvent être plus toxiques pour les humains et les insectes utiles que les pesticides de synthèse mis en cause. Les pesticides bios sont souvent non testés.]

 

 

« Bio » pourrait ne pas signifier ce que vous croyez. Examinons les données récentes produites dans le cadre du Programme des Données sur les Pesticides (PDP) de l'USDA – ce ne sont pas des informations surprenantes. Elles font écho aux résultats des tests antérieurs du PDP et aux tests plus complets d'échantillons bios en 2001-11 de l'USDA et à ceux de l'Agence Canadienne d'Inspection des Aliments effectués en 2011-13. Ce qui est intéressant, c'est que, l'incidence de la détection de résidus est quelque peu plus faible pour les produits bios, mais les très faibles niveaux de substances chimiques trouvés sont assez similaires aux faibles niveaux détectés sur les échantillons conventionnels. L'étude PDP de 2015 a permis de trouver des résidus de 68 différents pesticides, métabolites de pesticides et régulateurs de croissance sur les fruits et légumes bios.

 

 

Produits chimiques détectés sur des échantillons bios dans le PDP de 2015

 

Acétamipride, Amétoctradine, Azoxystrobine, Bifénazate, Bifenthrine, Boscalide, Carbendazime (MBC), Chlorantraniliprole, Chlorprophame, Chlorpyrifos, Clothianidine, Clothianidine autres, Cyazothamine, Cyhalothrine, Cymalothrine-L + R157836 épimère), Cyperméthrine, Cyprodinil, DDE p,p' , DDT o,p', Dichlorvos (DDVP), Diflubenzuron, Diméthoate, Diméthomorphe, Dinotefuran, Diphénylamine (DPA), Ethoxyquine, Etoxazole, Famoxadone, Fénamidone, Fenbuconazole, Fenpropathrine, Flonicamide, Fludioxonil, Fluopicolide, Fluopyram, Imidaclopride, Iprodione, Linuron, Mandipropamide, Méthomyl, Metoxyfenozide, Myclobutanil, Novaluron, O-Phénylphénol, Ométhoate, Oxamyl, Oxamyl oxime, Pendiméthaline, Perméthrine cis, Perméthrine trans, Pipéronyl butoxide, Propamocarbe hydrochloride, Pyraclostrobine, Pyriméthanil, Pyriproxyfène, Quinoxyfèn e, Spinosad, Spinosad A, Spinosad D, Spirotetramat, Sulfoxaflor, Tébuconazole, Tébufenpyrad, Thiabendazole, Thiaclopride, Thiamethoxame, Triflumizole.

 

Pour 37 % de ces substances chimiques, la quantité moyenne de résidus sur les échantillons bios était en fait supérieure aux moyennes conventionnelles, tout en étant très faible.

 

Ce qui importe vraiment, c'est que les niveaux détectés pour les deux types de produits sont inférieurs aux « tolérances » fixées par l'EPA et que ces tolérances reflètent déjà une marge de sécurité généreuse.

 

Voici donc ce que ces données nous apprennent vraiment :

 

« Oui. Les spécialistes qualifiés de la chimie analytique peuvent détecter de minuscules quantités de résidus de pesticides de synthèse et naturels sur les produits bios et conventionnels. Dans les deux cas, les niveaux que l'on trouve sont inférieurs à très inférieurs aux seuils de préoccupation. Notre système de réglementation fonctionne bien. Ceux qui produisent nos denrées alimentaires sont bien formés et suivent les règles qui sont conçues pour permettre à la fois de produire et de protéger la population. Profitez de vos options sûres, saines et délicieuses ! »

 

 

Le cadre du PDP

 

Chaque année, l'USDA rassemble et analyse environ dix mille échantillons prélevés dans la chaîne d'approvisionnement principale des États-Unis – principalement des fruits et légumes. Dans le processus d'échantillonnage, l'USDA finit par inclure des éléments étiquetés « USDA organic » (349 échantillons en 2015, 4 % du total). Les laboratoires de l'USDA examinent ensuite tous les échantillons du point de vue des résidus de substances chimiques de protection des cultures en utilisant des méthodes analytiques extrêmement sensibles.

 

L'USDA fournit à la fois des résumés brefs et détaillés de ces informations ; pour ma part, je suis ravi que les données brutes soient accessibles au public de façon transparente de sorte que je peux les examiner moi-même (c'est une gageure car il y a un tableau principal de plus de 2 millions de lignes, un tableau de 10 mille lignes sur les échantillons, et 18 tableaux de références). J'ai examiné en détail toutes les détections de pesticides, ainsi que les résultats des analyses des échantillons de produits alimentaires qui avaient été vendus comme sous l'étiquette bio.

 

 

Qu'est-ce qui a été trouvé ?

 

Comme pour la majorité écrasante des échantillons, les résidus détectés sur les produits bios se situent à des niveaux inférieurs aux « tolérances » protectrices établies par l'EPA. Oui, il y a des résidus. Non, ce n'est pas un problème de sécurité alimentaire. Cependant, cette présence de résidus entre en conflit avec ce que beaucoup de consommateurs ont été amenés à croire sur la différence entre bio et conventionnel.

 

Beaucoup de gens pensent que « bio » signifie « sans pesticides ». Ce n'est tout simplement pas vrai. Les agriculteurs bios peuvent utiliser une gamme de pesticides autorisés, et ils le font parce qu'ils ont eux aussi à faire face aux ravageurs. La liste des pesticides homologués pour le bio n'est pas fondée sur des critères de sécurité, mais plutôt sur la question de savoir s'ils peuvent ou non être considérés comme « naturels ». Encore une fois, malgré tout ce qui est proclamé dans un marketing trompeur, « naturel » ne signifie pas automatiquement « sûr ». En fait, l'USDA, qui est en charge de la certification bio, indique expressément sur son site Web que « nos règlements ne traitent pas de la sécurité des aliments, ni de la nutrition ».

 

Comme pour tous les pesticides et autres produits de protection des plantes, c'est l'EPA qui évalue quels pesticides peuvent être utilisés en toute sécurité et dans quelles conditions.

 

Quelles sont les sortes de résidus présents sur les échantillons bios ? La détection la plus fréquente est celle d'un insecticide appelé spinosad. Il assure un contrôle efficace pour différentes chenilles ravageuses et est produit par un processus de fermentation microbienne, ce qui lui permet de se qualifier pour l'utilisation en bio (voir la structure chimique de l'une des spinosynes ci-dessous). Mais soyons clairs : les produits à base de spinosad sont fabriqués par la Dow Chemical Company.

 

 

 

Les agriculteurs conventionnels font également bon usage de ce produit et d'autres produits naturels. Le spinosad est en fait le seul produit pesticide naturel qui est détecté dans le programme de surveillance de l'USDA. D'autres produits couramment utilisés comme le soufre, les distillats de pétrole, les sels de cuivre et les produits microbiens ne peuvent pas être contrôlés à l'aide des outils, très sensibles et rentables, qui permettent à l'USDA de produire plus de deux millions de résultats chaque année. Si des analyses spécifiques étaient effectuées pour ces produits naturels, le nombre de résidus détectés par échantillon bio serait probablement beaucoup plus élevé – mais cela ne changerait pas vraiment la conclusion générale selon laquelle ces aliments sont sûrs.

 

Outre le spinosad, les 80,2 % restants de résidus détectés sur les produits bios sont des produits chimiques « de synthèse ».

 

 

 

Bien que très peu de substances de synthèse utilisées dans l'agriculture d'aujourd'hui soient intrinsèquement très toxiques pour les humains, elles ne sont théoriquement pas censées être présentes sur les produits bios parce qu'elles ne sont pas sur la liste des options naturelles approuvées.

 

Il existe toutefois une règle dans le système de certification biologique selon laquelle tout résidu présent à 5 % ou moins de la tolérance de l'USDA sera considéré comme « non intentionnel » et ne sera donc pas un motif de refus de la certification biologique. 62,1 % des échantillons bios de 2015 satisfaisaient à ce critère, mais il est intéressant de constater que c'est le cas aussi pour 74,6 % des échantillons non bios provenant des États-Unis et 70,1 % des échantillons importés non bios. Pas vraiment de différence...

 

En outre, 15,6 % des résidus détectés sur le bio enfreignent les règles du bio en dépassant les 5 % de la tolérance de l'EPA, mais ces résidus demeurent entièrement sûrs selon les critères de l'EPA. Ce même critère s'appliquait respectivement à 23,0 % et 25,2 % des échantillons conventionnels américains et importés. Pour les produits bios comme pour les produits conventionnels, il y a quelques résidus détectés de produits qui ne font pas l'objet d'une tolérance spécifique, assignée à la culture en question. Ce sont généralement des détections de très faible niveau, alors qu'elles représentent des violations techniques ; elles ne sont pas réellement préoccupantes et, encore une fois, semblables pour le bio et le conventionnel (moyenne des détections « sans tolérance » : 23,7 parties par milliard (ppb) pour le bio, 19,8 ppb pour le conventionnel importé et 17,2 ppb pour le conventionnels US).

 

Pour réitérer, ce que cette base de données publique et transparente nous dit, c'est que notre approvisionnement alimentaire est sécuritaire du point de vue des résidus de pesticides. Cela signifie que notre système de réglementation fonctionne bien et que des milliers d'agriculteurs aux États-Unis et ailleurs font un excellent travail pour gérer les dommages causés par les ravageurs tout en protégeant notre santé. Les données nous indiquent aussi qu'il existe des similitudes frappantes entre les produits bios et conventionnels en ce qui concerne les résidus. Ce que les données nous disent également, c'est qu'en tant que consommateurs, nous devrions rejeter les arguments trompeurs de marketing et de promotion de certains éléments irresponsables du secteur du bio. Au lieu de céder à ces campagnes fondées sur la peur, nous devrions user de la liberté de choisir des produits sains et délicieux en utilisant des critères importants comme la fraîcheur, la saveur, la qualité et l'accessibilité.

 

_______________

 

* Une version de cet article a paru sur Forbes sous le titre « Organic Might Not Mean What You Think It Means » (le bio n'est peut-être pas ce que vous croyez) et a été republiée sur Genetic Literacy Project avec la permission de l'auteur et de l'éditeur original.

 

Steve Savage est un scientifique agricole (phytopathologie) qui a travaillé pour la Colorado State University, DuPont (développement de fongicides), Mycogen (développement de solutions de biocontrôle), et a exercé ces 13 dernières années l'activité de consultant indépendant. Son site blogging est Applied Mythology. Vous pouvez le suivre sur Twitter @grapedoc.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2017/03/10/buying-organic-food-to-avoid-pesticides-you-may-want-to-reconsider/

 

 

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