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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Vérification : le glyphosate et la biodiversité

23 Février 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #Politique

Vérification : le glyphosate et la biodiversité

 

Schillipaeppa*

 

 

Nachgehakt: Glyphosat und Biodiversität

 

L'industrie de l'indignation a de nouveau enfourché ses montures : la semaine dernière a été lancée l'initiative citoyenne européenne contre l'extension de l'homologation de l'herbicide glyphosate au niveau de l'UE. Souvenons-nous : la Commission Européenne avait prolongé l'approbation en 2016, dans un premier temps, jusqu'à la fin de cette année. On veut attendre l'évaluation des risques par l'Agence Européenne des Produits Chimiques ECHA (European Chemicals Agency). Le rapport final de l'ECHA devrait être terminé d'ici la fin de novembre 2017 :


 

 

Alors que les scientifiques sont encore en train de réunir et d'interpréter les données, l'opinion de certaines ONG, certains partis et certains organismes gouvernementaux a déjà été formée. Lors des discussions de l'année dernière, quelques gazouillis de Maria Krautzberger, la présidente de l'Agence Fédérale de l'Environnement (UBA – Umweltbundesamt) avaient attiré mon attention. Elle avait affirmé à l'époque que le glyphosate a des effets dramatiques sur la biodiversité. J'ai voulu savoir si elle avait des preuves :

 

 

Lors de la ré-approbation du glyphosate il faudra enfin mettre fin à l'impact dramatique sur la biodiversité.

 

Maria Krautzberger : L'UBA a évalué l'impact sur l'environnement et il est dramatique : perte de biodiversité !

Susanne Günther : Pouvez-vous indiquer, s'il vous plaît, une source concrète qui étaye la perte de biodiversité ?

 

Il y eut une réponse :

 

 

 

Maria Krautzberger : page 18 de « Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment of the active substance glyphosate »

 

 

Ce document « Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment of the active substance glyphosate » est le rapport final de l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) pour l'évaluation du glyphosate. Il est dit à la page 18, dans la section « écotoxicologie » :

 

« La nouvelle spécification de référence proposée par le RMS (Allemagne, 2015) n'est pas confortée par les spécifications de tous les demandeurs. Par conséquent, un domaine critique a été identifié.

 

Certains aspects de l'évaluation des risques du glyphosate ont été discutés lors de la réunion d'examen par les pairs des pesticides 128 (3-5 mars 2015). Le RMS a soulevé des préoccupations concernant les effets indirects (biodiversité) sur les organismes non-cibles par le biais de l'interaction trophique des herbicides largement utilisés tels que le glyphosate. Lors de la réunion il y a aussi eu un échange de vues sur cette question. Les experts ont estimé qu'il s'agissait d'une question importante de gestion des risques.

 

Pour l'évaluation des risques pour les oiseaux et les mammifères, il est reconnu qu'il n'y a pas des scénarios spécifiques dans le Document d'Orientation sur l'Évaluation des Risques pour les Oiseaux et les Mammifères (EFSA, 2009) pour les applications en pulvérisation contre les mauvaises herbes annuelles, vivaces et bisannuelles levées, pour l'utilisation représentative "toutes les cultures, pré-plantation et post-plantation". Le RMS a utilisé, comme substitut, les scénarios pires cas liés à un stade précoce de plusieurs cultures pour les utilisations représentatives "toutes les cultures" (pré- et post-plantation). Bien que cela ne soit pas clairement indiqué dans le document d'orientation (EFSA, 2009), probablement, les scénarios les plus appropriés auraient pu être ceux liés à "applications non dirigées vers la culture", qui ont été spécifiquement élaborés pour les herbicides appliqués dans les vergers. Cependant, l'approche du RMS a couvert à la fois ces derniers scénarios et d'autres plus conservateurs. C'est pourquoi l'approche du RMS a été considérée comme acceptable. »

 

« RMS » signifie « État membre rapporteur » (reporting member State), à savoir l'État membre qui a procédé à l'évaluation initiale des risques. Dans le cas du glyphosate, c'est l'Allemagne. Et maintenant, nous pouvons deviner en trois tentatives quelle agence fédérale a bien pu produire la section sur les effets sur l'écosystème : bingo ! L'Agence Fédérale de l'Environnement. La réponse nous est donnée par un message de l'Office Fédéral de la Protection des Consommateurs et de la Sécurité Alimentaire (BVL) de 2014 :

 

« Cependant, il y a des préoccupations en ce qui concerne la protection de la biodiversité. Le glyphosate n'est certes pas directement nocif pour les oiseaux, les mammifères et les insectes. Mais les herbicides à large spectre tels que le glyphosate tuent aussi sur les zones de cultures traitées les plantes qui fournissent de la nourriture aux insectes tels que les papillons et les abeilles sauvages. Cela peut aussi affecter la source de nourriture des oiseaux des champs tels que la perdrix et l'alouette. Le rapport recommande donc à la Commission Européenne de lier l'approbation du glyphosate à la condition que les États membres prennent des mesures pour réduire ces effets et les effets néfastes sur la biodiversité. »

 

Reprenons lentement : la Présidente de l'UBA cite comme preuve pour une affirmation la citation d'une partie d'un rapport dont sa propre maison a purement et simplement négocié l'insertion.

 

Maria Krautzberger a cité une autre source :

 

 

Susanne Günther : Pouvez-vous indiquer, s'il vous plaît, une source concrète qui étaye la perte de biodiversité ?

Maria Krautzberger (les deux gazouillis combinés) : se recommandent aussi les textes UBA 30/2014 : Protection of biodiversity of free living birds and mammals in respect of the effects of pesticides. UBA-Texte 30/2014. Télécharger : https ://www.umweltbundesamt.de/publikationen/protection-of-biodiversity-of-free-living-birds

Derrière le logo: Protection of biodiversity of free living birds and mammals in respect of the effects of pesticides

Après que l'agriculture allemande est devenue plus intensive au cours des décennies passées, de nombreuses populations d'oiseaux et de mammifères des espaces agricoles sont dans un état de conservation défavorable...

umweltbundesamt.de

 

Ce document est une étude de plus de 500 pages, qui a été établie, entre autres, par des employés de l'Institut NABU. Fait intéressant : le document a été officiellement publié après la transmission de l'évaluation du glyphosate à l'EFSA. Afin d'accéder directement au informations qui m'intéressent, j'ai simplement recherché le mot « glyphosate ». Il y avait 15 occurrences : une dans la table des matières et une dans la table des illustrations, deux dans la bibliographie et 11 (vous avez bien lu : onze) dans le texte. En outre, il y avait deux occurrences pour le mot allemand « Glyphosat » dans la bibliographie. Voici les onze occurrences du corps du texte :

 

P. 20 : « Le groupe d'agents herbicides le plus vendu sont les herbicides organophosphorés (32%) auxquels appartient le glyphosate. »

 

P. 22 : « 2.3.2 Digression – glyphosate l'herbicide le plus utilisé

 

L'utilisation de glyphosate a augmenté depuis 2000 (Fig. 2.3.3). En 2007 et 2008, des quantité particulièrement importantes ont été utilisés et, en 2011, son utilisation a atteint le troisième niveau le plus élevé depuis 2000. Le principal domaine d'application du glyphosate dans les grandes cultures en Allemagne est en premier lieu le traitement des éteules, suivi des applications en pré-semis et de la dessiccation (par exemple pour la maturation accélérée) selon Dickeduisberg et al. (2012). [...] L'utilisation d'herbicides à large spectre tels que le glyphosate pour le traitement des éteules et la dessiccation est économique pour l'agriculteur, mais non conforme à la Loi sur la Protection des Végétaux (Haffmanns 2007). »

 

P. 23 : « Fig. 2.3.3 : Utilisation annuelle intérieure (t) de glyphosate en Allemagne depuis 2000 (source : brochure du Parlement allemand 17/7168, 2011). »

 

P. 116 : « Par exemple, le glyphosate a des effets toxiques sur les amphibiens et provoque de graves déclins des populations (Relyea 2005) et peut conduire à des dommages cellulaires et des cancers chez l'homme (Marc et al. 2002 ; Eriksson et al. 2008 ; Benachour & Séralini 2009 ; Gasnier et al. 2009). [...] Les amphibiens pourrait profiter en particulier, car il a été prouvé que ceux-ci sont aussi affectés par des effets toxiques directs du glyphosate, l'herbicide à large spectre le plus largement utilisé (voir ci-dessus). »

 

P. 117 : « Les herbicides les plus couramment utilisés en Allemagne sont le sélectif isoproturon (pour le blé d'hiver, l'orge d'hiver, le seigle, l'orge de printemps et le blé de printemps), suivi par le glyphosate non sélectif (Eurostat 2007). Les herbicides à large spectre tels que le glyphosate sont fréquemment appliqués comme herbicides de pré-levée, mais également en pré-semis et post-récolte pour la répression des mauvaises herbes, et pour le dessiccation (accélération de la maturation) dans la période pré-récolte, par exemple, dans le cas des céréales et du colza (voir digression sur le glyphosate dans le chapitre 2.3). »

 

Qu'apprenons-nous ici sur le glyphosate et les effets de la substance sur la biodiversité ? Pas grand-chose : nous apprenons quelque chose sur les usages et la fréquence d'utilisation, et que le glyphosate peut être toxique pour les amphibiens. Cette toxicité est connue depuis longtemps, et c'est pourquoi il y a des règles sur les zones non traitées dans le voisinage des cours et points d'eau. Mais sur les impacts indirects dramatiques allégués sur la biodiversité du glyphosate, je ne trouve rien, sauf des conjectures.

 

Bien sûr, le glyphosate réduit la végétation – par exemple avant le semis – mais c'est ce que la charrue fait aussi. Et même les agriculteurs biologiques réduisent la biodiversité quand ils binent entre leurs rangs de maïs. Et c'est ce qu'ils doivent faire s'ils ne veulent pas seulement récolter de la camomille, mais du maïs.

 

Mon impression est que l'on veut mettre en place un nouveau paradigme pour remettre en question l'utilisation des pesticides en général.

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2017/02/17/nachgehakt-glyphosat-und-biodiversitat/

 

Si les agrotoxiques tuent les plantes, les oiseaux restent muets.

 

psm_bmub

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Philippe Vergnes 24/02/2017 14:54

Bonjour,

"Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir".

Vous ne trouvez rien qui puisse incriminer le glyphosate comme étant en partie responsable de la perte de notre biodiversité ? Alors même que vous écrivez : "Qu'apprenons-nous ici sur le glyphosate et les effets de la substance sur la biodiversité ? Pas grand-chose : nous apprenons quelque chose sur les usages et la fréquence d'utilisation, et que le glyphosate peut être toxique pour les amphibiens. Cette toxicité est connue depuis longtemps, et c'est pourquoi il y a des règles sur les zones non traitées dans le voisinage des cours et points d'eau. Mais sur les impacts indirects dramatiques allégués sur la biodiversité du glyphosate, je ne trouve rien, sauf des conjectures."

Ce produit n'est pas seulement dangereux pour les amphibiens, mais il l'est aussi pour toute la faune et la flore aquatique qui va des points d'eau, des rivières et des fleuves, jusqu'aux mers et aux océans. Est-ce à dire que ce fait (avéré scientifiquement) soit insuffisamment à vos yeux pour n'être que "quantité négligeable" ?

Nous pouvons tous nous tromper, mais diantre, dans un tel cas... quel serait donc l'origine de cette idéologie mortifère qui déni une vérité tout en reconnaissant... sans la reconnaître ("[...] Cette toxicité est connue depuis longtemps, et c'est pourquoi il y a des règles sur les zones non traitées dans le voisinage des cours et points d'eau. Mais sur les impacts indirects dramatiques allégués sur la biodiversité du glyphosate, je ne trouve rien, sauf des conjectures.") ?

Je serais bien curieux de l'entendre (ou de la lire).

Cordialement,

Seppi 27/02/2017 18:49

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

« Vous ne trouvez rien qui puisse incriminer le glyphosate comme étant en partie responsable de la perte de notre biodiversité ? »

La réponse est non et oui.

Le glyphosate – c'est relevé dans le texte de Schillipaeppa – réduit à dessein une certaine biodiversité, avec des effets induits, comme tout autre herbicide et comme toute autre méthode de désherbage.

Vous voulez incriminer le glyphosate ? Alors incriminez aussi, par exemple, le jardinier qui extirpe les pissenlits à la main ou les détruit avec un herbicide pour avoir un gazon impeccable. D'ailleurs, tondre le gazon, c'est aussi une forme de réduction de la biodiversité.

Le glyphosate est moyennement dangereux pour les amphibiens selon e-phy*. Contrairement à ce que vous affirmez, son profil écotoxicologique est bon, voire excellent. Il migre peu. On le trouve certes fréquemment dans les cours d'eau (il y arrive essentiellement adsorbé par des particules de terre), et encore plus son produit de dégradation l'AMPA. Mais l'AMPA provient aussi de la dégradation des détergents.

Je n'ai pas vu d'hystérie militante pour faire interdire les détergents...

On le trouve fréquemment en France, mais en moyenne à moins de 0,1 µg/l, seuil de qualité pour l'eau potable par pesticide. C'est un niveau un peu plus élevé que le métolachlore.

Il y a aussi des seuils d'écotoxicité. Pour le glyphosate, c'est 28,0 µg/l... près de 300 fois plus que le niveau moyen de présence dans les cours d'eau. Nombre de dépassements en 2013 : 0 (zéro)**
pesticide

Quant à blâmer le glyphosate pour son action néfaste sur les mers et océans... Je serais du reste très intéressé par les références de ce qui est « avéré scientifiquement ».

Il y a des règles de zonage ? Il y en a pour de nombreux produits (en plus de l'interdiction générale édictée en France).

J'espère, par le billet de Schillipaeppa ci-dessus et les compléments, vous avoir ouvert une fenêtre sur la réalité. L'idéologie mortifère n'est pas celle que vous croyez.

______________

* http://e-phy.agriculture.gouv.fr/ecoacs/04379.htm

** http://www.eaufrance.fr/IMG/pdf/bilanpesticides2013_201511.pdf

Philippe Vergnes 24/02/2017 23:11

erratum : "... qui dénie une vérité tout en la reconnaissant..."