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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Marre de la bobo-agronomie !

28 Février 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides

Marre de la bobo-agronomie !

 

À propos de « Cultiver sans herbicides : un enjeu environnemental majeur » sur Atlantico

 

 

 

Résultat de recherche d'images pour "enfants sarclant"

 

 

L'enjeu environnemental majeur, c'est de pratiquer une agriculture économe en travail du sol (notamment sans retournement), avec une couverture végétale permanente sous forme de plantes vivantes ou de résidus. Les herbicides – et en particulier le glyphosate – ont un rôle à jouer dans les divers systèmes. Ils doivent évidemment être utilisés à bon escient et avec discernement.

 

Et il est grand temps que les agronomes – de formation ou d'expérience – qui ne sont pas inféodés à la cause « écologiste » participent à la déconstruction de la bobo-agronomie et de l'éco-idéo-logie.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "désherbage chimique"

 

 

Un début d'article didactique...

 

Atlantico a publié le 5 février 2017 un article de M. Bruno Parmentier, « Cultiver sans herbicides : un enjeu environnemental majeur ». Le texte a essaimé (on le trouve par exemple ici). Il est fondé sur une présentation de M. Michel Griffon.

 

M. Parmentier est ingénieur de l’École des Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’École Supérieure d’Agriculture d’Angers (ESA). Il est aussi le secrétaire de l'AEI – Association Internationale pour une Agriculture Écologiquement Intensive (le président et la vice-présidente en sont M. Michel Griffon et Mme Christiane Lambert, respectivement).

 

Le titre est générique, mais l'accent est mis sur le glyphosate, l'herbicide le plus utilisé dans le monde, non seulement par les agriculteurs, mais aussi par les gestionnaires d'espaces (les sociétés de chemins de fer par exemple) et les particuliers. Comme on le sait, le glyphosate est dans le viseur de la politique démagogique, pétocharde et capitularde en Europe.

 

La première partie de l'article est fort didactique sur les raisons du succès du glyphosate, sur la problématique des mauvaises herbes ainsi que sur celle du labour :

 

Résultat de recherche d'images pour "african child hoeing"

 

« L’agriculture mondiale a toujours été fortement handicapée par les "mauvaises herbes" [...]. Les contrôler, et si possible, les éradiquer, est donc devenu une obsession des paysans depuis des siècles. Objectif difficile à atteindre car ce sont des plantes particulièrement résistantes qui ont su s’accommoder aux maladies, sécheresses, canicules, inondations, gels, attaques des animaux, etc., se déplacer avec le vent, les animaux, les hommes, les transports mécaniques, et même s’adapter aux évolutions des plantes cultivées par "mimétisme vavilovien".

 

Au total, ces plantes sauvages semblent mieux adaptées aux milieux que les plantes cultivées ! De nombreuses stratégies ont donc été mises en place au cours des âges. »

 

Mais :

 

« Il est donc possible, voire probable, que cet herbicide soit purement et simplement interdit en Europe à partir de 2018. D’où la question : comment faire sans ? »

 

Et :

 

« Avec les interdictions à venir, il faut impérativement mettre en place un ensemble de solutions complémentaires (s’il y en avait une seule, ça se saurait !), et acquérir une nouvelle culture sur le sujet. »

 

 

...suivi d'un catalogue de « solutions complémentaires » fort critiquable


 

Résultat de recherche d'images pour "forumphyto désherbage"

Le désherbage chimique est, d’une certaine façon, un véritable droit de l’homme…

 

 

Et d'exposer brièvement, sans les bémols qui s'imposeraient : dérouter les mauvaises herbes en allongeant par exemple les rotations... ; les étouffer en couvrant le sol... ; les empoisonner autrement, via des produits naturels utilisés par les agriculteurs bio... ; les brûler ou les ébouillanter sélectivement ; les faire manger par certains animaux comme les canards dans les rizières ; les enfouir durablement avec des prairies temporaires de longue durée ; les arracher sélectivement, à la main, par binage ponctuel...

C'est faire preuve de défaitisme, voire de collaboration active avec l'activisme anti-pesticides, s'agissant des interdictions à venir ; et c'est aller vite en besogne s'agissant des « solutions complémentaires ». Ce genre d'article nous semble davantage conforter ceux qui s'opposent par principe et idéologie aux pesticides que les informer sur les réalités de l'agriculture et de la gestion des espaces.

 

La plupart des exemples cités sont fonctionnels, mais dans des cadres précis, pas forcément généralisables, avec des limites importantes et parfois des contraintes qui ne le sont pas moins.

 

Résultat de recherche d'images pour "canards rizière" On allonge les rotations ? Quelles incidences sur les marchés agricoles et l'économie ? On insère dans la rotation cinq années de prairie temporaire avec des « éleveurs de ruminants itinérants [qui] louent ces terres, qui dans cette période se fertilisent et se débarrassent des graines d’adventices » ? Dans un contexte de contestation de plus en plus vive (et efficace) de la production animale et de la consommation de viande ? Notons au passage cette idée récurrente de la « fertilisation » par les animaux, alors qu'ils ne font que rendre au sol une partie de ce qu'ils en ont prélevé. Les canards dans les rizières ? Les anti-pesticides comprendront-ils que c'est un cas particulier... et ne parlons pas de la grippe aviaire.

 

Résultat de recherche d'images pour "robot désherbeur" Il est regrettable que ce catalogue qui mêle techniques éprouvées, solutions à l'avenir assuré comme les robots désherbeurs et inventions de Géo Trouvetou – sans compter le désherbage à la main (au XXIe siècle...) – pollue la partie didactique, qui aurait été fort utile en document autonome.

 

Forumphyto écrit dans « "Cultiver sans herbicides : un enjeu environnemental majeur" ( ?) » :

 

« Mais, en tant qu’agronome, il est aussi de son devoir de souligner que «"cultiver sans herbicides" n’est pas forcément meilleur pour l’environnement et la santé publique. […] Laisser croire que cultiver sans glyphosate serait en soi bon pour l’environnement et la santé publique est une erreur, et même, pour un agronome, une faute. »

 

 

« ...un enjeu environnemental majeur » ?

 

Nous pensons qu'il faut taper davantage sur le clou. Le titre de l'article de M. Parmentier sur Atlantico (ce n'est peut-être pas lui qui l'a choisi) est : « Cultiver sans herbicides : un enjeu environnemental majeur ».

 

Résultat de recherche d'images pour "really?" Vraiment ?

 

C'est sans nul doute vrai sur un plan personnel et politique. Il sied de s'approprier les slogans en vogue et de se conformer aux comportements à la mode si on veut rester dans les sphères influentes des beaux quartiers de Paris, ne pas être snobé par le thuriféraire de la nébuleuse « agro-écologie » de la rue de Varennes ou l'adepte de l'écologie démagogique, moitié punitive, moitié gaspilleuse, de l’hôtel de Roquelaure (quoique, dans le cas de cette dernière, le fan club sorte d'un autre vivier).

 

Mais c'est de la bobo-agronomie, de l'agronomie démagogique.

 

L'enjeu environnemental majeur est au contraire de pratiquer une agriculture économe en travail du sol (notamment sans retournement), avec une couverture végétale permanente sous forme de plantes vivantes ou de résidus (meilleur pour les sols, meilleur pour l'environnement à plus d'un titre, meilleur pour le porte-monnaie). Les herbicides – et en particulier le glyphosate – ont un rôle à jouer dans les divers systèmes pratiqués. Ils doivent évidemment être utilisés à bon escient et avec discernement.

 

L’interdiction du glyphosate – qui serait sans nul doute suivie à bref délai de l'interdiction de tous les autres herbicides, dont les profils toxicologiques et écotoxicologiques sont généralement moins bons – infligerait un coup d’arrêt à l’agriculture de conservation, autrement dit, à une certaine agro-écologie, réelle et non fantasmagorique et idéologique. Cela a été dit et redit. Le dernier message d'alerte vient de l'Association pour la Promotion d’une Agriculture Durable (APAD).

 

 

Œuvrer à la déconstruction de la bobo-agronomie et de l'éco-idéo-logie

 

Les pesticides sont cependant devenus des pestiférés. Pourtant, la présence de résidus dans les denrées alimentaires n'est pas problématique, même dans les 3 % de dépassements des limites légales, fixées de manière très protectrice pour la santé (pour les produits d'origine européenne, c'est 1,6 %) ; 97 % des échantillons analysés en 2014 ne présentaient pas de résidus quantifiables (pour 53,6 %) ou en présentaient en-dessous de la limite maximale de résidus (LMR – pour 43,4% des échantillons).

 

S'agissant de l'environnement, les statistiques sur les résidus dans les eaux de surface et souterraines constituent une bonne référence – à condition de choisir les bons indicateurs (pas ceux qui servent pour la gesticulation médiatique du Ministère de l'Environnement, qui se gargarise de fréquences de détection...). On trouve, certes, fréquemment du glyphosate et son produit de dégradation, l'AMPA – mais celui-ci est aussi issu des détergents.

 

 

 

Mais c'est à des niveaux très faibles.

 

 

 

Et il n'y a pas de dépassements des seuils d'écotoxicité. Selon les graphiques reproduits ci-dessus et le texte du document, le glyphosate affiche en moyenne un peu moins de 0,1 µg/l (qui n'est pas le seuil de « potabilité » comme on le voit souvent, mais le seuil de qualité), alors que le seuil d'écotoxicité est fixé à 28 µg/l. On est donc dans un rapport de l'ordre de 1 (pour la présence moyenne) à 300 (pour le seuil).

 

 

 

 

Cela ne justifie certes pas l'emploi inconsidéré du glyphosate – et d'autres herbicides – mais devrait fournir une bonne base pour une incitation à la désescalade de l'hystérie anti-pesticides – et anti-glyphosate en particulier.

 

Et il est grand temps que les agronomes – de formation ou d'expérience – qui ne sont pas inféodés à la cause « écologiste » participent à la déconstruction de la bobo-agronomie et de l'éco-idéo-logie.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "forumphyto désherbage"

 

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un physicien 28/02/2017 19:34

Selon le graphique 4, on pourrait avoir des teneurs négatives ?????

Seppi 01/03/2017 10:13

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Nous avons tous compris, même si c'était exprimé en style télégraphique. Les barres des écarts-types suggèrent qu'il y a eu des relevés avec des teneurs négatives.

Ça me rappelle un propos d'une ancienne collègue que je ne peux pas documenter (malheureusement). Du temps de Mme Bruntlandt, l'OMS avait dû mettre au pilon un gros rapport – « flagship » ou navire-amiral – sur la santé dans le monde. Mme Bruntlandt ne jurait paraît-il que par les « Harvard boys », et ceux-ci avaient concocté des modèles statistiques qui prédisaient un retour de la variole...

vigneron 01/03/2017 09:26

Non, ce n'est pas la variable elle-même (ici la teneur) qu'indique l'écart-type sur le graphique, contrairement à la moyenne, mais sa dispersion.

Seppi 28/02/2017 21:02

Bonjour,

Merci pour le sarcasme !

J'ai hésité à le signaler, et finalement je ne l'ai pas fait pour ne pas encombrer le texte. Il me semble qu'il y a d'autres cas similaires...