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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ma correspondance secrète sur les néonics avec la Commission Européenne

21 Février 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #Union européenne, #Néonicotinoïdes, #Activisme

Ma correspondance secrète sur les néonics avec la Commission Européenne

 

Riskmonger*

 

 

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Le directeur Poudelet démontrant son impartialité et son esprit d'ouverture (ironie...)

 

 

Récemment, le Riskmonger a reçu une demande anonyme d'accès à l'information ; quelqu'un voulait voir un échange de courriels qu'il a eu en 2014 avec la Commission Européenne concernant l'interdiction à titre de précaution de trois néonicotinoïdes décidée par la DG Santé dans sa tentative factice de « sauver les abeilles ». Je considère qu'il n'est pas acceptable d'utiliser l'outil de transparence de l'Union européenne AsktheEU de manière anonyme, et j'ai exprimé avec vigueur mon point de vue sur ce sujet ; j'ai cependant pensé que ma correspondance devrait être rendue publique, mais pas seulement en faveur d'une partie privilégiée qui espérait l'utiliser pour un gain politique (ou, dans ce cas précis, compte tenu des circonstances, probablement pas). Cet article dévoilera donc cette fameuse lettre secrète entre le Riskmonger et la Commission Européenne, et ce, pour le bénéfice de toutes les personnes concernées par les conséquences de la tragique méprise de la Commission au sujet des néonicotinoïdes.

 

Ce sera révélateur !

 

 

Planter le décor

 

Résultat de recherche d'images pour "eric poudelet" Si la Commission Européenne a été traînée dans la boue de la débâcle du projet de document d'orientation sur les abeilles et de son interdiction de précaution factice (la précaution, pas l'interdiction), elle le doit au biais militant de l'un de ses directeurs, désormais à la retraite, Eric Poudelet. Poudelet, un apiculteur amateur, a longtemps été vigoureusement opposé à l'industrie et a gardé des liens étroits avec les ONG lobbyistes qui faisaient campagne pour interdire les pesticides. Il était donc très commode qu'il fût le directeur de la Sécurité de la Chaîne Alimentaire (qui incluait la gestion des pesticides) à la DG Santé (à l'époque Sanco) ; cette Direction avait créé une structure politique destinée à interdire des produits de protection des plantes sûrs et largement utilisés. La révision de la directive sur les pesticides, par exemple, a été un coup de maître dans l'obstructionnisme politique (ou plutôt : dans la manière de rendre l'agriculture européenne non rentable). Poudelet savait comment tromper l'EFSA, à quelle unité diriger sa question sur les abeilles et les néonicotinoïdes à Parme, et comment manœuvrer pour obtenir une interdiction de précaution de la manière la plus efficace. Il a pu prendre sa retraite en pensant qu'il avait laissé un héritage conforme à son idéologie.

 

En fin de compte, l'héritage de Poudelet est un gâchis que la Commission Européenne actuelle doit souffrir, un gâchis qui risque de détruire la stratégie d'évaluation des risques de l'EFSA et qui conduira probablement à une décision judiciaire qui embarrassera et discréditera la DG Santé pour la prochaine décennie. Le seul aspect positif que je puisse trouver dans cette triste histoire est que je vais avoir une étude de cas à utiliser pour enseigner à mes étudiants la valeur de l'intégrité dans l'élaboration des politiques publiques.

 

Sous la houlette de Poudelet, il y avait Michael Flüh, Chef de l'Unité des Pesticides de la DG Sanco ; il a un bagage scientifique. En d'autres termes, contrairement à son patron, il avait une certaine compréhension des faits et de la réalité. Dans un moment de relâchement, M. Flüh a admis lors d'un événement que l'interdiction de précaution des néonicotinoïdes n'avait pas du tout pour objectif de sauver les abeilles, mais plutôt de faire en sorte que la Commission soit vue comme faisant quelque chose pour résoudre le problème.

 

Flüh avait reconnu que les autres problèmes à l'origine du déclin des abeilles alors soupçonné étaient tellement insolubles (changement climatique, perte d'habitats et de biodiversité, virus et maladies, monocultures...) que la Commission Européenne devait être perçue comme faisant quelque chose. Une interdiction de pesticides était l'option facile... bien que... certes... tout à fait inutile.

 

Ce point de vue a ensuite été confirmé par le Commissaire Andriukaitis devant le Parlement Européen : l'interdiction de trois insecticides importants et efficaces n'était pas destinée à sauver les abeilles. Enfin,... OK ! Je sais cela et... maintenant... il semble que... la Commission Européenne sait cela aussi... alors pourquoi diable a-elle interdit la classe de pesticides la plus efficace et la plus sûre ? Je ne savais pas que pénaliser les agriculteurs européens était un objectif de la DG Santé. Servir les intérêts des millions d'agriculteurs de l'UE est-il moins important que faire plaisir à cette satanée Ségolène Royal ? Suis-je le seul qui trouve cela terriblement offensant pour les gens doués de raison ?

 

 

!

Answer given by Mr Andriukaitis on behalf of the Commission

The restrictions imposed at EU level by Regulation (EU) No 485/2013(1) for the neonicotinoids were based on the conclusion that the approval criteria in Article 4 of Regulation (EC) No 1107/2009 were no longer satisfied regarding the risk to bees. The specific legislation was at no time based on a direct link on bee mortality.

The Commission was informed on losses in some crops and in some areas; however there is not sufficient information available at this stage to allow a robust and comprehensive analysis.

The Commission's Joint Research Centre is currently investigating ex post how EU farmers adapt their pest management and control practices after the neonicotinoid restrictions in 3 key crops and 7 countries. Eventually, the data collected via such a survey will allow for estimations on the productivity and economic impacts for farmers as well as an evaluation of alternatives applied by farmers belonging to the designed sample. This research is largely based on primary information and it is foreseen to produce results in the second half of 2016.

________________

(1) Commission Implementing Regulation (EU) No 485/2013 of 24.5.2013 amending Implementing Regulation (EU) No 540/2011, as regards the conditions of approval of the active substances clothianidin, thiamethoxam and imidacloprid, and prohibiting the use and sale of seeds treated with plant protection products containing those active substances.

27 avril 2015 (source)

 

Ma lettre à Michael Flüh

 

Alors que j'étais sur le point de publier le troisième volet (traduction à venir) de ma série BeeGate, en 2014, j'avais pensé donner à M. Flüh l'occasion de clarifier sa position et, peut-être, alors qu'il avait remplacé Poudelet en tant que directeur par intérim de la Direction de la Sécurité de la Chaîne Alimentaire de la DG Sanco (qui incluait les pesticides et la santé des abeilles), de lui permettre de remettre la DG Sanco sur une position politique et scientifique solide. Ma lettre datée du 11 décembre 2014 a commencé par une totale transparence et un peu de contexte.

 

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« Cher Monsieur,

 

Je vous écris pour vous demander si je pourrais avoir une brève conversation téléphonique avec vous. Je suis un blogueur indépendant écrivant sous le nom de Riskmonger et j'ai récemment étudié les pratiques d'un groupe de scientifiques qui ont formé un groupe de travail au sein de l'UICN pour faire une revue de la littérature sur les pesticides systémiques et les abeilles. Voir http://risk-monger.blogactiv.eu/2014/12/02/iucn%E2%80%99s-anti-neonic-pesticide-task-force-an-expose-into-activist-science/ pour le premier d'une série de trois articles. Pour le troisième article, je cherche à savoir comment certains scientifiques militants ont réussi à s'introduire dans les groupes de travail de l'UE qui ont pu influencer le processus décisionnel en 2013. »

 

J'ai pensé qu'il était important d'informer la Commission Européenne des conflits d'intérêts potentiels dans ses agences. Et je suis arrivé au fond de la question – que nous étions tous les deux d'accord pour dire que l'interdiction de précaution des néoninotinoïde édictée par l'UE était totalement inutile !

 

« Je voudrais revenir sur une remarque qui vous a été attribuée au début de cette année, lorsque vous aviez relevé que l'interdiction des néonicotinoïdes était l'action la plus immédiate, mais qu'elle n'allait pas être la solution pour les abeilles étant donné qu'il y avait tant d'autres problèmes insolubles qui ne peuvent pas faire l'objet d'une réglementation (c'est rapporté dans : http://www.agra-net.com/portal2/fcn/home.jsp?template=newsarticle&artid=20018109613). Alors que je trouve cela très honnête, je suis curieux de savoir si vous auriez quelque chose à ajouter compte tenu des récentes pertes de récoltes de colza et des dérogations accordées au Royaume-Uni et ailleurs cette année, et des révélations sur la façon dont certains chercheurs anti-pesticides travaillant sur les abeilles se sont comportés.

 

C'était important. Peut-être que M. Flüh ne s'était pas rendu compte que les agriculteurs s'étaient étranglés en entendant son petit « oups ! » politique. Peut-être aurait-il accepté de donner suite à cette question et essayé d'instiller quelque raison dans la politique post-Poudelet de l'UE en matière de pesticides. Peut-être étais-je naïf ! J'ai terminé mon message en signalant que je comprenais la difficulté de sa situation :

 

« Je comprends la sensibilité de cette question pour vous (vous devriez voir l'état de ma boîte de réception du courriel et le nombre de lettres d'insultes livrées à ma porte !). Alors n'hésitez pas à donner votre réponse par écrit si vous le préférez (bien que je prévoie de publier mon article d'ici dimanche soir ou lundi matin).

 

Étant donné que les chercheurs de groupes de transparence comme Corporate Europe Observatory chercheront probablement, via Ask the EU, à débusquer tous les courriels que j'envoie à la Commission, je comprendrai bien que vous choisissiez de ne pas répondre (autant pour la démocratie !).

 

Dans l'attente de votre réponse. »

 

Maintenant, à cause de la transparence, des imbéciles qui abusent du processus AsktheEU de la Commission Européenne, je dois mettre fin à tous les échanges avec la Commission avec une miette et un petit coup à leurs jeux stupides et à leur abus de ressources. J'espère que celui qui a formulé la demande AsktheEU anonyme appréciera l'ironie ! S'il veut se racheter, une bonne bouteille de Merlot serait appréciée !

 

C'était donc ça, la fameuse lettre qui a choqué le monde et provoqué une demande d'accès à un document en vertu de la liberté de l'information. Mais comment Michael Flüh a-t-il répondu ? M'a-t-il ignoré ? Non, il a répondu le jour même (pendant la soirée) ! A-t-il dit : « Oh mon Dieu, David, comme vous avez raison ! Je vous remercie ! Nous allons résoudre ce problème tout de suite ! » ? J'ai vécu trop longtemps à Bruxelles pour m'attendre à cela. Accepterait-il de me parler pour m'expliquer pourquoi mes opinions sont malheureusement erronées et me mettre au courant ? Non, il est clair que mes vues sont loin d'être erronées ! Ou produirait-il une de ces fameuses gaufres bureaucratiques belges ? Vous en êtes juge !

 

 

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Je n'ai rien à ajouter. Je suis au courant de l'information. Je n'ai aucun doute au sujet de la décision prise par la Commission sur la base de l'évaluation scientifique de l'EFSA. Toutes les informations pertinentes sont disponibles sur notre site à […].

 

Oui, c'était une gaufre servie avec un sirop de Stupide. Beaucoup de sirop bien dégoulinant avec ça ! Il doit être douloureux pour quelqu'un d'aussi intelligent de devoir suivre des directives de politique qui sont si ridicules !

 

J'avais aussi écrit publiquement à M. Flüh dans un article pour lui faire réaliser les conséquences de ses actions sur les agriculteurs. Je sais qu'il a lu ces messages et je peux seulement supposer qu'il reste pris au piège, non pas par l'idéologie de l'idiotie, mais plutôt par l'idiotie du système bureaucratique qui ne permettra pas au bon sens de corriger les mauvaises décisions politiques.

 

 

Évaluation personnelle

 

Quand je regarde ce qui s'est passé, je suis stupéfait de voir comment une mauvaise politique, que l'on s'accorde à reconnaître pleine de puanteur, peut simplement perdurer et être tolérée parce que personne n'a le courage de la supprimer. Les agriculteurs souffrent, l'économie de l'UE souffre, l'innovation agro-technologique souffre... les seuls gagnants sont les activistes qui font campagne pour le lobby de l'industrie agroalimentaire biologique ; et aussi ce petit coléoptère appelé grosse altise (une créature vraiment nuisible) qui échappe progressivement à notre contrôle et fait qu'il devient impossible de cultiver certaines plantes riches en pollen, au détriment des abeilles.

 

Il a été établi que :

 

  • L'EFSA a été trompée par des activistes qui avaient des conflits d'intérêts et qui n'ont pas de boussole morale ;

     

  • Le document d'orientation sur les abeilles est mal conçu et ne sera jamais accepté par les États membres ;

     

  • L'interdiction de précaution par l'UE des trois néonicotinoïdes était illégale ;

     

  • La Commission Européenne perdra un procès à cause des manigances de Poudelet et devra payer des dommages-intérêts ;

     

  • Il n'y avait pas de crise pour les abeilles (la propre recherche de la DG Santé l'a prouvé) ;

     

  • Les hauts fonctionnaires de la DG Santé ont reconnu que l'interdiction ne ferait rien pour améliorer la santé des abeilles (en fait, elle les affaiblira probablement) ;

     

  • Il y a eu des coûts économiques et sociaux considérables pour la communauté rurale.

 

Le plus haut niveau de management de la DG Santé doit être incroyablement stupide ou incroyablement frustré.

 

Il ne s'agit pas seulement du manque de courage au sein de la Commission Européenne pour remédier à une mauvaise politique (dans le passé, je croyais en Frans Timmermans, avant de me rendre compte qu'il n'était qu'un autre bureaucrate) ; cette triste histoire reflète aussi ce qui ne va pas avec les dirigeants actuels de la Commission. Ils se contentent d'expédients... pas de leadership.

 

L'une des communautés les plus scandalisées par cette interdiction de précaution d'un groupe essentiel d'insecticides a été les agriculteurs britanniques. Lors du vote de juin dernier sur le Brexit, la communauté rurale britannique a beaucoup voté en faveur de la sortie (contre les conseils des organisations agricoles). La frustration des agriculteurs britanniques à l'égard d'une telle politique irresponsable a eu des conséquences plus profondes que la mauvaise gestion au sommet de la DG Santé – elle a vraisemblablement fait pencher le vote vers le camp du Leave.

 

Ce qui ne va pas à la DG Santé reflète ce qui ne va pas à Bruxelles. La débâcle des néonicotinoïdes n'est pas seulement une erreur dont des fonctionnaires modestes pourraient souhaiter la disparition – c'est un désastre qui symbolise la faiblesse du projet européen. Pourquoi le Directeur Exécutif de l'EFSA Url et le Commissaire à la Santé Andriukaitis ne peuvent-il pas agir en fonction de leur potentiel ? Je me demande souvent qui les empêche d'être raisonnables ?

 

Il ne s'agit pas seulement d'une inertie lâche. La mauvaise gestion et la corruption au sein de la Commission Européenne ont des conséquences loin de la Bulle de Bruxelles... elle pourrait bien revenir et éclater, cette bulle.

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : https://risk-monger.com/2017/02/08/my-secret-exchange-on-neonics-with-the-european-commission/

 

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