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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La folle embardée de Barbara Hendricks : un appel au dialogue ? Vraiment ?

17 Février 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Politique, #Activisme

La folle embardée de Barbara Hendricks : un appel au dialogue ? Vraiment ?

 

Schillipaeppa*

 

 

Résultat de recherche d'images pour "bauernregeln"

Un pastiche : trop d'agriculteurs ont râlé, Hendricks s'est excusée.

 

 

Chaque jour apporte son nouveau lot de prises de positions dans les médias [allemands] sur les règles pour les agriculteurs du Ministère Fédéral de l'Environnement, de la Protection de la Nature, de la Construction et de la Sécurité Nucléaire (BMUB). La ministre elle-même a maintenant pris position dans une lettre à son collègue Ministre de l'Agriculture Christian Schmidt [ma note : ce texte a été écrit le 8 février 2017 ; la campagne a été stoppée]. Cela n'empêche pas les aphorismes de diviser les esprits. Mme Barbara Hendricks a expliqué ses motivations dans une lettre publique :

 

« En fait, cela est lié au processus de participation des citoyens à l'avenir de la politique agricole européenne. Je veux faire en sorte que le plus grand nombre de personnes de notre pays y participent. Il s'agit du système de promotion de la production agricole, et donc de la restructuration du premier poste de dépenses de l'UE. Sur la prochaine période de programmation financière, il s'agira d'un montant de milliards important, à trois chiffres, pris sur l'argent des contribuables. Il est donc important de considérer cela comme une discussion qui ne se limite pas à l'agriculture, mais qui, finalement, concerne tout le monde. »

 

La ministre souhaite donc souligner que la consultation européenne en ligne des citoyens sur la politique agricole a commencé. Dans cette « consultation », chacun peut exprimer son opinion sur la façon dont l'UE devrait organiser son soutien à l'agriculture dans les années à venir. Cet élément de démocratie directe devrait être utile pour beaucoup de gens – c'est ainsi que je le conçois aussi. Mais cette intention a-t-elle été concrétisée dans les activités de promotion du BMUB ?

 

Je voudrais jeter aujourd'hui un regard de connaisseur sur les motifs des affiches. J'ai tout de même travaillé dans les relations publiques dans le passé. Comment aurais-je concrétisé l'intention de promouvoir la campagne, le dialogue et le débat et d'encourager la participation à la consultation ? Mais commençons par regarder l'une des affiches :

 

 

plakat_schwein.jpg

 

Si le porc se tient sur une patte, c'est que la porcherie est trop petite.

 

 

La situation décrite ici a manifestement été subordonnée au maintien d'une certaine forme. Un porc ne se tient pas sur une patte, je dirais même que la truie est plutôt couchée. Ce que la question du bien-être animal a à faire dans le ministère de l'environnement restera sans doute un mystère. Peut-être a-t-on volontairement outrepassé ses compétences pour provoquer des réactions. Du reste, ça a marché. Mais dans la consultation, la question du bien-être animal n'est guère abordée. Les participants qui souhaitent plus de bien-être animal ne peuvent manifester leur préférence que sous quelques questions.

 

Que le message attire l'attention, permettez-moi d'en douter. Normalement, on travaille avec de grandes photos ou images qui accrochent le regard. Si une affiche doit attirer l'attention avec du texte seul, alors la typographie doit « percuter », taper à l'œil. Souvenons-nous de la campagne « Umparken-im-Kopf » (changer de vision) d'Opel : lettres majuscules noires sur fond jaune, logo, message percutant – cela a suscité la curiosité. La typographie des affiches sur les règles pour les agriculteurs est difficile à lire. Le contraste avec l'arrière-plan pourrait être plus tranché. Bien sûr, le style rétro-chic a un certain charme, mais c'est tout. Il y a encore une différence cruciale par rapport à l'offensive du constructeur automobile : les affiches d'Opel avaient toutes ce qu'on appelle un élément de réponse, un moyen facile de prendre contact, sous la forme d'un code-barres et d'un mot-clic. Les affiches de BMUB se réfèrent simplement au site Web « bundesumweltministerium.de/bauernregeln ». Qui peut prêter attention à cette longue suite de lettres, ou, pire encore, la saisir ? Presque personne. Mais celui qui fait l'effort aboutit au site de la campagne http://www.neue-bauernregeln.de/. Pourquoi ne pas avoir mis ce lien plus simple et beaucoup plus facile à mémoriser sur les affiches ?

 

[Ma note : les liens ci-dessus ont été désactivés à la suite du retrait de la campagne, au profit de http://www.bmub.bund.de/dialog-landwirtschaft/. Mais Mme Hendricks y annonce l'ouverture d'un forum.]

 

Opel est-il encore comme vous l'imaginez ? Vérifiez !

 

 

18 % des Allemands n'aiment pas les olives. 60 % d'entre eux n'en ont jamais mangé.

 

 

Retour à la question initiale : les affiches ne disent rien de la consultation de l'UE sur la politique agricole ; alors, penseriez-vous, on doit certainement en faire la promotion sur le site web. Après tout, ils veulent inciter les gens à y participer. Des clous ! Si vous cliquez sur le bouton rouge « Plus d'informations », vous tombez sur une page dans laquelle le BMUB recycle ses positions bien connues sur l'utilisation des pesticides et les « fermes-usines » ; aucun renvoi à la consultation. Le lien « Nouvelles » mène enfin à un résumé des nouvelles. Il y a une aguiche en date du 4 février 2017 sur la consultation des citoyens. Cliquez dessus et vous parvenez à la page d'accueil de la consultation. Dieu, que cela a été ardu ! [Ma note : dans les archives, on aboutit au communiqué de presse de la Commission.]

 

Si je veux vraiment motiver les gens à participer à une consultation en ligne détaillée, qui plus est très longue (20 minutes) et très abstraite, alors je dois au moins faciliter la mise en route, permettre de trouver cette enquête dans le réseau, par exemple, avec un code-barres qui mène directement à la page d'accueil de l'enquête ou, après tout pourquoi pas, à une page du BMUB qui donnera éventuellement aussi quelques conseils techniques. Les déclarations de la ministre figurant dans sa lettre sur les intentions des nouvelles règles pour les agriculteurs sont donc hautement invraisemblables.

 

Je me serais aussi appuyée sur des messages positifs comme « Ringelblum’, Klee und Phacelia sind für die wilden Bienen da » (les soucis, le trèfle et la phacélie sont là pour les abeilles sauvages). Avec cette phrase on aurait pu illustrer les possibilités offertes par la réorganisation des subventions agricoles de l'UE, à savoir continuer à soutenir les agriculteurs dans la création de bandes et de zones fleuries et ainsi dans la création d'habitats pour les animaux. Si on avait voulu, il aurait été possible de décrire tous les sujets de manière positive. Ainsi, on n'aurait pas marché sur les pieds des agriculteurs. Si on avait voulu...

 

Le mot-clic « #Agrarwende » (transition agricole) a été forgé par Bündnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Verts) comme un cri de ralliement politique. Le terme est donc pris. Il signifie pour bien des ONG un changement de système, en partie revendiqué de manière radicale. Dans leurs activités sur les réseaux sociaux, le BMUB et sa patronne utilisent aussi ce mot-clic. Voilà pourquoi il est quelque peu surprenant que la ministre écrive :

 

« C'est par mauvaise interprétation délibérée – qu'il s'agit d'une campagne dirigée contre l'ensemble de l'agriculture – que l'on évoque une forme d'expression qui n'existe pas du tout dans les déclarations sur les affiches. »

 

Les affiches ne sont pas très significatives, en effet. J'en suis arrivée à penser que leur seul but est de fournir des sujets de conversation sur les réseaux. Par conséquent, il ne suffit pas de regarder seulement le contenu hors ligne pour comprendre la colère des agriculteurs. Interrogé sur le contenu nébuleux des affiches le chargé de presse du BMUB répond sur Twitter :

 

 

Susanne Günther : Cela ne ressort pas des affiches. Cela produit plutôt l'effet suivant : https://www.zdf.de/politik/frontal-21/satire-toll-100.html

 

[Ma note : c'est un renvoi vers « Toll! Jedem Flegel seine Bauernregel » (traduit un peu librement mais avec la rime : Super ! À chaque branleur sa règle pour les agriculteurs), une série de pastiches.

 

Stephan Gabriel Haufe : Peut-être pas exprimé, mais pour déclencher de nombreuses contributions, satires, critiques et suggestions.

 

 

Avait-on dès le départ envisagé de semer la pagaille pour mieux faire connaître le contenu de la politique agricole d'Hendricks ?

 

Mme Hendricks aura en tout cas réussi une chose avec sa campagne : de nombreux agriculteurs ont pris conscience de la consultation à travers les règles pour les agriculteurs et sont maintenant très motivés pour remplir le questionnaire en ligne consciencieusement.

 

La ministre a en tout cas beaucoup d'occasions ces jours-ci de démontrer son ouverture au dialogue. Parce qu'elle devrait recevoir beaucoup de courrier.

 

À propos : j'ai déjà rempli et renvoyé le questionnaire de la consultation de l'UE. Et vous ?

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2017/02/08/aufruf-zum-dialog-wirklich/

 

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