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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La « Course Zéro Pesticide » de Greenpeace prélude à la com' de Carrefour...

22 Février 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Greenpeace, #Activisme

La « Course Zéro Pesticide » de Greenpeace prélude à la com' de Carrefour...

 

Coïncidence ou connivence ?

 

 

(Source)

 

 

Comique ! Mais ruminons un peu d'histoire ancienne pour commencer.

 

Résultat de recherche d'images pour "seralini retracted" Souvenez-vous : le 19 septembre 2012, M. Gilles-Éric Séralini et son équipe publient dans Food & Chemical Toxicology un article devenu mondialement célèbre – pas en bien – dans lequel était prétendument montrée la toxicité à long terme (deux ans) du Roundup (un herbicide à base de glyphosate) et du maïs NK 603 (génétiquement modifié pour tolérer le glyphosate). L'étude avait été financée en grande partie par un consortium d'entreprises et deux multinationales de la grande distribution regroupées dans une association écran, Cérès. Cette triste histoire – dans laquelle l'Obs s'est particulièrement illustré – est suffisamment connue pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir.

Résultat de recherche d'images pour "seralini obs poisons"

 

Mais il y a un épisode moins connu : le charivari médiatique à peine commencé, Carrefour avait lancé une campagne de publicité, « Le sans OGM, pour Carrefour, c'est un engagement de plus de 15 ans ». Il en reste quelques traces sur la toile.

 

 

 

 

(Source, septembre 2012)

 

Retour au présent.

 

Le 16 février 2017, Greenpeace publiait son nouveau classement des enseignes dans la « Course Zéro Pesticide », à notre sens un formidable attrape-nigauds. Nous avions écrit, à propos de Carrefour que Greenpeace maintenait en tête de course avec une argumentation bien spécieuse :

 

« "Carrefour [...] poursuit ses efforts […] cherche à étendre ses pratiques [...]"... quelle complaisance de Greenpeace. Quel en a été le prix ? »

 

Troisième manche de la Course zéro pesticide : le nouveau classement. Nous n'en avons pas la réponse et ne l'aurons probablement jamais.

 

Carrefour, en revanche, n'a pas perdu de temps. La France Agricole nous apprend en effet que Carrefour s'est offert « des pleines pages dans les grands titres régionaux et nationaux pour vanter ses actions en faveur de filières responsables ». Nous corrigerons : prétendument responsables. Dans le Monde daté du 21 février 2017, c'étaient par exemple deux grandes doubles pages.

 

 

(Source)

 

Sur la reproduction ci-dessus, on peut lire :

 

« Et en 2017, Carrefour lance un programme de développement de l'agriculture biologique en collaboration avec les producteurs. Tout ça fait qu'aujourd'hui, c'est plus de 20 000 agriculteurs qui produisent mieux avec nous. »

 

On aimerait connaître la nature et les modalités de ce programme... Un programme ultra-performant qui, si on prend le boniment à la lettre, revendique déjà des progrès chez 20.000 agriculteurs...

 

Quoi qu'il en soit, selon les dernières statistiques produites par l'Agence Bio (experte en embellissement), il y aurait eu 28.884 « producteurs engagés » en 2015 ; cela inclut sans nul doute les exploitations en conversion. Selon Carrefour, donc, les deux tiers des exploitations en bio et en conversion « produisent mieux avec nous ».

 

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Il n'y a pas à dire : la pub de Carrefour mérite bien son titre : « Bravo ».

 

Mais on redeviendra sobre en lisant la France Agricole au chapitre des annonces de Carrefour pour 2017 :

 

« Un "programme d’accélération de l’agriculture biologique", avec l’instauration d’une contractualisation "sur 3 à 5 ans portant sur des volumes et des prix". D’ici à 2020, 300 fermes devraient être concernées par ce programme. »

 

Soit 75 « fermes » par an...

 

Carrefour fait évidemment aussi sa publicité sur son site. Le message est encore un peu différent. Le voici dans son contexte :

 

« Pour poursuivre ce développement de l’agriculture biologique en France, Carrefour se positionne en véritable partenaire auprès des acteurs des filières pour co-construire ensemble l’agriculture bio de demain.

 

En 2017, Carrefour lance un programme de développement de l’agriculture biologique en collaboration avec les agriculteurs. Ce plan a pour ambition de permettre à des centaines d’agriculteurs de se convertir à la bio à l’horizon 2020.

 

Plus ça sera sain, plus ça sera bon et au bon prix, plus vous serez exigeants et plus les autres distributeurs suivront. Quand la qualité alimentaire progresse, le monde va mieux et vous aussi. »

 

Superbe photomontage ! Un personnage qui porte une caisse de tomates dans un champ – sans nul doute planté pour la photo – avec des rangées alternées de salades.

 

Au-delà du blabla ronflant (et gonflant), quels engagements ? C'est de toute manière sous le titre : « Pour une offre bio toujours plus accessible ». Chacun comprendra le sens de « plus accessible ».

 

On peut éplucher les autres rubriques de ce bric-à-brac de bien-pensance et d'enfumage. C'est beaucoup de bruit pour rien ou pas grand chose. On ne s'en plaindra pas. Imaginez une agriculture contrainte par des cahiers des charges fondés par exemple sur ceci :

 

« Si un animal tombe malade, des solutions alternatives aux traitements antibiotiques existent. Elles sont dans la plupart des cas très efficaces. On peut par exemple utiliser des huiles essentielles, de l'homéopathie, des vitamines ou des oligo-éléments, qui vont soit agir sur l'infection, soit renforcer les capacités de l'animal à mieux se défendre. »

 

Les enfants sont bien sûr instrumentalisés...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

...les abeilles aussi.

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Nicolas 24/02/2017 14:31

J'avoue ne pas comprendre le sens profond de cet article... Carrefour fait de la pub ? Carrefour à le sens du timing ? Carrefour met en avant son engagement écologique ? En fin de compte Carrefour est une entreprise qui manie l'art de la communication et c'est bien comme ça que fonctionne le monde. Qu'est-ce qui vous étonne encore là-dedans ?

Alors oui, il y a ce "20 000 agriculteurs qui produisent mieux avec nous" et que vous comparez au "28.884 « producteurs engagés » en 2015 ". C'est vrai que ça n'a pas l'air très réaliste ni très cohérent pour Carrefour de revendiqué "les deux tiers des exploitations en bio", comme vous dites. Mais à vrai dire je ne lis pas la même chose que vous.

Dans sa pub, Carrefour fait la liste de tout ses engagements depuis 1992 et finit par 2017 et son programme de développement de l'agriculture bio. Mais c'est l'ensemble des engagements pris par la marque, et pas seulement le dernier d'entre eux, qui fonde selon Carrefour l'adhésion de ces "20 000 agriculteurs". Ils ne sautent pas de ligne, volontairement ou non, mais utilise bien ces mots "tout cela fait que". Et "tout cela" ne peut pas référer qu'à un seul exemple. Donc les "20 000 agriculteurs" ne sont sans aucun doutes pas tous bios comme vous semblez l'avoir cru.

Donc en fait, oui, c'est vrai, Carrefour fait de la pub pour son enseigne. Nous voilà bien avancé :)

Seppi 27/02/2017 18:48

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il me semble que le sens profond de cet article est indiqué dès le sous-titre : « Coïncidence ou connivence ? »

Je repose les prémisses : Greenpeace publie le jeudi 16 février. Le Monde publie les doubles-pages dans le numéro daté du mardi 21 février. La thèse de la coïncidence ne peut pas être exclue... mais tout de même.

Le deuxième sens profond est aussi évident. Vous écrivez :

« En fin de compte Carrefour est une entreprise qui manie l'art de la communication et c'est bien comme ça que fonctionne le monde. Qu'est-ce qui vous étonne encore là-dedans ? »

Ce n'est pas vraiment la question. Sans avoir la prétention de vouloir changer le fonctionnement du monde, j'estime nécessaire de dénoncer un art de la communication qui relève de la désinformation.

Enfin votre raisonnement est alléchant. Mais pour qu'il ait de la tenue, il aurait fallu que les phrases soient séparées en paragraphes.

Il y a encore une poire pour la soif :

« En 1994, nous avons supprimé les farines animales... » – avec un astérisque pour préciser qu'il s'agissait de la (seule) « Filière Qualité Carrefour ». En France, les farines animales ont été interdites dans l'alimentation des bovins en... juillet 1990 (dans l'UE le... 27 janvier 1994).