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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Intégrité scientifique et conflits d’intérêt : La grande confusion » par M. Philippe Stoop sur Forumphyto

1 Février 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Politique

« Intégrité scientifique et conflits d’intérêt : La grande confusion » par M. Philippe Stoop sur Forumphyto

 

Glané sur la toile 121

 

 

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Évolution du nombre de publications scientifiques annuelles dans le domaine du biomédical, et du nombre de publications rétractées suite à la découverte d’une fraude ou d’une erreur (Klein et Yzerbit 2016)

 

 

Un rapport qui pose problème

 

Le mercredi 29 juin 2016, M. Pierre Corvol, professeur honoraire au Collège de France, a remis à M. Thierry Mandon, Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, son rapport « Bilan et propositions de mise en œuvre de la charte nationale d’intégrité scientifique ».

 

Le mercredi 14 décembre 2016, M. Thierry Mandon recevait les propositions faites par Pierre Corvol pour mettre en œuvre les conclusions de son rapport. Pas de quoi jubiler :

 

  • Création d'un Office français de l'intégrité scientifique (OFIS) intégré au Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (H.C.E.R.E.S.)

     

  • Publication d'une circulaire demandant que tous les établissements appliquent les recommandations établies par le rapport, et respectent la charte de déontologie des métiers de la recherche

     

  • Mise en place par l'A.N.R. d'un dispositif permettant de s'assurer du respect de la charte auprès des établissements recevant des financements de sa part

     

  • Organisation d'une conférence au début de l'année 2017 (conférence destinée à devenir annuelle) réunissant l'OFIS, tous les établissements signataires et le groupe de travail de Pierre Corvol.

 

À cette occasion, M. Mandon a été l'auteur d'un remarquable euphémisme :

 

« Thierry Mandon a rappelé l'importance de l'intégrité scientifique à l'heure où "le risque du doute et du scepticisme n'est pas loin" et où "seule l'explication permanente de la science et la confiance envers les chercheurs légitiment l'engagement durable de la Nation". »

 

M. Stoop a été très critique sur le rapport de M. Corvol s'agissant plus particulièrement de la question des conflits d'intérêts. Ceux-ci sont abordés de manière fort curieuse dans le rapport sous « Les différents types de manquement à l’intégrité scientifique ». On lit en effet, après « Fabrication, falsification des résultats et plagiat (FFP) » et « Les pratiques questionnables de recherche (PQR) » :

 

« Les conflits d’intérêt

 

Un conflit d’intérêt peut se produire essentiellement lors de deux circonstances : l’évaluation d’une demande de contrat ou la revue d’un article soumis pour publication. La déclaration systématique des liens d’intérêt est devenue de plus en plus fréquente et est souvent exigée. »

 

Ainsi, par construction et par principe, et sans qu'il faille aller plus loin dans l'analyse, le « conflit d'intérêts » serait un manquement à l'intégrité scientifique.

 

M. Stoop vient de produire un nouvel article dont la lecture est vivement recommandée : « Intégrité scientifique et conflits d’intérêt : La grande confusion ». Voici le début du résumé :

 

« Les grands organismes de recherche publique français ont lancé un plan de défense de l’intégrité scientifique, suite au rapport Corvol remis en juin 2016 au Secrétaire d’Etat en charge de la recherche. Cette initiative est louable et nécessaire, car de nombreux scientifiques dénoncent des dérives croissantes dans la qualité et l’intégrité des publications scientifiques. Toutefois, ce travail risque de manquer une partie de sa cible, et de se prêter à des détournements militants, à cause de deux imprécisions majeures du rapport Corvol :

 

  • Un paragraphe très ambigu sur les conflits d’intérêt

  • Une définition trop restrictive des manquements à l’intégrité scientifique, qui ne prend pas en compte la conception de protocoles expérimentaux biaisés pour favoriser les hypothèses des auteurs.

 

Si ces ambiguïtés du rapport Corvol ne sont pas éclaircies au moment de sa mise en application, il est à craindre que ce travail sur l’intégrité scientifique manque donc une grande partie de sa cible ».

 

Nous ne pouvons que partager le souci de M. Stoop.

 

 

!

Bad Science: Cause and Consequence.

Elliott S.

Abstract

Scientific progress is dependent on accumulation of quality data with appropriate data analysis. Unfortunately, there are a troubling number of accounts describing an inability to replicate published work. Some explanations are lack of access to proprietary reagents and equipment, or lack of expertise and know how. However, it is clear that there are many publications that are fatally flawed, and it is difficult to ascertain which ones they are, but there are clues. Many articles are improperly controlled, resulting in false-positive or -negative results. Reagents and procedures are used without verifying their specificity. There is also confirmation bias, a tendency to seek and find conclusions that we like, which is exacerbated by faithful acceptance by readers of the publication record without assessment of merit. These and other issues have slowed progress, resulted in waste of scarce funds, and even put patients at risk when clinical decisions are made according to flawed data. Solving these and related problems requires recognition of the problem and better training. We also need to take personal responsibility for not only our own work, but also for the accuracy of information in the scientific domain.
 

 

À l'intégrité scientifique doit faire suite l'intégrité médiatique

 

Mais ce rapport présente une autre lacune grave : rien n'est dit sur les relations avec les médias et sur les activités de nature socio-politique. Nous voulons une science intègre, mais il nous faut encore plus une science qui soit médiatisée avec intégrité.

 

La Charte Nationale de Déontologie des Métiers de la Recherche énonce :

 

« La liberté d'expression et d'opinion s'applique dans le cadre légal de la fonction publique, avec une obligation de réserve, de confidentialité, de neutralité et de transparence des liens d'intérêt. Le chercheur exprimera à chaque occasion à quel titre, personnel ou institutionnel, il intervient et distinguera ce qui appartient au domaine de son expertise scientifique et ce qui est fondé sur des convictions personnelles.

 

La communication sur les réseaux sociaux doit obéir aux mêmes règles. »

 

Cela est notoirement insuffisant comme en témoignent les analyses que nous avons faites sur ce site – et que d'autres ont faites sur les leurs – de la communication qui a suivi la publication d'un article scientifique ou, plus souvent, alterscientifique. La Charte prévoit certes :

 

« Les conclusions doivent être fondées sur une analyse critique des résultats et les applications possibles ne doivent pas être amplifiées de manière injustifiée. Les résultats doivent être communiqués dans leur totalité de manière objective et honnête. »

 

Mais cela concerne l'article scientifique, pas l'exploitation qui en est faite par la suite par ses auteurs ou par le service de presse de leur institution.

 

Lorsque M. Mandon évoque « le risque du doute et du scepticisme [qui] n'est pas loin », il s'agit souvent, bien davantage, de l'instrumentalisation de la recherche que de la recherche elle-même.

 

Et les manquements à la plus élémentaire honnêteté appellent à notre sens des dispositions relatives aux mises au point ; voire aux sanctions, ou plutôt à leur application.

 

Afficher l'image d'origine Le 2 octobre 2012, le Comets (Comité d'éthique du CNRS) avait réagi « au traitement médiatique accordé à l’étude publiée par M. Séralini et son équipe dans Food and Chemical Toxicology, le 19 septembre 2012 » :

 

« Le COMETS considère que la déontologie préconisée pour les controverses sur le changement climatique s’applique également pour celles sur les OGM. Dans le cas présent il regrette que les chercheurs concernés aient fait le choix d’une communication inadaptée à la qualité et à l’objectivité du débat public. Il recommande aux chercheurs engagés dans des sujets sensibles, soumis à un questionnement et à des pressions sociétales, d’adopter une attitude responsable et de faire preuve de vigilance lors de l’organisation de la communication de leurs résultats en direction du public dans les média. »

 

Dans cette déontologie, le Comets avait estimé :

 

« Porter un débat scientifique devant un public qui ne dispose pas des éléments techniques pour se construire une opinion éclairée est source de confusion. En aucun cas l’objectif d’amener le débat dans l’arène publique ne peut être de jeter le discrédit sur les contradicteurs ou leurs points de vue. »

 

Application pratique dans le cas récent de « Conflicts of Interest in GM Bt Crop Efficacy and Durability Studies » de Thomas Guillemaud, Éric Lombaert et Denis Bourguet ? Rappel (c'est dans 24 heures) :

 

« "En soi, ce type de financement n’a rien d’illégal, rappelle Thomas Guillemaud, directeur de recherche à l’institut Sophia Agrobiotec et principal auteur de l’étude. Le problème, c’est que cette pratique semble avoir une influence sur les recherches concernées.»

 

 

Un dispositif de veille, d'alerte et de réponse sur l'intégrité scientifique dans les médias ?

 

Afficher l'image d'origine Le 19 octobre 2012, les Académies Nationales d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire avaient pris une position commune, à notre connaissance inédite, sur la fameuse étude sur les rats. Parmi les critiques acerbes :

 

« L’orchestration de la notoriété d’un scientifique ou d’une équipe constitue une faute grave lorsqu’elle concourt à répandre auprès du grand public des peurs ne reposant sur aucune conclusion établie. […] »

 

Les Académies avaient aussi formulé une proposition :

 

 

Afficher l'image d'origine

 

« Pour limiter de telles dérives, les six Académies recommandent la création auprès du Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel d’un "Haut comité de la science et de la technologie". La mission de ce Haut comité serait d’attirer l’attention du Président du CSA sur la médiatisation de travaux scientifiques remettant en cause des savoirs partagés par la très grande majorité de la communauté scientifique internationale sans que les responsables de chaînes de télévision ou de radios se soient auparavant assurés de leur validité, alors que la diffusion de ce qui pourrait s’avérer par la suite comme "une fausse nouvelle" aura profondément et indûment influencé les Français, parfois de manière irréversible. Ce Comité qui dans le cas le plus fréquent ne pourrait fonctionner qu’a posteriori, devrait être très réactif dans la mesure où les problèmes qu’il aurait à analyser nécessitent souvent des réponses rapides. »

 

Afficher l'image d'origine Nous ne sommes pas convaincus qu'un « haut comité » soit une réponse efficace aux dérives médiatiques – en particulier quand on sait la mollesse de la réaction du CSA à ce délirant Cash Investigation sur « Industrie agroalimentaire : business contre santé » construit d'entrée sur une affirmation manifestement fausse. Mais si l'on veut instituer un « Office français de l'intégrité scientifique », la création d'un organisme consultatif sur les dérives des médias en matière de science et de technologie vaut d'être considérée.

 

Toutefois, il serait bon de commencer par le commencement : dans le cas des médias audiovisuels, les rationalistes devraient peut-être dénoncer systématiquement les dérives charlatanesques.

 

En cinq ans, 46 plagiats, 5 cas de fabrications des données et 22 falsifications ont été comptabilisés dans la recherche en France. La remise du rapport de M. Corvol à M. Mandon n'avait guère intéressé, dans les médias généralistes, que La Croix et Ouest-France (dont nous reprenons l'illustration), alors que la France avait été secouée à partir de septembre 2012 par un extraordinaire scandale. Il y a aussi le Monde, mais Sciences, pas cette rubrique Planète si prompte à mettre en cause les chercheurs dont les travaux ne correspondent pas à la ligne éditoriale. Un recensement, « approximatif et partiel » partant de 2010, avait pourtant donné 46 plagiats, 22 falsifications, 2 fabrications, 6 conflits d’intérêts et 51 conflits sur les ­signatures des articles.

 

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Herrbach 01/02/2017 14:12

En ce moment, c'est aussi : "Intégrité POLITIQUE et conflits d’intérêt : La grande confusion"
Au-delà de la boutade, ça en dit long sur la (controversée) "ère post-vérité".
Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%88re_post-v%C3%A9rit%C3%A9