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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (19) un gabarit pour les annonces d'Apocalypse

2 Janvier 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Activisme

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (19) un gabarit pour les annonces d'Apocalypse

 

Schillipaeppa*

 

 

 

Imaginez, c'est bientôt Noël et ils sont à votre porte : ces gens sont avenants, généreux et prêts à faire un bon travail. Ils gèrent une organisation qui vit de dons – que feraient-ils maintenant ? Probablement attirer l'attention sur leur organisation. Comment fait-on cela aujourd'hui – avec la nécessaire efficacité médiatique ? Le top, c'est un message qui suscite des émotions, mieux encore l'anxiété, car c'est un sentiment très fort.

 

Comme les analyses des substances chimiques sont devenues très sensibles, vous pouvez prouver la présence de tout ce que vous voulez ou presque à des concentrations de l'ordre du nanogramme dans les denrées alimentaires. Le saumon en filet ou fumé est très populaire à Noël... voilà qui pourrait attirer l'attention. Et puis prenons une substance qui avait une fois une autorisation comme pesticide... nous pouvons donc écrire « pesticide » ou « substance toxique détectée dans tel ou tel aliment » – c'est quelque chose que la revue BILD imprime à coup sûr – et voilà notre annonce angoissante pour Noël, une annonce avec laquelle nous pouvons nous rappeler au bon souvenir du public.

 

Sitôt dit, sitôt fait : Greenpeace a titré la dernière semaine : « éthoxyquine : un pesticide interdit dans le poisson » [ma note : l'article a été mis en ligne le 19 décembre 2016]. L'organisation écologiste écrit :

 

« Greenpeace a analysé des poissons mis sur les marchés allemands – et a trouvé des résidus de pesticides préoccupants dans plus de la moitié d'entre eux. Comment un produit de protection des plantes finit-il dans le saumon ?

 

Le principe de précaution tel qu'il est pratiqué en Europe est un pilier de la protection des consommateurs : si on ne sait pas si une chose a des effets nocifs sur la population, c'en est fini de l'approbation. C'est ce qui est arrivé à l'éthoxyquine. Parce que la Commission européenne avait des objections, le pesticides a été retiré du marché dans l'Union européenne en 2011 – il reste cependant autorisé comme additif alimentaire. »

 

 

Capture d'écran d'une recherche sur Google News : les médias font la com' pour Greenpeace

 

 

Dans la décision pertinente de la Commission européenne, les préoccupations sont les suivantes :

 

« Un certain nombre de sujets de préoccupation ont été recensés au cours de l’évaluation de cette substance active. En particulier, il n’a pas été possible de procéder à une évaluation fiable de l’exposition des consommateurs, des opérateurs et des travailleurs, en raison de données toxicologiques limitées, jugées insuffisantes pour la fixation de la dose journalière admissible (DJA), de la dose aiguë de référence (DARf) ou d’un niveau acceptable d’exposition de l’opérateur (NAEO). De plus, les données communiquées, trop lacunaires, ne permettaient pas d’établir une définition des résidus pour l’éthoxyquine et ses métabolites. Elles ne permettaient pas non plus de tirer des conclusions quant au potentiel génotoxique et à l’écotoxicité d’une impureté dans les spécifications techniques – dénommée «impureté 7» pour des raisons de confidentialité –, ni de réaliser une évaluation complète des risques pour l’environnement et les organismes non ciblés. Il a donc été impossible, sur la base des informations disponibles, de conclure que l’éthoxyquine satisfaisait aux critères fixés pour l’inscription à l’annexe I de la directive 91/414/CEE. »

 

Il ne s'agissait donc pas d'un soupçon de nocivité de la substance pour les humains et l'environnement, mais du fait que le dossier présenté par le demandeur n'était pas suffisamment complet pour que le processus d'approbation ait pu aboutir. Une substance qui n'a pas été approuvée en tant que produit phytopharmaceutique ne peut pas être utilisée en tant que produit phytopharmaceutique. La formulation utilisée par Greenpeace, « pesticide interdit », est donc trompeuse, car l'éthoxyquine n'a pas été expressément interdite. Au contraire, l'éthoxyquine est autorisée comme conservateur pour l'alimentation animale.

 

Pour donner de la vigueur à son titre, Greenpeace affirme catégoriquement que la limite maximale pour la viande est largement dépassée dans divers produits. Mais en fait, il n'est pas clair que cette limite pour la viande soit vraiment applicable ici. L'Office d'analyses chimiques et vétérinaires de Fribourg a fait rapport en 2015 sur ses résultats quant à la présence d'éthoxyquine dans le saumon et a écrit sur l'appréciation juridique des résultats :

 

« Une analyse juridique des résultats relatifs à l'éthoxyquine est très difficile pour les autorités de surveillance. L'éthoxyquine n'est pas approuvée comme additif pour l'alimentation humaine. En tant que pesticide, l'éthoxyquine est soumise au règlement (CE) no. 396/2005. Toutefois, le poisson ne figure pas dans ce règlement en tant que matrice, de sorte que le règlement national sur les quantités maximales de résidus (RHmV) s'applique, avec un niveau maximal général de 0,01 mg/kg.

 

Parce que l'éthoxyquine fait l'objet d'une autorisation en tant qu'additif pour l'alimentation animale avec un niveau maximal de résidus de 150 mg/kg, le RHmV n'est pas applicable dans ce cas. Le RHmV ne prévoit rien sur les résidus dans les aliments résultant d'une utilisation autorisée d'une telle substance dans l'alimentation animale. Un niveau maximal de résidus juridiquement contraignant n'est donc pas dérivable pour l'éthoxyquine. L'autorisation en tant qu'additif alimentaire est actuellement examinée par l'EFSA»

 

Le règlement auquel Greenpeace fait référence concerne les résidus de pesticides ; mais comme l'éthoxyquine n'est plus autorisée en tant que pesticide, mais l'est en tant qu'additif alimentaire, il n'est pas certain que le tableau figurant dans ce règlement soit applicable ici.

 

La Commission japonaise de la sécurité alimentaire (FSCJ – Food Safety Commission of Japan) a fixé pour l'éthoxyquine une DJA (« dose journalière admissible ») de 0,0083 mg par kilogramme de poids corporel et par jour :

 

« En conséquence, la FSCJ a fixé la DJA pour l'éthoxyquine à 0,0083 mg/kg de poids corporel/jour, sur la base de cette LOAEL et en appliquant un facteur de sécurité de 300 (10 pour la différence entre espèces, 10 pour la différence entre individus et 3 pour la valeur de la LOAEL adoptée). »

 

Si l'on prend cette valeur, une personne de 80 kg devrait manger quotidiennement plus de six barquettes du produit le plus chargé en résidus dans le test de Greenpeace, et ce, pour simplement parvenir à la zone de danger pour la santé.

 

 

 

 

La JMPR (Réunion conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides) a fixé en 2005 une DJA un peu plus stricte de 0,005 mg/kg/jour. Ce serait encore plus de trois barquettes et demie du produit le plus chargé en résidus à ingurgiter pour la personne de 80 kg. Il faut ajouter que les DJA sont fondées sur l'hypothèse d'une exposition permanente, quotidienne. Ne vous inquiétez donc pas si jamais vous mangez une barquette entière de saumon fumé à Noël.

 

L'Office d'analyses chimiques et vétérinaires de Fribourg avait déjà publié en 2005 et 2008 des données sur les résidus d'éthoxyquine dans le saumon et la truite. Cet été, le magazine de l'ARD « plusminus » a diffusé un reportage sur l'éthoxyquine dans le saumon d'élevage. Cela semble donc être un « scandale alimentaire » qui peut être reproduit à volonté.

 

Dans ce contexte, la déclaration suivante de Greenpeace est aussi intéressante :

 

« Selon les toxicologues, l'ingestion d'éthoxyquine aux doses de résidus observées jusqu'à présent n'induit certes pas de risque aigu pour la santé. Cependant, il n'y a pas d'études sur les effets à long terme. Ce que l'éthoxyquine fait en fin de compte dans le corps humain n'a pas été entièrement étudié. »

 

Pour quel ingrédient d'aliments peut-on dire qu'il a été « entièrement étudié » ? D'aucun ! Parce qu'il est impossible de prouver une sécurité à 100 pour cent pour une substance.

 

 

Liens :

 

Ist Zuchtlachs wirklich eine Giftquelle? (le saumon d'élevage est-il vraiment une source de poisons ?)

 

GREENPEACE BASTELT EINE KAMPAGNE – UND ALLE MACHEN MIT (Greenpeace bricole une campagne – et ils suivent tous)

 

Unseren täglichen Glyphosat-Skandal gib uns heute – Pflanzenschutzmittel im Bier als Lobby-Waffe (Donne-nous notre scandale quotidien du glyphosate – les pesticides dans la bière, arme des lobbies)

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/12/14/postfaktischer-adventskalender-teil-15-genome-editing/

 

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