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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Thalassa, 60 Millions : le scandale du saumon « bio »

17 Janvier 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #critique de l'information, #Santé publique, #AGM

Thalassa, 60 Millions : le scandale du saumon « bio »

 

 

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Le scandale, à notre sens, tient d'une part dans le dénigrement injustifié du saumon « bio ». On a trouvé – dans quatre échantillons de pavés et pas un de plus – des traces de produits indésirables, sans incidence pour la santé des consommateurs... on en a fait une opération de marketing pour vendre de l'audience et du papier.

 

Non, le saumon « bio » n'est pas « toxique » comme certains journaux ont osé l'écrire, qui plus est en titre.

 

Le scandale, à notre sens, tient aussi dans l'aveuglement de la filière « bio » et son déni de réalité.

 

Et Thalassa a mis en ligne, à titre d'aguiche pour sa soirée du 25 novembre 2016, une vidéo sur le saumon transgénique d'AquaBounty sans égard pour le fait que le reportage était complètement dépassé.

 

 

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Commentaire sous la vidéo de Thalassa : « Protégé du froid, ou capable de grossir de 40 kg en 6 mois, le saumon transgénique est déjà là. Mais cet ultime pas dans la sélection du poisson doit-il être franchi ? Entres les éleveurs écossais et canadiens, de chaque côté de l'Atlantique, le débat fait rage. »

Repris sans discernement d'un éleveur écossais très attaché à son saumon « naturel » et donc intéressé par un dénigrement du transgénique !

 

 

 

Fin novembre 2016, Thalassa et 60 Millions de Consommateurs se sont associés pour nous entretenir du saumon. C'était de saison, à l'approche des Fêtes.

 

Thalassa a produit un reportage télévisuel que l'on peut retrouver sur Youtube (« Planète saumon, enquête sur le poisson préféré des Français », le document complet de près de deux heures ; « Les secrets du saumon d'élevage », un extrait de 48 minutes, qui nous intéresse plus particulièrement ici ; « FacebookLive Thalassa spécial Saumon », 25 minutes de débats entre gens fondamentalement de même obédience).

 

60 Millions, derrière une couverture putassière, « Arsenic, mercure, pesticides... Saumon – Carton rouge pour le bio » a produit un dossier avec deux articles, « Tout n'est pas rose dans le saumon » et « L'alimentation pointée du doigt », dans son numéro de décembre 2016.

 

 

Thalassa, où est la déontologie, le respect de l'internaute ?

 

Pour attirer le chaland, Thalassa a notamment mis en ligne le 22 novembre 2016, avant sa soirée télévisuelle, « FRANKENFISH, le saumon transgénique ». Mais de saumon transgénique, il n'en fut pas question dans son émission du 25 novembre 2016...

 

 

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Le pire est toutefois que cette séquence date en quelque sorte de Mathusalem et qu'il n'y a strictement aucune indication de date qui permette à l'internaute de mettre les choses en perspective ; de même, des personnages canadiens sont interviewés – avec un discours anxiogène – sans que l'on sache précisément de qui il s'agit et de quelle crédibilité ils jouissent (ou plutôt jouissaient).

 

Au détour de la vidéo, on arrive à repérer une lettre datant du 30 septembre... 1999 ! M. Bernard Chevassus-au-Louis est aussi interrogé et on se réfère à lui comme vice-président de la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB). Cette entité a fonctionné de 1986 à 2008 (elle fut dissoute par un gouvernement, ou plutôt un omni-président, mécontent de ses avis n'allant pas suffisamment dans le sens de l'« opinion publique »). M. Chevassus-au-Louis en a apparemment démissionné en 2003. Cela donne donc une idée de la date de ce reportage.

 

 

 

 

Le problème est dès lors que les informations données dans ce reportage sont largement obsolètes et que l'internaute est induit en erreur. C'est particulièrement grave car l'internaute est invité à penser que le saumon transgénique d'AquaBounty est toujours au milieu de nulle part, alors qu'il a été autorisé à la consommation par la Food and Drug Administration le 19 novembre 2015, et par Santé Canada et l'Agence canadienne d'inspection des aliments, le 19 mai 2016.

 

« Santé Canada (SC) et l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) ont terminé des examens scientifiques approfondis et rigoureux du saumon AquAdvantage (un saumon génétiquement modifié [GM]) approuvé pour utilisation dans l'alimentation humaine et animale et ils ont déterminé qu'il est aussi sain et nutritif pour les humains et le bétail que le saumon classique. Ces examens constituaient les dernières évaluations scientifiques par le gouvernement du Canada nécessaires pour permettre la vente du saumon AquAdvantage au Canada. »

 

 

 

Thalassa, pourquoi ce commentaire hystérique ?

 

La soirée Thalassa a été fort instructive, avec des reportages qui font honneur à la chaîne de télévision. Mais le commentaire relatif au saumon d'élevage aurait gagné à être plus mesuré et, surtout, plus objectif. Il était inutile de taxer une écloserie d'« usine », d'« univers de biotechnologie ultraprotégé, aseptisé », dans lequel « les bébés saumons naissent par fécondation in vitro » (à partir de 10:00 sur la vidéo courte). Fécondation in vitro ? Les œufs sont dans un seau, on ajoute la laitance du mâle et on brasse... L'écloserie, c'est peut-être une « nurserie à l'échelle industrielle » par l'ampleur des opérations, mais les techniques utilisées ne sont guère différentes de celles que l'on peut trouver ailleurs dans des piscicultures.

 

 

Des chiffres de Marine Harvest.

 

Marine Harvest produit 70 millions de jeunes saumons dans ses 20 écloseries (11:15) ? Le ton du commentaire nous invite à croire que c'est soit un prodige, soit du productivisme... la pisciculture domaniale de Rives (Thonon-les-Bains) peut traiter 35 millions d’œufs et en faire grossir plus de 2 millions. En 2013, elle a déversé dans le Léman 9 millions d'alevins de féra, 430 000 estivaux d'ombles chevalier, et 254 000 estivaux de truites lacustres.

 

On a bien sûr droit à l'inévitable couplet sur les « insecticides » utilisés pour lutter contre les poux de mer :

 

« Y a-t-il encore un risque de retrouver toutes ces substances dans la chair des poissons que l'on consomme ? Les Norvégiens nous affirment que non. »

 

Dit comme cela, comment faut-il interpréter ce commentaire (à 14:25) ? Nous pensons qu'il y a là une marque de suspicion, une mise en doute qui pouvait pourtant être levée... par les analyses faites pour, essentiellement, 60 Millions ; or ils n'ont pas trouvé de résidus de médicaments vétérinaires dans le saumon norvégien. On peut de même s'interroger sur le sens à donner à (16:10) :

 

« En jouant la transparence sur leurs pratiques, les Norvégiens se veulent rassurants : leurs saumons seraient selon eux parfaitement bons pour la santé... »

 

La chute est sans appel :

 

« Nous les quittons relativement convaincus, mais restons prudents..., l'analyse de leurs saumons est toujours en cours. »

 

Ben oui... des journalistes affligés de préjugés ne peuvent pas être libérés de leurs préjugés. Il est pour le moins difficile de croire que les analyses étaient encore en cours au moment de la diffusion de l'émission et qu'il n'a pas été possible d'informer les téléspectateurs par un moyen ou un autre sur les résultats.

 

Nous ne dirons pas que le reportage – ou plutôt le commentaire – est malhonnête. Mais il est certainement tendancieux.

 

En fait, la séquence sur le saumon « bio » d'Irlande est pire.

 

 

Marine Harvest salmon farm

 

 

60 Millions : les consommateurs ont droit à la transparence

 

Expliquons-le sur la base des articles de 60 Millions. Il y est dit :

 

« ...les saumons bio, particulièrement les frais, sont plus contaminés que les conventionnels. »

 

Mais rassurons-nous : aucun seuil toxicologique n'est dépassé... ce qui n'a pas empêché l'ignoble « carton rouge » de la couverture.

 

Résumons : 60 Millions fait analyser 10 échantillons de pavés frais, a priori uniques ou, s'il a fallu acheter plus d'un paquet pour obtenir le poids d'échantillon désiré, constitués de saumons du même lot. Les saumons conventionnels récoltent des notations en majorité à trois « plus » ; pour les « bio », c'est un cocktail de « plus » (acceptable) et de « moins » (insuffisant), voire deux « moins » (très insuffisant), avec des « trois plus » (très bon) pour les médicaments vétérinaires pour trois échantillons sur quatre. Les résultats sur les saumons fumés sont meilleurs et plus homogènes.

 

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On peut légitimement s'inquiéter devant la mise en cause de toute une filière – ici celle du saumon « bio » – sur la base de l'analyse de quatre échantillons.

 

On peut légitimement s'inquiéter devant la mise en cause de toute une filière – ici celle du saumon « bio » – sur la base de résultats indiqués sous forme de pictogrammes, sans aucune valeur numérique ni aucune référence permettant les comparaisons et mises en perspective.

 

Enfin, presque. Selon le commentaire dans le texte :

 

« Concernant le mercure, que l'on se rassure : les teneurs retrouvées restent bien en deçà de la limite réglementaire (0,5 mg/kg de poisson frais), le maximum étant atteint avec la référence Olsen (0,05 mg/kg). »

 

Le « carton rouge » de la couverture est donc, dans ce cas, infligé pour une présence de mercure – difficilement évitable – au dixième de la limite légale.

 

Nous pensons pour notre part que ce carton rouge doit être infligé à 60 Millions. Le dossier n'a pas été conçu pour informer les consommateurs, mais pour vendre... une opération de marketing que 60 Millions se devrait de dénoncer si la revue était fidèle à ses objectifs...

 

 

60 Millions : les consommateurs ont droit à l'honnêteté

 

Mais ce n'est pas tout.

 

La présence de « pesticides » dans les saumons « bio » a dû choquer la rédaction et heurter des convictions bien accrochées. La stratégie éditoriale – en dire juste assez pour attirer le chaland, mais ne pas trop tout de même car il s'agit de « bio », tout en se répandant en supputations et conjectures sur l'origine des pesticides – est pathétique. Oh, il a fallu juste un petit effort pour refiler le mistigri :

 

« Autrement dit, la présence de pesticides, comme des autres polluants d'ailleurs, tient aux filières d'approvisionnement. »

 

 

 

 

Comme une grande partie de la nourriture est d'origine végétale, il est facile d'incriminer... les agriculteurs. Mais cette nourriture devrait venir de la vertueuse agriculture « bio »... On tourne en rond !

 

On apprend tout de même qu'il y avait quatre pesticides, à des doses dont on a dit qu'elles étaient plutôt élevées, parce qu'on les a comparées avec les valeurs limites établies pour... le lait. Pourquoi le lait ? Parce que c'est « le produit d'origine animale présentant les plus faibles limites ». Curieuse sélection : si bien des consommateurs boivent du lait régulièrement, ils ne mangent pas du saumon tous les jours...

 

60 Millions écrit par ailleurs :

 

« Le label bio garantit l'achat d'un produit à l'impact minime sur l'environnement et la santé, et pour lequel l'usage de produits chimiques est limité. »

 

Comme c'est artistiquement formulé ! En fait, le cas du saumon illustre la vanité de ces prétentions maintes dois répétées et devenues un article de foi. S'agissant de l'impact environnemental, on peut en effet émettre de sérieux doutes car le cahier des charges du « bio » – fort emberlificoté – prévoit une proportion de nourriture à base de poissons plus importante que ce qui est pratiqué dans le conventionnel... donc davantage de prélèvements par pêche minotière. Et comme on recherche des poissons peu contaminés, c'est une pêche qui se pratique aussi dans le Pacifique... empreinte carbone non négligeable...

 

 

 

 

Comment résumer le « FacebookLive Thalassa spécial Saumon » ? Peut-être comme ceci : le saumon « bio » est plus « contaminé » parce que les règles du « bio » imposent des pratiques qui se traduisent nécessairement par une « contamination ». Nous mettons des guillemets ici à « contaminé » et « contamination » parce que nous estimons que ces vocables devraient être réservés aux situations dans lesquelles il y a des risques pour les consommateurs (risques, de surcroît, à considérer dans le cadre des facteurs de sécurité incorporés dans notre réglementation, extraordinairement protectrice, de sécurité des aliments).

 

 

Les contre-feux de l'Agence Bio

 

Le « scandale du saumon "bio" évoqué dans le titre de cet article est donc un scandale médiatique – et non alimentaire. Dans le festival de panurgisme qui s'en est ensuivi, nous retiendrons, en particulier, les lamentables prestations du Figaro – « Le saumon bio plus toxique que le non bio » – et de RTL – « Le saumon bio est plus toxique que le saumon conventionnel ».

 

Non, le saumon, même « bio », n'est pas toxique...

 

Mais il est une autre réaction consternante : celle de l'Agence Bio. Elle écrivait en effet, dès le 22 novembre 2016, donc dès avant la diffusion de Thalassa, « Saumon bio : une filière engagée pour la qualité ». C'est un florilège d'aveuglement idéologique :

 

« A quelques semaines des fêtes de fin d’année, les professionnels de la bio souhaitent rassurer les consommateurs sur la qualité des saumons bio, qui respectent le strict cahier des charges régissant ce mode de production ainsi que la réglementation générale en matière de qualité sanitaire. »

 

C'est sans doute trop exiger de ces gens que de leur demander de réfléchir aux conséquences inévitables de leur cahier des charges.

 

« ...En outre, les professionnels de la bio tiennent à souligner qu’ils sont les premières victimes de la pollution induite par les activités humaines contre laquelle ils luttent au quotidien.

 

Afin de respecter au plus près leur alimentation naturelle, les saumons bio sont nourris d’aliments bio et de poissons sauvages issus de pêches durables, qui peuvent être impactés par la pollution environnementale.

 

Les éleveurs de saumons bio n'en sont pas responsables : la préservation de l’environnement et la non-utilisation de produits chimiques de synthèse fait partie des fondements même du mode de production biologique ! »

 

Le reste est à l'avenant. Comment peut-on tenir cette rhétorique du « victimes et pas coupables » alors même que les produits conventionnels, en théorie plus exposés aux pollutions, se sont avérés moins – ou faut-il écrire : « pas » ? – pollués ?

 

 

P.S. : On lira avec intérêt : « Médias et désinformation: l'exemple du saumon » de M. Jean-François Narbonne.

 

Ajout du 27 janvier 2017 :

P.S.2 : Très intéressant :

http://chevrepensante.fr/2016/11/24/saumons-bio-respectent-les-normes/

 

 

 

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Charles 01/02/2017 07:40

Il est à la fois surprenant et intéressant de voir l'industrie bio subir le même genre d'attaque que sa cousine conventionnelle. Serait-on en train de préparer le terrain pour un prochain mythe alimentaire?

Seppi 01/02/2017 09:43

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

On peut effectivement se poser la question. Mais accordons à 60 Millions le crédit de l'honnêteté sur les constatations dont il est rendu compte essentiellement sous la forme absence/présence.

Toutefois, la réglementation européenne sur le « bio » est en cours de révision, et il y a des voix qui s'élèvent pour un durcissement. Il est donc tout à fait possible que ces résultats de 60 Millions soient instrumentalisés en ce sens.

S'agissant des couches pour bébés, celles avec des allégations écologiques ne s'en sortent pas bien non plus. Ce n'est certes qu'une coïncidence... mais de quoi monter une théorie.

PC 18/01/2017 12:05

Bonjour
merci pour votre site.
pour illustrer votre article, on peut aller sur le site de la chèvre pensante et son analyse médiatique de l'"affaire" des saumons bio versus mueslis.
http://chevrepensante.fr/2016/11/24/saumons-bio-respectent-les-normes/
Cordialement

Seppi 27/01/2017 14:33

Bonjour,

Merci pour ce lien. J'en ai fait un P.S.2.