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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mesnage, Séralini, Antoniou : c'est quoi, cette photo ?

10 Janvier 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Activisme, #Glyphosate (Roundup)

Mesnage, Séralini, Antoniou : c'est quoi, cette photo ?

 

 

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Et voici « Multiomics reveal non-alcoholic fatty liver disease in rats following chronic exposure to an ultra-low dose of Roundup herbicide » (la multiomique révèle une stéatose hépatique non alcoolique à la suite d'une exposition chronique à une dose ultra-faible d'herbicide Roundup), de Robin Mesnage, George Renney, Gilles-Éric Séralini, Malcolm Ward et Michael N. Antoniou, publié dans Scientific Reports.

 

On ne sort pas des sentiers battus : pêche aux différences statistiquement significatives, décrétées par principe idéologique biologiquement significatives et, bien sûr, attribuées à l'effet toxique de la bête noire du moment, ici le Roundup.

 

Et, bien sûr aussi, le monde alter et anti s'est déjà emparé de l'étude – lire : le travail a été mâché.

 

Par pure coïncidence chronologique, un chercheur vient de découvrir une curieuse coïncidence photographique avec des légendes différentes.

 

 

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Une « étude » de plus...

 

À la suite de leur infâme étude sur les rats – « Long-term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize » (toxicité à long terme d'un herbicide Roundup et d'un maïs génétiquement modifié tolérant le Roundup) publiée en septembre 2012 dans Food and Chemical Toxicology, rétractée en novembre 2013, et republiée sous une forme modifiée essentiellement sur le plan cosmétique dans Environmental Sciences Europe en mars 2014 – les auteurs avaient annoncé d'autres études, à venir. Ainsi, dans Reporterre : « Celui-ci [l'article de 2012] devrait être suivi, si l’on comprend bien, d’autres articles détaillant les conditions de l’expérience » (c'est le journal qui écrit).

 

La dernière en date est « Multiomics reveal non-alcoholic fatty liver disease in rats following chronic exposure to an ultra-low dose of Roundup herbicide » (la multiomique révèle une stéatose hépatique non alcoolique à la suite d'une exposition chronique à une dose ultra-faible d'herbicide Roundup). C'est publié dans Scientific Reports, une sorte de seconde marque de Nature qui accepte des articles scientifiques pourvu qu'ils soient « scientifiquement valides et techniquement solides du point de vue de la méthodologie et de l'analyse ».

 

 

...qui ne sort pas des sentiers battus...

 

Défense de rire ! Car cet article pêche par les mêmes défauts que le précédent que nous avons évoqué ici (à propos d'« Évaluations des OGM : y a-t-il un journaliste dans l’avion ? » sur La théière cosmique) et ici : en bref, c'est une pêche aux différences statistiquement significatives, décrétées par principe idéologique biologiquement significatives et, bien sûr, attribuées à l'effet toxique de la bête noire du moment, ici le Roundup.

 

 

et est déjà diffusée par le monde alter et anti

 

Pour plus de détails, on peut se rabattre sur la littérature du monde alter et anti anglo-saxon, plus que prompte à tonitruer cette merveilleuse découverte ; en clair, « on » leur a fourni les éléments de langage. Par exemple « Groundbreaking Study Shows Roundup Herbicide Causes Liver Disease at Low Doses » (une étude d'avant-garde montre que l'herbicide Roundup cause des maladies du foie à faible dose).

 

« On », c'est en particulier M. Antoniou :

 

« M. Antoniou a déclaré lundi : "Les résultats de notre étude sont très inquiétants car ils démontrent pour la première fois un lien de causalité entre un niveau écologiquement pertinent de la consommation de Roundup à long terme et une maladie grave – à savoir la stéatose hépatique non alcoolique. Nos résultats suggèrent également que les organismes de réglementation devraient reconsidérer l'évaluation de la sécurité des herbicides à base de glyphosate.»

 

Il est vrai que cette étude d'avant-garde a aussi été financée par la Sustainable Food Alliance (USA), ses auteurs ayant, évidemment, déclaré une absence de conflits d'intérêts financiers... air connu...

 

 

Des conclusions péremptoires à partir de deux groupes de moins de dix rates chacun...

 

Voici le début et la fin du résumé, traduits par nos soins, sans intention de produire une prose meilleure que celle de l'original :

 

« La détérioration de la fonction hépatique par des doses d'herbicides à base de glyphosate (HBG) pertinentes pour l'environnement est encore une question discutée et non résolue. Précédemment, nous avons montré que des rats ayant reçu pendant 2 ans 0,1 ppb d'une formulation de HBG Roundup (une dilution de glyphosate équivalent à 50 ng/L ; 4 ng/kg de poids corporel/jour de prise quotidienne) ont montré des signes de lésions hépatiques accrus comme indiqué par anatomopathologie, changements biochimiques sanguins/urinaires et profilage transcriptomique. Ici, nous présentons une étude multiomique combinant des analyses de métabolome et protéome hépatiques pour obtenir plus de renseignements sur la pathologie induite par le Roundup. […] Dans l'ensemble, les perturbations du métabolome et du protéome ont montré un chevauchement important avec les biomarqueurs de la stéatose hépatique non alcoolique et sa progression vers la stéatohépatose et confirment ainsi le dysfonctionnement fonctionnel hépatique résultant de l'exposition chronique à une dose ultra-faible de HBG. »

 

Traduisons : à la suite de l'infâme étude, les foies des rates qui ont survécu jusqu'à deux ans environ (8 du groupe des témoins, 7 d'un groupe de traitements, mais nous n'en sommes pas sûrs) ont été congelés pour être analysés. Nous avons donc des affirmations péremptoires, d'une part, sur un nombre limité et insuffisant d'animaux et, d'autre part, sur des rates en fin de vie, sans nul doute affligées de maladies de vieillesse.

 

L'insuffisance de la taille des groupes a été signalée par de très nombreux commentateurs et, notamment, les institutions chargées de la sécurité sanitaire des aliments ou impliquées dans les procédures d'autorisation des OGM qui se sont penchées sur l'étude initiale (de 2012). Elle été reconnue – certes du bout des lèvres et avec des arguties consternantes – par les auteurs de l'étude initiale (voir par exemple ici). Il est dès lors encore plus consternant de voir que l'on continue à asséner des « conclusions » sur la base d'analyses sur des groupes aussi étriqués.

 

Il y a pourtant pire : les auteurs avaient à leur disposition deux autres groupes de femelles, auxquelles ont avait administré, respectivement, des doses censées représenter la LMR de certains aliments pour bétail et – excusez du peu – la moitié de la dose d'épandage. Ils avaient aussi les groupes de mâles à leur disposition. Il y avait donc de quoi vérifier, notamment, la relation dose-effet, un élément important du lien de causalité évoqué par M. Antoniou dans sa com'. Pourtant, les ont choisi de ne travailler que sur un seul groupe de femelles...

 

Graphique de mortalité de l'étude de 2012/2014. Les mâles ayant absorbé du Roundup à la demi-dose d'épandage (C et trait épais) se portaient mieux que les témoins (tireté).

 

 

Cela suffit à disqualifier cette étude.

 

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On peut ajouter que la conclusion de la conclusion est la suivante :

 

« Des études confirmatoires intégrant les principes de testage de l'endocrinologie devraient être réalisées pour étudier les implications potentielles de l'exposition à une faible dose de HGB dans le développement du syndrome métabolique. »

 

En clair, on est loin de l'affirmation péremptoire de M. Antoniou, citée plus haut, de la démonstration d'un lien de causalité.

 

 

Autres incongruités

 

On peut s'étonner d'autres incongruités.

 

On apprend ainsi dans la légende de la figure 1, relative aux triglycérides dans le plasma sanguin, que des prélèvements de sang ont été effectués à 1, 2, 3, 6, 9, 12, 15, 18, 21 et 24 mois de traitements. Pourquoi le graphique s'arrête-t-il à 21 mois ? Selon le texte, les animaux ont été euthanasiés comme suit (nous livrons ici le texte original :

 

« Control and Roundup-treated animals were respectively euthanized at 701+/− 62 and 635+/− 131 days. »

 

 

Pourquoi cet écart (et que signifie de « +/− ») ? Comment réconcilier cette affirmation avec le graphique de l'étude initiale sur la mortalité qui semble aller, au minimum, jusqu'à 680 jours ?

 

 

 

Qui boit du Roundup ? Oups ! Du WeatherMAX

 

Il n'y a pas que le scandale d'une « étude » partielle et sans nul doute partiale, ainsi que d'une com' manifestement abusive (ajoutons ici que le couplet sur l'évaluation de la sécurité des herbicides à base de glyphosate ne figure par dans l'article alter-scientifique).

 

En admettant que les résultats des différentes études successives aient une réelle signification – et ne soient pas dus au hasard compte tenu des effectifs ridicules des groupes de rats étudiés jusqu'à un âge très avancé – les auteurs n'auront étudié qu'une formulation de glyphosate, comportant des adjuvants qui ne sont pas anodins car il s'agit en partie de tensio-actifs.

 

En admettant... quelle est la substance à la base du lien de causalité ?

 

Qui boit du Roundup ? En fait, il n'y a – à notre connaissance du moins – aucune étude qui montre que les humains sont susceptibles d'absorber, dans leur alimentation, du glyphosate accompagné de ses adjuvants.

 

En admettant... les travaux successifs, notamment celui examiné ici, sont de l'esbroufe.

 

 

Quand une photo de cellule de rat (mâle) devient une photo ce cellule de rate (femelle)

 

Mais ce n'est pas tout. Un observateur particulièrement sagace a comparé deux photos, l'une de 2012/2014 et l'autre de 2015. Celle-ci a été publiée dans un article qui n'avait pas provoqué de signal fort sur nos radars, « Transcriptome profile analysis reflects rat liver and kidney damage following chronic ultra-low dose Roundup exposure » (une analyse de profils transcriptomiques reflète des dommages au foie et aux reins de rats à la suite d'expositions à des doses ultra-faibles de Roundup), de Robin Mesnage, Matthew Arno, Manuela Costanzo, Manuela Malatesta, Gilles-Éric Séralini and Michael N. Antoniou.

 

Voici la photo originale de 2012/2014 :

 

 

Et voici la photo de 2015.

 

 

C'est, certes, une photo de cellule d'un(e) rat(e) du groupe témoin... c'est, certes, moins grave que les manipulations du prof. Infascelli et de son équipe (voir sur une série d'articles ce site), mais ça fait quand même désordre.

 

2012/2014 -- mâle

 

2015 -- femelle

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gigiotef 11/01/2017 22:30

Les rats morts avant la fin de l'étude, comment sont ils morts ? dans d'atroces souffrances ou c'est Mr GES qui les a euthanasiés mais alors sur quelle base objective ?

Jean-Pierre Zryd 11/01/2017 16:30

L'auteur(e) présumée de cette photo est Manuela Malatesta la seule experte en microscopie électronique de l'équipe. Elle n'est pas mentionnée comme co-auteur de l'article de 2016. C'est aussi un manquement grave à l'éthique

Seppi 27/01/2017 17:46

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

En fait, la photo réutilisée est dans « Transcriptome profile analysis reflects rat liver and kidney damage following chronic ultra-low dose Roundup exposure », de Robin Mesnage, Matthew Arno, Manuela Costanzo, Manuela Malatesta, Gilles-Eric Séralini and Michael N. Antoniou.

Mme Malatesta est bien parmi les auteurs.

IPPES 11/01/2017 11:10

je doute que , dès la sortie de l'étude, vous ayez eu le temps d'étudier en profondeur l'étude en entier, ou alors on vous mâche le travail en amont ( vos employeurs? ) ... ensuite, toujours la critique sur le nombre de rats etc.. rappelez moi les nombres de rats et la durée des études faites par monsanto and co? et franchement prendre comme source la théière cosmique , lobbyste bien connu comme vous..c'est anti scientifique tout ça...... mais peut on attendre plus de vous hein ? je dirais que , un scientifique critiqué par vous , lui donne une crédibilité plus importante parce que vous serez toujours du côté des multinationales productrices de poisons, de semences...............

Seppi 27/01/2017 17:43

Bonjour,

Merci pour vos commentaires.

L'équipe Séralini avait donné des critères de décision pour les euthanasies dans le premier article («  In black are the necessary euthanasia becauseof suffering in accordance with ethical rules (tumors over 25% body weight,more than 25% weight loss, hemorrhagic bleeding, etc.) ».

Plus loin : « It is noteworthy that the first two malerats that died in both GM maize-treated groups had to be euthanized due to Wilms'kidney tumors that had grown by this time to over 25% of body weight. »

Je ne connais pas les règles de l'éthique de l'expérimentation, mais une tumeur représentant 25 % du poids corporel...

Quant à son diplôme, il n'est pas sûr que ce soit lui qui l'ait acheté. On a peut-être voulu lui faire plaisir.

Charles 12/01/2017 06:20

Quand on a aucun argument valable à présenter on se contente d'accuser tout le monde de lobbying, sans preuve tant qu'à faire.

gigiotef 11/01/2017 22:35

Je comprends , c'est dur de découvrir que tout ce à quoi on croyait , s'effondre. Savez vous que GES , c'est celui là même qui avait acheté le titre de meilleur scientifique de l'année. Le besoin de reconnaissance! Nous sommes tous pareil !