Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Les mortalités massives d'abeilles dues principalement aux pesticides agricoles » ? Baliverne #12

7 Janvier 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Abeilles, #Pesticides

« Les mortalités massives d'abeilles dues principalement aux pesticides agricoles » ? Baliverne #12

 

Glané sur la toile 114

 

 

Un clip et un article d'Agriculture et Environnement

 

Il y a deux manières de diffuser quelques vérités dérangeantes sur la mortalité des abeilles. Enfin, diffuser fort modestement car, les vérités étant dérangeantes, elles n'intéressent guère les médias bien accrochés à leur fond de commerce des « pesticides tueurs d'abeilles » ; et encore moins les activistes et certains ministres à la fibre militante.

 

L'une, c'est le petit clip : « Les mortalités massives d'abeilles dues principalement aux pesticides agricoles / BALIVERNE #12 ». Le texte en est repris ici.


 

 

L'autre, c'est l'analyse plus détaillée. Cela donne « Fraude et crise sanitaire : les deux fléaux de l’apiculture française ». Avec ce graphique qui résume bien la situation.

 

(Source)

 

Nos amis d'Agriculture et Environnement notent à propos du dispositif de surveillance des mortalités d’abeilles en fonction des signalements des apiculteurs, mis en place par les autorités françaises:

 

« Le bilan 2015, publié dans l’indifférence médiatique, a recensé 195 alertes. Et, après enquête, il a pu être déterminé que 40% de ces alertes concernent des maladies dont principalement le Varroa (un acarien parasite), un virus, une bactérie dénommée "loque américaine" et le champignon Nosema. »

 

 

Le fond de commerce anti-pesticides vaut bien quelques silences pesants des services officiels...

 

La vraie vérité est toutefois que la Direction Générale de l'Alimentation (DGAL) du Ministère de l'Agriculture n'a pas fait beaucoup d'efforts pour publier son bilan.

 

Varroa sur une nymphe

 

Faisons un peu de complotisme : c'est à croire que ce bilan est trop politiquement incorrect : il dédouane en grande partie les pesticides, au moins pour les mortalités massives – et sape donc le fond de commerce anti-pesticides ; y compris celui de notre ministre de l'agriculture adepte d'une fumeuse « agro-écologie » dont nous attendons toujours une définition précise, ainsi que de notre ministre de l'environnement adepte... non ce serait trop long à décrire. Pire, dans les cas où des pesticides sont en cause dans des signalements de mortalité (4 %), l'une des substances pointées du doigt dans le bilan est le spinosad, un insecticide utilisé en agriculture biologique.

 

Il semble que la seule source primaire de l'information soit un article de M. Fayçal Meziani, référent-expert national « apiculture, pathologie des abeilles » à la DGAL, « La surveillance officielle des mortalités massives aiguës des abeilles – Bilan 2015 et perspectives » paru dans La Santé des Abeilles No 275 de septembre-octobre 2016.

 

 

...sans parler de l'UNAF !

 

 

 

En a-t-on parlé au 21e Congrès National de l’Apiculture Française organisé par l'Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF) à Clermont-Ferrand du 27 au 30 octobre 2016 ? Aucune trace sur Internet.

 

En fait, il est remarquable que le programme final de l'événement prévoyait une table ronde sur : « Pesticides et impacts sur l’abeille : quelle prise en compte politique par les pouvoirs publics ? » avec « Un représentant de la Direction générale de l’alimentation au ministère de l’Agriculture (en attente de confirmation) ». Faisons à nouveau dans le complotisme : l'annonce du participant mystère relève-t-elle de la supercherie (c'est assez fréquent, les annonces de participants dont les organisateurs savent d'avance qu'ils ne viendront pas) ? Inversement, était-ce la manière diplomatique de la DGAL de refuser de se frotter à un panel très majoritairement militant ?

 

 

Mais il y a le Réseau Biodiversité pour les Abeilles

 

Quelques journaux de la presse spécialisée agricole ou apicole ont repris un article publié dans publié dans La Santé de l’Abeille No 275 et faisant l'objet d'un communiqué de presse du Réseau Biodiversité pour les Abeilles. Extrait :

« Les pesticides, on en parle beaucoup. Sans doute trop !

 

La responsabilité des produits phytosanitaires par des intoxications ayant conduit à des mortalités d’abeilles apparaît à nouveau comme très réduite. Selon le bilan de la DGAL, ces cas ne concernent que 4% des cas de mortalité. Parmi les substances pointées du doigt, le Spinosad émerge. C’est un insecticide utilisé en agriculture biologique. [...]

 

Selon Réseau Biodiversité pour les Abeilles, il est temps de se rendre à l’évidence et de prendre acte des résultats de ces enquêtes qui, années après années, affichent une continuité et une cohérence dans leurs conclusions. Dès lors, pourquoi continuer à refuser de voir la réalité en face en maintenant un focus manifestement disproportionné sur les pesticides et en s’obstinant de refuser de traiter les véritables sujets, à commencer par la lutte contre le Varroa par un accompagnement des apiculteurs avec des formations adaptées à un métier de plus en plus complexe. Des intoxications liées aux produits phytosanitaires existent. Il faut bien entendu y répondre mais sans en faire l’arbre qui cache la forêt. "Ce sont avant tous les apiculteurs qui doivent supporter les conséquences de ces mauvais choix" rappelle Philippe Lecompte.

 

"La France continue de perdre ses abeilles quand d’autres pays développent leur cheptel, à situation environnementale comparable. L’année 2016 est une année noire pour l’ensemble de la filière. C’est la pire de toute notre histoire. On ne compte plus les apiculteurs qui mettent la clé sous la porte. La production nationale s’est effondrée à 8 000 tonnes. Il y a urgence. Nous sommes déjà dans le mur mais il faut maintenant en sortir et reconstruire" conclut-il. »

 

 

Chronique d'une gabegie assumée

 

« ... résultats de ces enquêtes qui, années après années... » ? Il faut beaucoup chercher sur Internet pour documenter cette assertion. Il se trouve que le bilan de 2015 avait été présenté dès janvier 2016. Une autre présentation de M. Meziani, de décembre 2014, montre le caractère récurrent des constatations.

 

Le constat global fait par Agriculture et Environnement, tel que résumé par Forumphyto :

 

« D’autre part, et c’est ce qui fait l’intérêt spécifique de cet article d’A&E, il analyse plus généralement le « profond "malaise" apicole » de la France. Malaise lié à différents aspects :

 

Une profession éclatée, désemparée : De nombreux producteurs se sentant hors "système" refusent ne serait-ce que de déclarer leurs ruches.

 

L’échec apicole de Stéphane Le Foll. La production de miel stagne, voire baisse, malgré son plan d’action national.

 

Une fraude généralisée : ajout de sirop, faux étiquetage ou origine masquée.

 

L’incurie, voire l’incompétence des pouvoirs publics face à cette fraude.

 

Les professionnels sérieux de cette filière alarment en vain les pouvoirs publics sur ces aspects. »

 

 

Il y a trois raisons... la fraude, la fraude et la fraude

 

Le Syndicat des Producteurs de Miel de France (SPMF) a tiré les conclusions suivantes de son « Analyse économique novembre 2016 » :

 

« En résumé, il y a trois raisons aux dysfonctionnements que l’on constate sur le marché : A. La première c’est la fraude. [|...] B. La deuxième c’est la fraude. [|...] C. La troisième c’est la fraude. »

 

C'est une coïncidence : le journal de 20 heures de France 2 du vendredi 6 janvier 2016 a proposé une « Enquête : la vraie nature du miel ». Intéressant pour qui sait décrypter !

 

Il ne nous est pas donné tous les jours l'occasion de voir un exportateur (il est chinois, mais il ne faut pas s'attacher à cette particularité) proposer de frauder à condition que ce soit indiqué dans le contrat...

 

Nous retiendrons aussi la comparaison – vers 5 : 30 – des prix du miel d'acacia de France et du miel toutes fleurs d'importation pour justifier l'activité importatrice de l'entreprise. Et la conclusion :

 

« Une guerre des prix sans pitié pour les apiculteurs français. Malgré leur faible production, ils ont du mal à vendre leur miel aux industriels. Un dixième de la récolte n'a toujours pas trouvé preneur. »

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article