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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bzzz, bzzz, buzz

21 Janvier 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Abeilles

Bzzz, bzzz, buzz

 

Schillipaeppa*

 

 

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C'est le tout début de l'année, et on nous surprend avec ce titre :« Les abeilles de villes produisent deux fois plus de miel que les abeilles des champs ». La tagesschau écrit :

 

« À en croire une étude réalisée par l'Université Libre de Berlin, les abeilles se sentent mieux en ville qu'on ne le pense : selon les scientifiques, les rendements en miel entre béton et plantes de balcon sont même deux fois plus élevés qu'à la campagne. »

 

La première erreur se trouve déjà dans le chapô : l'étude en question ne constitue pas une étude officielle de l'Université de Berlin, une étude qui aurait paru dans une publication scientifique, mais un travail de deux employés de l'université pour le compte du groupe parlementaire Bündnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Vert). Monika Krahnstöver est doctorante et le maître apiculteur Dr Benedikt Polaczek est assistant technique à l'Université Libre de Berlin.

 

Les nouvelles du jour laissent entendre que les auteurs ont fait eux-mêmes des études empiriques. Il est dit :

 

« Les abeilles produisent ici à Berlin presque deux fois plus de miel que leurs congénères à la campagne, qui trouvent difficilement des fleurs là-bas. »

 

Mais ce n'est pas le cas : le document présenté par les Verts ne porte pas sur des études effectuées par les auteurs eux-mêmes mais constitue une simple revue de la littérature ; en d'autres termes, il s'agit d'une analyse et d'un tri d'études et d'articles.

 

 

La conclusion de la journaliste Iris Marx, qui signe comme auteure de l'article, est :

 

« En conséquence, cela signifie que les populations d'abeilles à la campagne sont extrêmement vulnérables parce qu'on y fait trop de monocultures et qu'il y a trop de pesticides. Mais sans les abeilles, l'écosystème se dégrade. Une nouvelle baisse serait fatale. »

 

Et à ce stade, la parole est donnée à Bärbel Höhn, membre du Bundestag pour Alliance 90/Les Verts :

 

« Beaucoup d'entre eux sont sur la Liste Rouge. Ainsi, nous voyons que dans d'autres pays comme les États-Unis ou la Chine, on pollinise en partie à la main les pommiers. Nous ne voulons pas ça ici. Nous devons évoluer vers une agriculture différente. »

 

Ici, on mélange les populations d'abeilles sauvages et les abeilles domestiques. Des abeilles domestiques, il y en a toujours à la campagne nettement plus que dans les villes. C'est ce que montrent les chiffres des associations d'apiculteurs.

 

Pour les abeilles sauvages, l'étude ne s'est pas prononcée, mais a seulement formulé une hypothèse (page 3) :

 

« Les résultats de la recherche suggèrent que les villes disposant d'une végétation riche sont des habitats plus propices aux abeilles que les zones d'agriculture intensive. Une telle évaluation ne peut pas être faite pour les abeilles sauvages en raison du manque de données. Cependant, celles-ci sont probablement soumises aux mêmes facteurs qui provoquent une réduction de la productivité des abeilles dans les sites agricoles. »

 

Les auteurs voient même des désavantages pour les abeilles sauvages rares (page 8) :

 

« Cependant, une tendance négative a été détectée pour les abeilles sauvages en voie de disparition dans la ville de Berlin ; ainsi, en 2005, on a répertorié 8% de moins de ces espèces qu'en 1997 (Saure, 2005). Il n'est pas certain que les données des grandes villes puissent être appliquées à toutes les zones résidentielles. »

 

L'augmentation des ruches en ville est aussi considérée comme problématique (page 3) :

 

« Cependant, le développement croissant de l'apiculture de ville comporte aussi des inconvénients pour les abeilles. Avec l'urbanisation croissante, des risques sanitaires pour les abeilles sont en train d'émerger, ce qui peut être expliqué, entre autres, par une hausse de la densité des abeilles, l'inexpérience croissante des apiculteurs et l'augmentation de la pression des maladies. »

 

 

Dans l'image : « Absurde : les abeilles trouvent en ville deux fois plus de fleurs qu'à la campagne. C'est pourquoi, pas de monocultures et beaucoup moins de pesticides dans l'agriculture. »

Le texte qui suit est fondamentalement une répétition.

 

 

Retour à la thèse relative à la production de miel : dans l'ensemble de ce qu'on appelle l'étude il n'est pas précisé ce que l'on entend par « ville » et « campagne ». C'est quelque chose qui n'est pas exigé à l'université dans les travaux de proséminaire. Mais une définition de ce qui fait l'objet d'une analyse relève, en fait, des exigences minimales.

 

La ville, ce n'est pas la ville, et la campagne, ce n'est pas la campagne : on ne peut pas comparer la périphérie d'une ville au centre-ville, ni un paysage agricole remembré à nos régions de moyenne montagne. Ce flou se reflète dans la formulation suivante (page 12) :

 

« De même que l'on peut définir des zones urbanisées à des degrés différents dans les villes, il faut comprendre par "campagne" des zones exploitées par l'agriculture et aussi des espaces laissés à l'état naturel, des zones et des espaces qui se trouvent à des degrés divers. »

 

J'ai jeté un coup d'œil à l'une des sources citées pour l'affirmation concernant le miel. Le rapport annuel de l'Institut d'Apiculture de Celle pour 2015 signale un essai dans lequel des populations ont été observées sur trois sites différents. Les sites ont été délibérément choisis en fonction des sources d'approvisionnement pour la collecte de nectar. L'Institut d'Apiculture écrit :

 

« Le groupe de la campagne se trouvait à proximité de terres agricoles avec un bon approvisionnement en pollen et en nectar au printemps et dans des sites avec un approvisionnement réduit en pollen et en nectar en été et en automne ; le groupe itinérant, auprès de terres agricoles en floraison au printemps, sur des sites à grande diversité de floraison en été, avec dans les deux cas un bon approvisionnement en pollen et en nectar, mais auprès de terres cultivées avec un mauvais approvisionnement en pollen et en nectar à la fin de l'été/automne. Le groupe de la ville disposait d'une grande diversité florale avec un bon approvisionnement en pollen et en nectar tout au long de l'année (grande ville). »

 

Le dispositif expérimental a donc été conçu dès le départ de telle manière que le groupe de la ville disposait de la meilleure offre alimentaire. Il n'est donc pas surprenant que ce même groupe de la ville ait également eu la plus grande production de miel. Voici un extrait du rapport de l'Institut de l'Apiculture :

 

« Les quantités de nectar et de pollen collectées varient considérablement entre les sites, mais aussi entre les années. En moyenne annuelle les colonies ont récolté 32 kg dans le groupe sédentaire de la campagne, 41 kg dans le groupe itinérant de la campagne, et 65 kg dans le groupe de la ville. Le site agricole a connu une pénurie de nectar lors de deux été sur quatre. »

 

Voici ce que cela devient dans l'étude des Verts (pp. 16/17) :

 

« Une étude menée en Allemagne sur quatre ans a montré que dans une grande ville, on a pu récolter 65 kg de miel en moyenne par colonie. Dans la zone agricole de comparaison, ce n'était que 32 kg par colonie, et dans deux des quatre étés on y a constaté une pénurie de nectar (von der Ohe et al., 2016a). »

 

L'affirmation ci-dessus que les abeilles produisent en ville deux fois plus de miel qu'à la campagne se réfère donc à cette seule source.

 

Naturellement, les Verts savent immédiatement qui est à blâmer. Bärbel Höhn est citée :

 

« ...il est absurde que nos abeilles recueillent beaucoup plus de miel dans les districts urbains parce qu'elles ne trouvent plus assez de nourriture à la campagne et qu'elles sont de surcroît menacées par les pesticides ! »

 

Mais on a également trouvé des résidus de pesticides dans le miel du groupe de la ville. L'Institut d'Apiculture l'explique comme suit :

 

« Les résidus dans le groupe de la ville ont en partie pour origine des champs de colza éloignés de près de 4,5 km. »

 

Des champs de colza à 4,5 km ? Ainsi, l'environnement urbain n'a probablement pas été aussi urbain. Malheureusement, je n'ai pu trouver aucune information précise sur les emplacements précis des trois groupes expérimentaux. Mais supposer ici un environnement urbain typique d'une grande ville quand il y a des champs de colza à distance de vol est absurde.

 

L'étude se contredit en plusieurs endroits. D'une part, la production de miel est considérée comme le paramètre décisif de la vitalité (p. 16) :

 

« La quantité de nectar et de pollen dans la ruche correspond à l'efficacité du butinage des abeilles. Ces performances mesurables peuvent être considérées comme paramètre de la vitalité, ce qui est la raison pour laquelle une grande efficacité de butinage parlerait pour la bonne santé des abeilles. »

 

Mais il faut reconnaître d'autre part que les abeilles de la ville ont davantage de problèmes de santé causés par les maladies et les parasites (pp. 19/20) :

 

« Dans le cadre d'une étude sur la loque américaine, les États-villes de Berlin et de Hambourg ont rapporté la plus forte proportion de colonies atteintes par cette dangereuse maladie des abeilles (Koithan, 2002). Les abeilles ont une probabilité accrue de transmettre la maladie avec l'augmentation de l'urbanisation. En outre, la probabilité de survie des ouvrières diminue de façon significative (Youngsteadt, Appler, López-Uribe, Tarpy & Frank, 2015).

 

Une autre maladie de l'abeille est la forte infestation par le Varroa. Elle affaiblit les colonies et transmet des agents pathogènes (Dettli, 2009). L'infestation par l'acarien Varroa peut être corrélée avec le nombre de pertes hivernales (DeBiMo, 2015). L'analyse des pertes hivernales des abeilles mellifères de l'hiver 2015-2016 a montré une perte moyenne de 8,6% en Allemagne. Rapporté à la superficie, les régions Rhénanie-Palatinat, Berlin, Sarre, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Bade-Wurtemberg et Hambourg ont subi des pertes supérieures à la moyenne nationale. L'ordre de la liste correspond à des pertes croissantes, Hambourg étant en tête avec 13,8 % (Association Allemande des Apiculteurs, 2016). »

 

Le titre des Verts repose donc uniquement sur cette étude de Celle, qui était censée illustrer l'importance de l'offre alimentaire pour les abeilles. Toutefois, c'est un point trivial. Ce n'est pas pour rien qu'il y a ces programmes Blühstreifen et Blühflächen de biodiversité pour les abeilles à l'intention des agriculteurs, précisément pour qu'il y ait de la nourriture disponible pour les insectes pollinisateurs dans le paysage agricole après la floraison du colza. La conclusion du travail effectué sur commande réserve aussi peu de surprise (pp. 28/29) :

 

« En résumé, on peut retenir que de nombreux facteurs influent sur la santé des abeilles et que d'autres recherches sont nécessaires pour une évaluation finale. En raison du faible nombre de données, ce serait une déclaration disproportionnée que d'affirmer que dans toutes les villes d'Allemagne, les abeilles sont en meilleure santé que dans les campagnes consacrées à une agriculture intensive. Cependant, les données disponibles suggèrent que les villes à végétation riche peuvent offrir des avantages pour la santé des abeilles par rapport aux zones agricoles intensives.

 

Pour les abeilles sauvages, aucune déclaration générale, applicable à toutes les espèces, ne peut être formulée en raison de la diversité de leurs exigences. En Allemagne, les déficits de pollinisation sont évidents, de sorte qu'on ne peut pas présumer en définitive un état de santé satisfaisant de la communauté des abeilles. »

 

Ma conclusion : la pratique des Verts qui consiste à condamner l'agriculture conventionnelle dans son ensemble ne profite à personne – encore moins aux abeilles, alors que des insecticides tels que le spinosad qui sont classés comme dangereux pour les abeilles sont également utilisés en agriculture biologique. Au fond, chacun peut faire quelque chose pour que les pollinisateurs trouvent assez de nourriture, par exemple en prêtant juste un peu d'attention au choix des plantes lors de l'établissement du jardin. Les municipalités peuvent aussi apporter une importante contribution dans la planification des espaces publics simplement avec des arbustes et des arbres à fleurs mellifères. Les agriculteurs peuvent être formés à la protection des abeilles, s'agissant par exemple du choix du moment approprié de la journée pour les traitements. Même pour les semences de tournesol, de mélanges floraux et de cultures dérobées, il y a certainement des marges d'amélioration. Et si on veut vraiment interdire quelque chose, alors, s'il vous plaît, que ce soit les belles allées gravillonnées.

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle  ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2017/01/05/summ-summ-summ/

 

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