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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (4) « Il ne suffit pas d'être rassasié ! »

10 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Activisme

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (4) « Il ne suffit pas d'être rassasié ! »

 

Schillipaeppa*

 

 

 

Hier, la sébile a tinté chez nous pour les dons annuels à Brot für die Welt (Pain pour le Monde), l'organisation caritative des églises protestantes. La sébile restera vide. C'est dû en partie au fait que Brot für die Welt poursuit, à mon avis, une approche post-factuelle de l'aide aux personnes dans les pays en développement pour leur permettre d'acquérir leur autonomie.

 

 

« Rassasié ne suffit pas ! ». C'est sous cette devise que s'est ouverte la levée de fonds de Brot für die Welt lors du service religieux télévisé à la Marktkirche de Hanovre. L'évêque Ralf Meister a prononcé le sermon. Vandana Shiva, activiste indienne, dont l'œuvre est controversée, a été l'invitée. Le Forum Grüne Vernunft (forum raison verte), M. Horst Rehberger, ancien ministre, M. Reinhard Szibor, M. Jens Harnisch et moi-même avons distribué des tracts d'information sur le génie génétique des plantes.

 

 

La campagne « Rassasié ne suffit pas ! » a été lancée lors de l'Avent de l'année dernière par un service religieux. La militante anti-OGM indienne Vandana Shiva était de la partie. Au centre de la campagne, on trouve l'affirmation selon laquelle les semences « anciennes », traditionnelles, contribuent à bien nourrir les gens. Voici ce qu'on peut lire dans le communiqué de presse publié à l'occasion du lancement de la campagne il y a plus d'un an :

 

« Les céréales, fruits et légumes traditionnels apportent une contribution importante à la lutte contre la malnutrition. Ils sont riches en vitamines, minéraux et oligo-éléments. Parce que les anciennes variétés sont aussi adaptées aux conditions de sol et du climat, elles supportent mieux la variabilité du climat, les sécheresses et les pluies persistantes. Par conséquent, Brot für die Welt promeut la préservation et la revitalisation des cultures traditionnelles, riches en nutriments, sur de nombreux continents.

 

Cornelia Füllkrug-Weitzel, présidente de Brot für die Welt, a déclaré : "La malnutrition entrave le développement tout comme la faim. Par conséquent, les petits agriculteurs, qui produisent la majorité de la nourriture, doivent avoir un libre accès aux semences traditionnelles. Ils doivent les préserver, les multiplier et pouvoir les échanger comme ils l'ont toujours fait. Les semences développées par les grandes entreprises et diffusées au niveau mondial grâce à leur puissance commerciale évincent les variétés et par conséquent la diversité alimentaire et contribuent à la malnutrition ainsi qu'à l'appauvrissement de nombreux petits agriculteurs.»

 

Si les variétés anciennes sont si formidables, pourquoi donc des gens ont-ils faim ? Vandana Shiva soutient que ce sont la révolution verte et l'arrivée des grandes entreprises sur le marché des semences qui ont entraîné la faim en Inde. Elle recommande donc les variétés traditionnelles et exploite une banque de semences pour les préserver. Ce projet est parrainé par Brot für die Welt. Vandana Shiva rejette catégoriquement la biotechnologie moderne, ce qui a pratiquement fait d'elle une icône du mouvement anti-OGM dans le monde occidental. De mon point de vue, la démarche est erronée.

 

En premier lieu, le chercheur de Göttingen Matin Qaim et son équipe, entre autres, ont montré à maintes reprises que, par exemple, l'utilisation du cotonnier génétiquement modifié a amélioré les conditions de vie des petits agriculteurs indiens. D'autres projets, tels que l'introduction de l'aubergine Bt au Bangladesh, laissent entrevoir des résultats similaires. En second lieu, je suis d'avis que les agriculteurs peuvent certainement décider pour eux-mêmes quel type de semences leur convient le mieux.

 

La personne Vandana Shiva est un chapitre très différent : elle est multifonctionnelle et peut intervenir, par exemple, comme témoin pour une nouvelle politique agricole au congrès du Parti Vert ou pour illustrer le CRS (« Corporate Responsibility and Sustainability » – responsabilité d'entreprise et développement durable ») d'un magasin de meubles de haut de gamme à New York. Une seule chose est certaine : elle n'est pas pauvre. Elle exige pour ses conférences des honoraires de 40.000 $, plus le déplacement en classe affaires.

 

 

 

 

Mahaletchumy Arujanan du Centre Malaisien d'Information sur la Biotechnologie a exprimé cet automne, lors d'une conférence au Parlement européen, son étonnement devant le fait que Vandana Shiva soit ainsi idéalisée en Europe.

 


 

 

En Asie, dit-elle, Shiva n'a aucun crédit, aucune crédibilité et aucun podium. Elle a appelé à cesser de lui prêter autant d'attention.

 

Mme Stephanie Franck, présidente de l'Association Fédérale des Sélectionneurs Allemands, a fait une conférence le 12 avril de cette année à l'Université de Göttingen sur : « Cela commence par des semences – Rêves et réalités dans l'amélioration des plantes ».


 

 

Elle a décrit les défis actuels de l'amélioration des plantes au regard de l'augmentation de la population mondiale et des changements climatiques auxquels on s'attend pour les années à venir. Elle a décrit les perspectives qu'offrent les technologies modernes d'amélioration des plantes dans ce contexte et les difficultés que les sélectionneurs doivent affronter. Son exposé s'est terminé par la présentation d'une affiche de Brot für die Welt qu'elle avait découverte dans une station de métro de Hambourg.

 

 

 

On peut lire en petits caractères :

 

« Aidez le peuple du Kenya et de nombreux autres pays à cultiver des plantes alimentaires essentielles à partir de leurs propres semences. Qui peut s'approvisionner lui-même mène une vie dans la dignité ».

 

Mme Franck a conclu sa présentation ainsi :

 

« S'il était écrit : "semences optimales" au lieu de"propres semences" Brot für die Welt aurait visé juste. »

 

 

Liens :

 

Vandana Shiva, Anti-GMO Celebrity: ‘Eco Goddess’ Or Dangerous Fabulist? (Vandana Shiva, célébrité anti-OGM : « Éco-déesse » ou dangereuse mythomane ?)

 

Eco-Warrior” Vandana Shiva, at $40,000 a Speech, Rejoins Hawaii Anti-GMO Crusade, But Truth Is the Victim (l'« Éco-guerrière » Vandana Shiva, 40.000 $ pour un discours, rejoint la croisade anti-OGM de Hawaii, mais c'est la vérité qui est la victime)

 

Seeds of doubt. An activist’s controversial crusade against genetically modified crops (Graines de doute. La croisade controversée d'une militante contre les plantes génétiquement modifiées)

 

Seeds of truth – a response to the New Yorker (graines de vérité – une réponse au New Yorker)

 

New Yorker editor David Remnick responds to Vandana Shiva criticism of Michael Specter’s profile (Le rédacteur en chef du New Yorker David Remnick répond aux critiques de Vandana Shiva sur son portrait établi par Michael Specter)

 

The myth of India’s ‘GM genocide’: Genetically modified cotton blamed for wave of farmer suicides (le mythe du « génocide dû aux OGM » en Inde : le cotonnier génétiquement modifié blâmé pour une vague de suicides d'agriculteurs)

 

The GMO-Suicide Myth (le mythe des suicides dus aux OGM)

 

Green killers and pseudo-science (tueurs verts et pseudo-science)

 

Vandana Shiva Achieves Amazing Feat Of Appropriating Her Own Culture (Vandana Shiva rélise l'exploit incroyable de s'approprier sa propre culture)

 

_________________

 

*L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/12/03/postfaktischer-adventskalender-teil-4-satt-ist-nicht-genug/

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un physicien 10/12/2016 19:48

Il est intéressant de lire l'article du Monde :
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/09/la-famine-menace-le-sud-de-madagascar-frappe-par-la-secheresse_5046094_3212.html?xtmc=madagascar&xtcr=1
En particulier :
A Andahive, une commune de 505 habitants, la situation semble moins critique. La FAO a distribué des tiges de patate douce améliorées qui résistent à la sécheresse et s’adaptent aux conditions particulières du secteur. Sur une parcelle mise à la disposition de la communauté, les résultats sont encourageants. « Les hommes labourent et les femmes plantent, tout le monde travaille ensemble, assure Hihaly, président du groupement des producteurs de semences. L’an dernier, le village était en grande difficulté mais aujourd’hui, les conditions se sont nettement améliorées. On donne même parfois des tiges de patate douce aux villages alentour. »
L'amélioration des variétés semble la meilleure façon de faire sortir de la misère...

Seppi 27/01/2017 19:02

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il y avait aussi un article que j'aurais voulu signaler en son temps :

« En dix ans, la Zambie a réussi sa "révolution du maïs" »

En chapô : « Le pays, qui avait tout misé sur le secteur minier et le cuivre, est passé d’importateur de maïs à exportateur. »

En bref, sans vouloir minimiser les autres mesures contributives : les semences et les engrais.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/10/25/en-dix-ans-la-zambie-a-reussi-sa-revolution-du-mais_5019962_3244.html