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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (15) l'édition des génomes

28 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #CRISPR

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (15) l'édition des génomes

 

Schillipaeppa*

 

 

 

 

Le développement de CRISP/Cas 9 est considéré comme l'une des découvertes les plus révolutionnaires de la science des dernières années. Cette nouvelle méthode d'amélioration imite un processus naturel – utilisé par des bactéries pour se défendre contre les attaques de virus. Outre CRISPR/Cas 9, il y a d'autres technologies d'amélioration ; elles sont regroupées sous le terme d'« édition des génomes » : entre autres, nucléases à doigts de zinc, TALEN (transcription activator-like effector nuclease) et ODM (oligonucleotide directed mutagenesis).

 

L'UE n'a pas encore décidé comment les plantes qui ont été obtenues grâce à ces nouvelles méthodes doivent être traitées. Autrement dit : elle n'a pas encore décidé si les produits des nouvelles technologies d'amélioration des plantes doivent être réglementés comme les plantes GM classiques ou non. Au Canada, aux États-Unis et en Argentine, on ne veut pas réglemente ces plantes ; dans l'UE, des fronts clairs se sont – encore une fois – constitués : des ONG et les Verts disent « oui » à la réglementation, la recherche dit « non » ou « oui, sauf » et propose un compromis, à savoir traiter les nouvelles variétés au cas par cas.

 

Les Verts au Parlement européen ont évidemment interrogé la boule de cristal et savent exactement ce que l'édition des génomes va produire :

 

« Les nouvelles techniques vont promouvoir la poursuite de l'industrialisation de l'agriculture, en dépit de toutes les conséquences négatives pour la biodiversité, la fertilité des sols, le climat, l'eau et les droits des agricultrices et des agriculteurs. Si elles sont utilisées dans l'agriculture, le diable sera sorti du sac et il ne pourra plus être rattrapé. »

 

Selon la page de titre du dépliant, le but du propos est clair : un épi de maïs stylisé en grenade à main (image ci-dessus). Les Verts et les ONG utilisent délibérément l'expression « génie génétique » pour les nouvelles méthodes d'amélioration des plantes, bien qu'on n'ait pas encore décidé définitivement si la modification des génomes doit être considérée comme produisant un OGM au sens du règlement européen. Cela conduit irrévocablement à un raisonnement circulaire. Ainsi, Harald Ebner, porte-parole pour le génie génétique et la politique bio-économique du groupe Bündnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Verts) au Bundestag, a déclaré à la radio Deutschlandfunk :

 

« Quand c'est du génie génétique, alors il faut aussi que ce soit indiqué et réglementé en conséquence. Il suffit de prendre comme exemple le cas où quelqu'un imprime de la fausse monnaie qui est indiscernable de la vraie : vous ne diriez pas dans ce cas : "Oui, ce n'est pas grave, de toute façon, on dirait qu'elle est vraie." »

 

Ebner joue sur le fait que des plantes produites par édition du génome ne peuvent pas être distinguées des plantes issues de méthodes classiques d'amélioration des plantes. Il n'y a pas de gènes étrangers qui ont été insérés. Si on voulait donc introduire une réglementation, on ne pourrait même pas en contrôler le respect. Mais cela ne l'empêche pas d'exiger une distinction :

 

« Nous avons cependant un problème. La surveillance ne fonctionne plus dans ce cas comme pour la forme précédente. Autrement dit, il nous faut un règlement sans délai pour que cela ne nous échappe pas complètement. La conséquence ne doit pas tout simplement être que nous ne réglementons pas, bien au contraire : lorsque les nouvelles méthodes sont utilisées, il faut que celles-ci ne soient appliquées que si une identification peut être assurée. »

 

La motivation derrière ce rejet catégorique ne saurait échapper à personne : ni les ONG, ni les Verts n'ont intérêt à ce qu'il y ait une sorte de « génie génétique light » dont l'utilité deviendrait évidente même pour le consommateur moyen. Cela minerait leur crédibilité, eux qui propagent depuis des décennies le mantra que l'agriculture biologique est la seule vraie doctrine du salut. Et donc : il faut bloquer et diaboliser à tout va. Tant que les chercheurs ne sauront pas si et, le cas échéant, comment ils pourront développer leurs produits jusqu'au stade commercial, il n'y aura guère de réalisations susceptibles de convaincre les consommateurs des avantages de la technologie. Cette stratégie de marketing a déjà été extrêmement efficace contre le génie génétique classique.

 

Les scientifiques voient dans CRISPR/Cas 9 essentiellement des opportunités. Ainsi, le débat s'est animé le printemps dernier quand le Prof. Dr. Urs Niggli, le pionnier académique de l'agriculture biologique, a donné une interview à la Tageszeitung (taz) et s'est exprimé avec euphorie sur les nouvelles méthodes. Il a même pris position sur la question de savoir si les plantes issues de CRISPR/Cas devaient être réglementées comme le « vieux génie génétique » :

 

« Non. Je plaide pour une nouvelle méthode d'évaluation, très différente. Il y aura des caractères, comme la résistance à des maladies, qui pourront être transférés, par exemple d'un cépage américain dans un cépage européen, grâce à de tout petits changements dans le génome et qui présenteront vraisemblablement un faible risque. Dans ce cas, les exigences ne devraient pas être aussi strictes que, par exemple, lorsque des gènes étrangers sont introduits. »

 

D'autres chercheurs voient les choses de la même façon : le Verband Biologie, Biowissenschaften und Biomedizin in Deutschland (VBIO – Association de Biologie, Biosciences et Biomédecine en Allemagne) a publié un document de travail dans lequel l'organisation faîtière des sociétés de sciences biologiques recommande une approche pragmatique des nouvelles technologies d'amélioration. Il suggère que l'on examine si les changements dans le génome auraient pu se produire naturellement :

 

« Les plantes qui dérivent des méthodes GE-1 et GE-2 ne peuvent pas être distinguées des plantes qui sont issues des méthodes classiques de mutagenèse ou de mutations spontanées. Dans la nature, ce genre de mutations se produisent constamment. Elles sont le moteur de l'évolution. Ce n'est que dans les méthodes GE-3 qu'un fragment d'ADN d'une certaine longueur est inséré, mais on peut alors le détecter facilement par des méthodes de diagnostic moléculaire (par exemple la PCR). »

 

Le VBIO conseille de ne réglementer que les plantes cultivées produites par des méthodes GE-3, dans lesquelles on a inséré un fragment d'ADN d'une certaine longueur (plus de 20 bases) ou un transgène.

 

 

Crédit : http://www.blogg.umu.se

 

 

A chercheur suédois a entre-temps créé l'événement : Stefan Jansson a discuté avec les autorités de son pays et a obtenu la confirmation écrite que ses variétés ne sont pas considérées comme des organismes génétiquement modifiés tant qu'elles ne contiennent pas d'ADN étranger. Sitôt dit, sitôt fait : Jansson a cultivé dans son jardin une variété de chou modifiée grâce à CRISPR/Cas 9. Il a invité un journaliste de la radio pour la récolte et la dégustation du produit (tagliatelles avec légumes frits CRISPRy), pour immortaliser dignement ce qui est vraisemblablement le premier repas CRISPR du monde.

 

Cette vidéo montre l'annonce de son expérience de culture :

 

Liens :

 

Akademien nehmen Stellung zu Fortschritten der molekularen Züchtung und zum erwogenen nationalen Anbauverbot gentechnisch veränderter Pflanzen (les Académies prennent position sur les progrès de la sélection moléculaire et l'interdiction nationale envisagée de la culture de plantes génétiquement modifiées)

 

Crop genetic improvement technologies for a sustainable and productive agriculture – addressing food and nutritional security, climate change and human health (technologies d'amélioration génétique des plantes pour une agriculture durable et productive – aborder la sécurité alimentaire et nutritionnelle, le changement climatique et la santé humaine)

 

BfR Symposium „Neue Technologien zur Modifikation des Genoms – Möglichkeiten, Grenzen und gesellschaftliche Herausforderungen“ (Symposium du BfR « nouvelles technologies pour la modification du génome – possibilités, limites et défis sociaux »)

 

US-Behörden: Mit CRISPR gezüchtete Pflanzen sind keine Gentechnik – Erste Produkte bald auf dem Markt (autorités américaines : les plantes produites grâce à CRISPR ne sont pas du génie génétique – premiers produits bientôt sur le marché)

 

VBIO Impulspapier: Genome Editing bei Pflanzen: Vorschlag für einen pragmatischen Umgang im aktuellen Rechtsrahmen (document de travail du VBIO : édition du génome dans les plantes : proposition pour une approche pragmatique dans le cadre juridique actuel)

 

Future garden plants are here! (les plantes de jardin futures sont là !)

 

GREEN LIGHT IN THE TUNNEL”! SWEDISH BOARD OF AGRICULTURE: A CRISPR-CAS9-MUTANT BUT NOT A GMO (« feu vert dans le tunnel ! » – Conseil de l'Agriculture Suédois : un mutant CRISPR/Cas 9 n'est pas un OGM)

 

Genome Editing: Große Bedeutung für die Biotechnologie (édition du génome : une grande importance pour la biotechnologie)

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/12/14/postfaktischer-adventskalender-teil-15-genome-editing/

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