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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (1) l'empreinte eau

3 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Activisme

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (1) l'empreinte eau

 

Schillipaeppa*

 

 

Le terme « postfactuel » a une bonne chance d'entrer dans le palmarès des vilains mots de l'année 2016. Pourtant la postréalité n'a rien de nouveau si on entend par là l'action de déformer les faits, au point de les rendre méconnaissables, jusqu'à ce qu'ils collent à l'idéologie. Ça a toujours existé.

 

En ce qui concerne l'agriculture, le postfactuel s'est bien infiltré dans la pensée dominante – hélas ! Je veux utiliser la saison des fêtes pour présenter quelques éléments postfactuels. Aujourd'hui, c'est sur l'eau virtuelle.

 

M. Anton Hofreiter, président du groupe parlementaire Bündnis 90/die Grünen (Alliance 90/Les Verts), a publié cette année un livre intitulé « Fleischfabrik Deutschland » (l'usine de viande de l'Allemagne). Dans ce livre, le lecteur trouvera à la page 67 un tableau sur « la consommation d'eau pour la production de denrées alimentaires » :

 

 

Malheureusement, il n'y a pas de source concrète pour ces chiffres. Mais je suppose que ces données proviennent en définitive de l'organisation Water Footprint Network, car le Fleischatlas (Atlas de la viande) de la Fondation Heinrich-Böll et d'autres organisations environnementales se réfèrent aussi à elle.

 

La présentation avec un robinet suggère qu'il s'agit ici d'eau potable, du système d'adduction d'eau public. Mais ce n'est pas le cas. La plupart de l'eau (94 pour cent) qui est consommée dans la production de viande, est de l'eau dite « virtuelle verte ». C'est-à-dire : de l'eau de pluie qui tombe sur les prairies où les vaches paissent. La galerie de produits du Water Footprint Network le montre de manière détaillée. En plus de l'eau verte, la production de viande utilise de l'eau grise (3 pour cent) et de l'eau bleue (4 pour cent). L'eau bleue est de l'eau de surface et souterraine qui est consommée, et l'eau grise correspond aux eaux usées.

 

Un fait remarquable que M. Hofreiter passe sous silence : plus le mode de production est extensif – plus l'animal pâture – plus l'empreinte eau augmente, car il faut plus de temps pour produire un kilo de viande. Mais, à la lumière des faits réels, cela n'a aucune importance car il s'agit essentiellement d'eau de pluie, dont on dispose abondamment dans ce pays.

 

_________________

 

*L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/12/01/postfaktischer-adventskalender-teil-1-wasserfusabdruck/

 

 

P.S.

 

Un lecteur a remarqué que dans le graphique de M. Hofreiter, les gouttes représentant les grandes consommations sont proportionnellement plus grandes que celles des petites. Ainsi, la goutte pour la viande de bœuf est deux fois plus longue que celle pour la viande de porc, soit en termes de surface (il s'agit bien ici, d'une représentation en deux dimensions) quatre fois plus. Le rapport entre la goutte pour la pizza et celle pour la viande de porc semble plus correct.

 

Et le lecteur de s'interroger : manipulation volontaire, ou négligence ou insouciance ? Cette représentation fallacieuse, volontaire ou non, est décrite depuis longtemps dans « So lügt man mit Statistik » (Krämer, Walter (2000) Piper Verlag GmbH, Munich – un PDF résumé ici).

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Cultilandes 03/12/2016 17:15

On peut ainsi propager que les vaches et brebis qui pâturent en alpage, comme dans les Pyrénées, consomment beaucoup plus d'eau que le bétail d'un élevage intensif: la superficie pâturée est plus importante et il y pleut beaucoup plus qu'en plaine! Est-ce moins "écolo"?
De même un poulet fermier "bio" ou non, label rouge "élevé en liberté" a consommé le double d'aliments et d'eau qu'un poulet "standard"...
Et un habitant de la campagne ou de banlieue avec un grand jardin d'ornement, même non arrosé, même avec un bon assainissement individuel, a, selon ce raisonnement, une "empreinte eau" plus importante que l'habitant d'un studio en ville...
Vive l'habitat concentrationnaire pour les "végans"!

Seppi 27/01/2017 19:21

Bonjour,

Tout à fait exact.

On peut lire : « Réponse à l’écologisme », sous la direction de Christian Buson, Ed L’Harmattan ; ou « Pour en finir avec les histoires d'eau - L'imposture hydrologique » de Jean de Kervasdoué et Henri Voron, chez Plon.