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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un agriculteur : pourquoi je choisis de cultiver des OGM

26 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

Un agriculteur : pourquoi je choisis de cultiver des OGM

Terry Daynard*

 

 

 

Une visite récente au bureau de Toronto d'une importante ONG canadienne pour discuter de l'image négative et unilatérale qu'elle donne des OGM m'a fait penser à une observation récente de Tamar Haspel, journaliste du Washington Post. Elle avait demandé s'il arrivait à ceux d'entre nous qui parlent des aspects positifs du génie génétique (des plantes génétiquement modifiées, des OGM) d'évoquer aussi les aspects négatifs.

 

J'admets volontiers que des partisans comme moi, confrontés à des dénigrements incessants, sont tentés de répondre par le contraire ; les activistes anti-OGM insistent sur le mal, et nous mettons l'accent sur le bien – tandis que l'analyse équilibrée tend à être ignorée par tous.

 

En dépit de ce risque, cet article portera sur l'équilibre – ou, plus précisément, le bilan tel qu'il s'applique à notre ferme.

 

 

Tout d'abord les points positifs

 

La pyrale du maïs et le succès de sa maîtrise depuis 20 ans en utilisant la technologie Bt est de loin le plus grand avantage des OGM sur notre ferme. Je me souviens de la frustration, dans les années qui ont précédé le Bt, de devoir récolter des maïs infestés de pyrales, des maïs versés, et de voir des épis tombés. Je me souviens des pertes à la récolte, des épis avec des moisissures et du risque pour mes bras à chaque fois que je quittais le siège du tracteur pour enlever du cueilleur les plantes tombées et enchevêtrées. (Oui, j'arrêtais le plus souvent le cueilleur, mais j'avoue qu'il y a eu des moments où je ne le faisais pas car il était beaucoup plus facile de dégager les becs cueilleurs la machine en marche.)

 

J'ai observé avec résignation, au début des années 1990, que de nombreux agriculteurs d'Amérique du Nord se sont mis à épandre des insecticides pour contrôler les foreurs, et je me demandais quand nous serions tentés ou forcés de faire de même.

 

Maintenant, deux décennies plus tard, je tiens pour acquis que presque chaque plante de maïs restera debout pendant des semaines après la maturité, même si les densités de semis et les peuplements ont augmenté pour produire des rendements plus élevés. Utiliser ces peuplements plus élevés avant le Bt aurait signifié encore davantage de plantes versées et de bourrage de la moissonneuse-batteuse.

 

Bien que l'on cultive annuellement plus de 400 millions d'hectares avec du maïs Bt résistant aux foreurs au Canada et aux États-Unis, aucune résistance des insectes n'est encore apparue. Certes, je suis sûr que la résistance génétique aux gènes Bt actuels finira par apparaître chez la pyrale du maïs. La nature est comme ça. Et quand cette résistance apparaîtra, les sélectionneurs de maïs et les agriculteurs devront utiliser de nouvelles sources de résistance génétique – c'est ce qu'on espère – ou recourir à l'utilisation d'insecticides – l'option par défaut bien moins souhaitable. Mais 20 années (et ce n'est pas fini) de maïs Bt sans qu'aucune résistance ne soit apparue chez la pyrale du maïs est vraiment un énorme succès.

 

Le soja tolérant le glyphosate (GT) est la deuxième culture GM la plus importante pour nous. Nous sommes confrontés à une mauvaise herbe qui nous pose des problèmes, la morelle noire qui est arrivée il y a environ 20 ans. Les graines de morelle noire germent à tout moment de la saison de croissance ; les plantes poussent rapidement et produisent des baies violet foncé qui tachent les graines de soja à la récolte. Elles peuvent transformer une récolte de qualité en quelque chose que personne ne veut vraiment. Heureusement, avec une application plutôt tardive de glyphosate sur une culture GT tolérante, on peut s'assurer que les morelles présentes à la récolte auront germé trop tard pour causer des dommages sérieux aux cultures.

 

La morelle noire et ses baies foncées

 

Comme d'autres agriculteurs, nous avons appris que nous devons maintenant appliquer d'autres herbicides en plus du glyphosate pour prévenir/retarder l'apparition de mauvaises herbes résistantes au glyphosate. Mais nos dépenses totales en herbicide sont encore bien en deçà de ce qui serait autrement nécessaire dans notre ferme.

 

La question inévitable est : que se passera-t-il si/lorsque la morelle devient résistante au glyphosate ? C'est en partie pourquoi nous utilisons également d'autres herbicides – pour réduire les risques que cela se produise – et pourquoi nous nous battons pour contrôler la morelle dans les autres cultures de notre rotation. Mais l'agriculture, c'est comme ça : toujours de nouveaux problèmes de ravageurs et une recherche sans fin de nouvelles solutions.

 

Le maïs tolérant au glyphosate (GT), contrairement à son équivalent soja, est une bénédiction modérée pour nous. Nous ne nous appuyons pas sur lui comme composant essentiel de notre programme de lutte contre les mauvaises herbes sur le maïs. Cependant, il fournit un moyen efficace d'éliminer les mauvaises herbes qui échappent au contrôle par les herbicides appliqués au moment du semis ou peu après. Le bénéfice du contrôle des mauvaises herbes qui apparaissent tardivement dans le maïs ne porte pas sur le maïs lui-même, mais consiste à empêcher les mauvaises herbes de produire des graines susceptibles d'infester la culture de l'année suivante. Nous avons réduit l'utilisation de l'atrazine et d'autres herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes dans le maïs – un autre avantage – sachant que nous disposons d'un plan de sauvegarde efficace avec la technologie GM.

 

Ces avantages sont partiellement contrebalancés par la nécessité de supprimer les repousses de maïs GT dans le soja GT l'année suivante. Heureusement, ce n'est pas difficile ni coûteux. Jusqu'à présent, les avantages économiques et agronomiques du maïs GT dépassent les coûts supplémentaires, mais ils sont moins importants que ceux du soja.

 

 

Les points négatifs

 

La résistance à la chrysomèle du maïs Bt n'est probablement pas avantageuse pour notre ferme à l'heure actuelle. En effet, c'est un point négatif en ce que la plupart des hybrides de maïs GM que nous achetons contiennent ce trait et que nous payons pour lui à travers un prix plus élevé des semences – je pense que ce n'est pas beaucoup, mais cela reste un coût. L'assortiment d'hybrides portant une résistance Bt à la pyrale du maïs, mais pas à la chrysomèle, est limité et n'inclut souvent pas ceux qui présentent la plus haute performance pour d'autres traits – en particulier le potentiel de rendement.

 

La chrysomèle peut certainement poser problème en Ontario. Au cours des années 1970, avant que le soja ne devienne une culture adaptée dans la majeure partie de la province, de nombreux agriculteurs comme nous cultivaient du maïs en monoculture, ce qui a favorisé l'expansion de la chrysomèle. Cela nécessitait l'utilisation d'insecticides en granulés appliqués dans le sol. L'introduction de rotations de cultures comme le maïs-soja et le maïs-soja-blé a résolu le problème de la chrysomèle en Ontario au cours des années 1980, bien avant l'avènement du maïs Bt. Mais la chrysomèle a évolué pour tolérer les rotations maïs-soja dans certaines parties du Midwest américain – et cela s'étendra inévitablement à l'Ontario. Peut-être que la résistance à la chrysomèle Bt sera bénéfique pour nous à l'avenir, mais pas maintenant.

 

Un point négatif plus important est le coût global des semences : les semences GM coûtent plus cher, et c'est une raison majeure pour laquelle certains agriculteurs cultivent du maïs et du soja non génétiquement modifiés. Pour nous, ce coût est plus que compensé par les rendements plus élevés des cultures et une réduction du coût des herbicides.

 

Un agriculteur prépare des semences génétiquement modifiées

 

Certains critiques estiment que la nécessité de racheter des semences chaque année est un point négatif à mettre au débit des OGM. Ce n'est pas le cas pour le maïs puisque sa nature hybride fait que les agriculteurs ne peuvent pas ressemer leurs propres graines récoltées en s'attendant à obtenir des plantes ayant le même potentiel de rendement l'année suivante. C'est ainsi depuis bien avant 1950, depuis que pratiquement tout le maïs canadien est devenu hybride. Rien n'a changé lorsque le maïs GM a été introduit plusieurs décennies plus tard.

 

Mais le soja n'est pas hybride et de nombreux agriculteurs ont historiquement gardé leurs propres semences pour les semis de l'année suivante. Ils ne peuvent pas le faire avec le soja GM tolérant à un herbicide car ils doivent signer un engagement de ne pas garder des semences pour les semis de la campagne suivante lorsqu'ils achètent la semence originale. S'ils veulent réutiliser leurs propres semences, ils peuvent cultiver des variétés non GM ; il y en a beaucoup.

 

Personnellement, je ne vois pas la nécessité d'acheter des semences chaque année comme étant quelque chose de négatif pour mon bien-être à long terme en tant qu'agriculteur. Les bénéfices des fournisseurs de semences se traduisent par une augmentation de la recherche pour produire des variétés plus compétitives, à meilleur rendement et de meilleure qualité. L'explosion de la productivité que l'on observe actuellement pour le canola dans l'Ouest canadien est le résultat direct d'une concurrence accrue et de travaux d'amélioration des plantes plus importants – le tout produit par la combinaison de la technologie brevetée des OGM et de nouveaux hybrides de canola.

 

 

Le développement de mauvaises herbes résistantes au glyphosate est largement cité comme un point négatif des cultures GM, et c'est bien le cas. Nous n'en avons pas encore sur notre ferme, mais nous savons que leur arrivée est inéluctable. Cependant, nous mettons ce point négatif en regard avec le point positif qu'est la diminution de la probabilité que les mauvaises herbes développent une résistance à d'autres herbicides, grâce à l'utilisation du glyphosate. Les premières mauvaises herbes résistantes à des herbicides sont apparues sur notre ferme il y a environ 40 ans. La résistance des mauvaises herbes à des herbicides n'a pas commencé avec les cultures GM et l'utilisation du glyphosate.

 

Je conclurai cette colonne par une brève liste des avantages potentiels des cultures transgéniques dont nous ne pouvons pas profiter parce que ces cultures n'existent pas encore.

 

Pendant 35 ans, nous avons cultivé des haricots blancs. Les haricots blancs étaient très rentables, mais difficiles à cultiver, et la difficulté croissante à gérer la morelle noire dans les haricots blancs nous a finalement incité à arrêter la production. En 2015, la dernière année, notre facture d'herbicides pour les haricots blancs était de 230 $ l'hectare et nous avions quand même plus de morelles que je ne l'aurais aimé. Maintenant, s'il y avait des haricots blancs tolérants au glyphosate...

 

Le blé est une autre espèce que nous cultivons depuis plus de 30 ans. Ces dernières années, il a fallu des applications de fongicides – généralement plus d'une par année. Si elle n'est pas contrôlée, la fusariose entraîne la formation de mycotoxines toxiques dans les grains de blé. Il y a une quinzaine d'années environ, Syngenta avait un programme de recherche pour contrôler la fusariose grâce à la technologie GM. Mais une forte opposition à la technologie du blé GM émanant de nombreuses sources a conduit Syngenta à mettre fin au programme. C'est vraiment malheureux – à moins, bien sûr, que vous ne profitiez de la vente de fongicides...

 

 

Quelles sont donc les conclusions ?

 

Une conclusion est que le bilan entre les avantages et les coûts/risques de la technologie GM est très spécifique à chaque ferme, et aussi spécifique à chaque technologie. Il dépend fortement des besoins des différentes cultures et de la prévalence des ravageurs. Deuxièmement, les bilans coûts-bénéfices ne sont pas statiques et changent en fonction des changements dans les organismes nuisibles, l'amélioration génétique des plantes, les conditions de culture et les conditions du marché. Et troisièmement, ceux qui tentent de tirer des conclusions généralisées sur les technologies GM sans comprendre la complexité des situations propres à chaque ferme manquent en général d'une véritable compréhension de ce qui se passe.

 

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* Terry Daynard est un agriculteur céréalier près de Guelph, en Ontario, au Canada. Il est ancien professeur de phytotechnie et doyen associé de l'Université de Guelph et ancien vice-président exécutif de l'Ontario Corn Producers' Association. Twitter @TerryDaynard.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/12/12/farmer-choose-grow-genetically-engineered-crops/

 

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