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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ne sous-estimons pas la gravité des perturbateurs endocriniens sur l'opinion publique

7 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Perturbateurs endocriniens, #critique de l'information, #Activisme, #Union européenne

Ne sous-estimons pas la gravité des perturbateurs endocriniens sur l'opinion publique

 

 

(Source)

 

 

L'activisme du Monde – ou faut-il dire : l'activisme complaisamment relayé par le Monde – fait son œuvre. Nous examinons ci-dessous un autre article paru dans le Monde, l'interview dans la Croix d'un signataire du manifeste de diffamation des scientifiques qui « ne pensent pas comme il faut » sur les perturbateurs endocriniens et les instructifs conseils d'un médecin consultant en nutrition – instructifs sur des ressorts cachés de cet activisme – dans le Point.

 

Il y aura probablement une suite...

 

 

 

Le Monde

 

Dans son édition du 5 décembre 2016, le Monde a publié « Ne sous-estimons pas la gravité des perturbateurs endocriniens sur la fertilité ».

 

C'est une tribune de M. François Olivennes, gynécologue obstétricien et spécialiste des traitements de l’infertilité, qui estime que « le drame potentiel le plus grave des perturbateurs endocriniens concerne les femmes ».

 

Ce court texte fournit une illustration du drame – non pas potentiel, mais réel – qui concerne l'opinion publique.

 

M. Olivennes se félicite de la tribune – « Perturbateurs endocriniens : halte à la manipulation de la science » – signée par une centaine de scientifiques et des autres articles sur les perturbateurs endocriniens publiés par le Monde. Nous les avons analysés ici et ici (voir aussi l'analyse de M. Philippe Stoop sur Forumphyto et notre commentaire).

 

Il n'est peut-être pas l'auteur du titre, mais celui-ci reflète bien l'intention de son texte, qui est de contribuer à forger une opinion publique hostile aux « perturbateurs endocriniens », ou plutôt aux substances chimiques qualifiées comme telles et à « Bruxelles ».

 

La conclusion, à elle seule, vaut le détour :

 

« Si les enjeux du rôle des perturbateurs endocriniens sur la survenue de cancers sont considérables, ne sous-estimons pas la gravité que représente l’impact de ces molécules sur la fertilité. Il est plus que temps que le principe de précaution s’applique a ces poisons dont les effets sont malheureusement difficiles à évaluer. »

 

Voilà donc des « poisons », mais qui ne sont peut-être pas des poisons vu que leurs « effets sont malheureusement difficiles à évaluer » – quoique... Si «  les enjeux du rôle [...] sur la survenue de cancers sont considérables », c'est forcément que ce rôle doit être lui-même considérable... Voilà donc des « poisons » pour lesquels il faut appliquer le « principe de précaution », ce qui implique que ces « poisons » ne sont pas vraiment des poisons vu que le principe de précaution concerne des situations dans lesquelles « la réalisation d'un dommage [est] incertaine en l'état des connaissances scientifiques » (article 5 de la Charte de l'Environnement).

 

Cette conclusion surréaliste reflète bien l'économie générale d'un texte saupoudré de conditionnels et autres marques de prudence (c'est nous qui graissons) :

 

  • Il s'agit de produits « qui pourraient être considérés comme de véritables poisons pour la santé ».

 

  • « Concernant la fertilité masculine, des éléments scientifiques pointent du doigt la probable contribution des perturbateurs endocriniens dans la baisse de la qualité spermatique... »

     

  • « Ces molécules jouent probablement un rôle dans une baisse de la fertilité, même si cette corrélation n’est pas encore parfaitement démontrée et fait l’objet d’interprétations contradictoires. »

     

  • « Mais le drame potentiel bien plus grave concerne les femmes. »

     

  • « L’impact potentiel des perturbateurs endocriniens pourrait entraîner des effets irréversibles s’ils contribuaient... »

     

  • « Pour affirmer l’impact éventuel des perturbateurs endocriniens sur la fertilité féminine de manière indiscutable... »

     

  • « ...la majorité des médecins impliqués dans le traitement de l’infertilité ont le sentiment de voir de plus en plus de femmes jeunes ayant une fonction ovarienne altérée. Le lien avec les perturbateurs endocriniens n’est pas établi. Mais tout comme dans la fertilité masculine, ils pourraient au minimum jouer un rôle, même s’il peut exister plusieurs facteurs contributifs. »

 

Tout cela est écrit en soutien d'un manifeste qui déclare péremptoirement qu'il y a consensus, uniquement perturbé par « [d]es individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels [qui] déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse. »

 

Certaines circonlocutions sont des précautions oratoires qui ne sont pas indispensables ; elles démontrent cependant la gêne qu'éprouvent les auteurs – ici un médecin – qui veulent formuler une position tranchée mais sans succomber à la gesticulation éhontée ni, totalement, au déni de réalité. Cette gêne s'exprime en revanche, à juste titre, dans la description de certains faits allégués.

 

« Le lien avec les perturbateurs endocriniens n’est pas établi » et autres phrases de prudence... Et si, au lieu de contribuer à des manœuvres de nature socio-politique dans lesquelles les perturbateurs endocriniens et la santé publique ne sont que prétextes à l'activisme, la profession médicale œuvrait pour susciter une vraie recherche sur le sujet, et une communication appropriée ?

 

 

La Croix

 

 

 

La Croix a donné la parole à M. Rémy Slama, de l’équipe Épidemiologie environnementale (Inserm-Université de Grenoble) et signataire de la déclaration (en troisième position) « Perturbateurs endocriniens : halte à la manipulation de la science ».

 

Cela donne : « Pourquoi l’Europe ne parvient pas à clarifier le risque des perturbateurs endocriniens ? » Un titre éminemment discutable. L'Europe dispose de législations et de procédures pour la gestion des risques, y compris issus des perturbateurs endocriniens ; du reste, les milieux activistes ne se privent pas de saluer les décisions européennes... quand elles vont dans leur sens. « L'Europe » dispose aussi de propositions mûrement réfléchies ; mais il se trouve que certains milieux contestent...

 

M. Slama explique donc le sens de la déclaration (c'est nous qui graissons) :

 

« Au vu des données scientifiques, accumulées depuis des décennies pour les premières sur les anomalies génitales d’animaux marins ou l’infertilité chez l’homme, et publiées dans des revues internationales à comité de lecture, nous estimons que les perturbateurs endocriniens sont réellement dangereux. »

 

Voilà une déclaration qui relève en partie de la lapalissade. Mais nous sommes à nouveau confrontés à la précaution oratoire qui signe l'objectif politique et infirme le positionnement scientifique : ou bien ces produits sont « réellement dangereux », ou bien les signataires se bornent à présenter une opinion. Cette déclaration est aussi ahurissante dans la mesure où la substance de cette opinion ne ressort pas clairement et explicitement de la déclaration.

 

La référence aux animaux marins – biologiquement éloignés de l'homme – est aussi fort intéressante. C'est un discours connu ; par exemple, dans un autre domaine, le Roundup et les oursins : « En termes scientifiques, nous pouvons aujourd’hui affirmer que ce produit est cancérigène parce qu’il engendre un dysfonctionnement du point de surveillance de l’ADN » (le Télégramme de Brest du 22 juin 2007). C'était suivi d'une sorte de démenti le 18 avril 2008 : « ..."nos résultats concernant le Roundup. Ceux-ci sont effectivement difficiles à interpréter pour des non spécialistes." "Ils mettent en évidence un risque mais en aucune façon une certitude." » Cela illustre bien l'élasticité du discours sur la science dès lors qu'il a lieu dans les médias.

 

En fait, pour M. Slama, le nouveau bémol arrive tout de suite :

 

« Certes plusieurs troubles ou maladies sont d’origine plurifactorielle, mais les perturbateurs endocriniens y contribuent fortement. Plus encore, nous pensons qu’il n’y a pas de controverse scientifique, que les faits dûment constatés, mesurés, analysés constituent des preuves suffisantes pour prendre des mesures de protection de la population à l’égard de ces substances. »

 

Encore une fois, ou bien « les faits [sont] dûment constatés » et « nous pensons » est superfétatoire, ou bien les faits ne sont pas indiscutables, comme nous l'a expliqué M. Olivennes dans le Monde. De toute manière, les mesures sont prises au cas par cas, comme il convient de le faire ; la polémique porte sur la définition des perturbateurs endocriniens et, in fine, sur la question, posée de manière théorique, de savoir jusqu'où aller dans la précaution. Et, manifestement, il s'agit pour l'interviewé d'aller très loin :

 

« En juin dernier, la Commission a proposé une définition qualifiant de perturbateur endocrinien toute substance ayant des effets indésirables sur la santé et sur le système hormonal, et dont le lien entre les deux est prouvé. Or cette proposition requiert un niveau de preuve bien plus élevé que pour d’autres substances dangereuses, comme celles cancérigènes par exemple. Dans la pratique, il sera très difficile de reconnaître une substance dangereuse comme perturbateur endocrinien. »

 

C'est certes une interview, avec des possibilités limitées d'étayer les arguments, mais comment ne pas s'étonner : en bref, la proposition de la Commission pèche parce qu'on ne pourrait pas déclarer « perturbateur endocrinien » une substance dont on n'a pas pu prouver que c'est un... perturbateur endocrinien. Tournons autour du pot : dans la pratique, les amis de M. Slama veulent déclarer qu'une substance est « dangereuse », mais – enfer et damnation ! – on ne peut pas la reconnaître comme perturbateur endocrinien. C'est exactement leur rhétorique :

 

« La proposition révisée continue d'imposer une charge de la preuve déraisonnablement élevé pour identifier les PE. Bien qu'il y ait eu quelques éclaircissements utiles, les critères sont très difficiles à remplir en raison de l'obligation de prouver un lien corrélatif entre l'effet indésirable et le mode d'action endocrinien. »

 

Ajoutons que l'expression « et dont le lien entre les deux est prouvé », grammaticalement bizarre, a déjà été amplement utilisée en relation avec les articles – issus d'une dépêche de l'AFP elle-même inspirée par la rhétorique de Générations Futures – relatant les résultats d'une « enquête » sur les traces de pesticides dans les mueslis (voir par exemple ici et ici).

 

Il y a manifestement des « éléments de langage » qui ont bien circulé... et qui permettent de remonter une filière.

 

 

Le Point

 

Les mueslis « contaminés » de cette « enquête » de Générations Futures étaient – surprise, surprise ! – « non bio ».

 

Le 2 décembre 2016, le Point a ouvert ses colonnes à M. Laurent Chevallier pour un « Laurent Chevallier – Comment éviter les perturbateurs endocriniens ». En chapô :

 

« Ces substances toxiques sont partout dans notre environnement, mais il est possible de s'en protéger. Les conseils du médecin consultant en nutrition. »

 

On peut être bref :

 

« Alors, que faire au quotidien pour limiter l'exposition à de nombreuses substances suspectes présentes dans notre environnement ? D'abord, consommer du bio... »

 

On ne pourra que remercier M. Chevallier de nous rappeler, certes implicitement, que derrière cette minable polémique sur les perturbateurs endocriniens il y a des intérêts économiques...

 

L'expression consacrée de la langue anglaise est : « follow the money »...

 

 

Fondation Lea Nature, Générations Futures...

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