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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mise au point : le but du traitement du bec chez les dindes

16 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa

Mise au point : le but du traitement du bec chez les dindes

 

Schillipaeppa*

 

 

 

Ce texte date de janvier 2016. Nous le reproduisons ici car il y est fait référence dans un autre plus récent, de la série – fort intéressante mais aussi exigeante du « calendrier de l'Avent postfactuel ».

 

 

Actuellement, le Ministère Fédéral de l'Agriculture et de l' Alimentation cherche des producteurs de dindes qui sont prêts à participer à un projet pilote. Il s'agit de déterminer comment empêcher le « picage » dans l'élevage des dindes. L'objectif est, à moyen ou à long terme, d'abandonner le « rognage des becs ». Cet abandon est « vendu » à la population comme un gain pour le bien-être animal dans l'aviculture, mais est-ce vraiment le cas ?

 

Tout d'abord : le terme « rognage du bec » est erroné. La méthode utilisée dans l'élevage de dindes consiste à traiter la partie supérieure du bec encore dans l'accouvoir avec des infrarouges, et non à couper ou raccourcir d'une manière ou d'une autre les becs. Le poussin arrive donc dans son nouveau bâtiment, chez l'éleveur, avec un bec intact (voir photo ci-dessus). Lors du traitement du bec avec des impulsions de lumière, les vaisseaux sanguins et les nerfs s'atrophient. Il en résulte que le bec supérieur ne se développera pas complètement. Le processus se déroule en un éclair : les poussins sont immobilisés sur une sorte de carrousel, font un tour et reçoivent l'impulsion de lumière sur le bec et, si nécessaire, un vaccin. Tout cela se produit en quelques secondes et les animaux ne manifestent aucune réaction comme un cri ou une panique évidente. Quand ils arrivent dans leur bâtiment final, les poussins se comportent normalement, sans être affectés par le traitement : ils se mettent immédiatement à manger et à boire.

 

 

Si la pointe du bec se développait, elle formerait sur la partie supérieure un ardillon qui conduit rapidement à des plaies saignantes lors des échauffourées. Sur le cou, les animaux adultes n'ont pas de plumes, la peau y est très lâche et vulnérable. Si un animal saigne, cela suffit à attirer immédiatement l'attention des autres dindes du fait du contraste de couleur. Et la dinde pique avec son bec tout ce qui est intéressant pour l'explorer. C'est pourquoi, les éleveurs séparent immédiatement les animaux blessés du reste du troupeau et les placent dans une logette à part.

 

Pour occuper les dindes, les éleveurs font preuve d'imagination : chaînes multicolores suspendues entre les mangeoires, pierres à piquer suspendues, balles de paille au sol. Les perchoirs, par exemple des planches fixées le long des parois, rendent aussi de bons services. Mais le problème est que les animaux sont très curieux et – comme chez les jeunes enfants – tout devient rapidement intéressant. Mais la particule de poussière sur le cou du copain n'y était pas encore hier... Eh bien, si un animal pique avec un bec non traité, le cou va saigner et, alors, cela devient vraiment intéressant...

 

 

Les animaux ne se piquent pas seulement par curiosité. Avec le début de la maturité sexuelle arrivent les rivalités. De même, les intrus présumés sont menacés, voire attaqués, comme le montre cette vidéo. En bref : le picage n'est pas un trouble du comportement qui se produit quand on met beaucoup d'animaux dans un bâtiment. Il n'est pas non plus causé par un trouble métabolique ou une carence en éléments nutritifs. Le picage résulte en grande partie du comportement exploratoire naturel ou des bagarres pour l'établissement de la hiérarchie.

 

Il est certainement utile d'offrir aux animaux un changement dans leur environnement, mais je ne pense pas que le « picage » puisse être évité par des améliorations des conditions d'élevage. Bien sûr, en dernier recours, on peut mettre le bâtiment dans le noir. Mais cela signifie qu'on prive les dindes de leur rythme naturel quotidien et qu'on leur interdise toutes les activités normales. Ça, ce n'est tout de même pas envisageable ! En tout cas pas lorsqu'il y a une alternative, comme le traitement du bec par infrarouge.

 

_________________

 

*L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/01/12/auf-den-punkt-sinn-und-zweck-der-schnabelbehandlung-bei-puten/

 

 

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