Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le principe de précaution sur le Figaro

2 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Principe de précaution

Le principe de précaution sur le Figaro

 

Glané sur la toile 108

 

Source. On peut (re)lire utilement !

 

 

M. Dominique Lecourt est un philosophe français, professeur émérite des Universités ; il est directeur général de l'Institut Diderot et a été vice-président du Comité de la prévention et de la précaution. Auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages, il a notamment publié l'essai Contre la peur (1990) réédité pour la cinquième fois aux Presses Universitaires de France en 2011.

 

Il vient de publier dans le Figaro : « Le principe de précaution engendre la peur et inhibe l'innovation ».

 

Source. On peut aussi  (re)lire utilement !

 

 

C'est une tribune à laquelle nous pouvons souscrire avec quelques compléments et bémols.

 

« Il est un aspect du "Projet pour la France" (2016) qui n'a sans doute pas assez retenu l'attention. Face à l'exaspération du monde agricole, François Fillon prévoit de supprimer le fameux "principe de précaution" introduit par Jacques Chirac dans la Constitution en 2005. »

 

En premier lieu, si M. Jacques Chirac a joué un rôle important dans la genèse de la Charte de l'environnement et du principe de précaution, il ne faudrait pas oublier que la Charte, après avoir été votée par l'Assemblée nationale et le Sénat, a été entérinée par le Congrès le 28 février 2005 par 531 voix contre 23. Cette écrasante majorité signifie que chaque parti, alors représenté dans les assemblées, a sa part de responsabilité. Responsabilité dans la genèse et, partant, responsabilité dans la correction à venir – espérons-le – des dérives.

 

En deuxième lieu, la suppression du principe – si elle devait se réaliser (il faudra à nouveau une majorité en Congrès...) – ne répond pas seulement à une « exaspération du monde agricole », mais à un problème plus fondamental : le blocage, en mode « fossilisation », de notre société dans un certain nombre de domaines cruciaux pour l'avenir.

 

En troisième lieu, la suppression aura certes pour effet de priver les actions en contestation de projets économiques – voire scientifiques –d'une base juridique constitutionnelle, mais il nous semble que cela ne réduirait pas le « principe de précaution » à néant car c'est, par exemple, une expression du principe de la « gestion en bon père de famille ».

 

En quatrième lieu, la suppression du principe – ou son aménagement pour introduire un principe complémentaire d'innovation – donnera peut-être un signal fort. Mais sera-t-il suffisant dans une société sclérosée et frileuse ?

 

Tout cela signifie à notre sens qu'il ne faut pas faire du « principe de précaution » – devenu quasiment d'emblée « principe d'inaction » – un enjeu électoral (un de plus...) ; ni, sauf certitude de pouvoir aboutir, soumettre ultérieurement l'avenir de notre Nation – de nos enfants et petits-enfants – à des calculs politiciens. Rien ne serait pire que de voir le « principe de précaution » en quelque sorte renforcé par l'échec de la proposition de suppression, un échec dont on oubliera vite qu'il aura été dû à une minorité.

 

Le problème, au fond, ne réside pas tant dans le « principe », que dans l'usage qui en est fait. Et ce problème demeure, que le « principe » soit inscrit dans le marbre de la législation ou non.

 

C'est pourquoi la priorité devrait aller vers le rétablissement d'une culture de l'optimisme en l'avenir et notre capacité à créer un monde meilleur.

 

Et la priorité des priorités est de rétablir une vraie culture scientifique et de développer l'esprit critique, indispensable pour contrer la désinformation qui déferle sur la société grâce notamment à l'internet, aux réseaux sociaux et aux médias qui ont jeté la déontologie aux orties.

 

Dans sa tribune, M. Lecourt aborde la question des OGM et écrit :

 

« ...Les écologistes ont répandu en France la suspicion sur ces innovations. Les chercheurs ont vu leur image se rapprocher de celle du docteur Frankenstein plutôt que de Prométhée, le héros des Lumières. Mais pour nourrir la planète en 2050, les choses n'iront pas de soi. N'écartons donc aucune piste. Nous étions l'un des pays le plus en pointe en ce domaine. Aujourd'hui, chez nous, les laboratoires qui s'y consacrent se comptent à peine sur les doigts d'une main… Rassurez-vous, nos chercheurs sont accueillis à bras ouverts par nos concurrents étrangers… Nos amis écologistes doivent s'y résoudre. Demain, nous serons dans l'obligation d'acheter à l'étranger le produit des recherches d'inventeurs dont nous avons, par nos impôts, payé la formation… Nous étions leader européens en matière d'agriculture. On nous place désormais au troisième rang. »

 

Il n'est ni juste, ni judicieux d'accabler les « écologistes ». D'autres acteurs de la vie politique et sociale ont joué un rôle, peut-être bien plus important. Il y a une responsabilité collective, à commencer par le sommet de l'État sous trois mandatures successives.

 

Pour les chercheurs... c'est déjà fait, hélas ! Juste un nom et une technologie : Emmanuelle Charpentier et CRISPR-cas9.

 

Quant à l'obligation d'acheter à l'étranger, si nous n'y prenons pas garde, ce sera aussi notre alimentation.

 

Mais ces bémols et ces compléments ne diminuent en rien le plaisir de lire une critique pertinente :

 

« En inscrivant ce principe dans la Constitution, le législateur n'a fait que nourrir de nouvelles angoisses qui s'inscrivent dans un mouvement de défiance à l'encontre des sciences et des technologies. »

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

un physicien 03/12/2016 22:59

, les autorités publiques veilleront ... à la mise en oeuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires ..."
Il suffirait de l'appliquer comme il est écrit : l'Etat a OBLIGATION de mettre en oeuvre la recherche et ne peut que prendre des décisions PROVISOIRES en attendant les résultats.

Seppi 27/01/2017 19:10

Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Oui, le « principe » ne poserait guère de problèmes s'il était appliqué conformément à son libellé.

Mais, hélas, on savait déjà au moment de son adoption qu'il allait être dévoyé.