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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Derrière votre tasse de café, une histoire

22 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #OGM

Derrière votre tasse de café, une histoire

 

Pierre Kamere Munyura*

 

 

Les Américains aiment savoir ce qui se cache derrière leur tasse de café.

 

C'est l'un des faits surprenants que j'ai appris lors de mes visites aux États-Unis, après avoir quitté ma ferme de café dans le sud-ouest du Rwanda.

 

Permettez-moi donc de vous raconter mon histoire – celle d'aujourd'hui, et celle qui pourrait être la réalité de demain.

 

Je cultive du café arabica dans la partie occidentale de mon pays, au milieu de l'Afrique, sur 10 hectares qui contiennent environ 8.000 caféiers. Je gère également quatre stations de lavage de café ; nous y transformons les cerises rouges mûres fraichement cueillies en ces fèves que les gens du monde entier apprécient. Plus de 5.000 autres agriculteurs apportent leur café à ces stations.

 

La culture du café demande beaucoup de main-d'œuvre mais constitue une source importante de revenus pour les petits agriculteurs. Le café est l'une des rares productions que nous pouvons vendre en étant payés en espèces. Le Rwanda soutient ses agriculteurs et promeut sa marque sous le slogan: « Café rwandais. Le deuxième lever du soleil ! »

 

Si vous avez déjà acheté du café rwandais de la marque Kirkland de Costco, vous avez peut-être dégusté du café de ma ferme ou, plus probablement, d'une de mes stations de lavage. Nous avons également vendu du café à Starbucks et à la Rogers Family Company.

 

Malgré ces possibilités, la caféiculture présente de nombreux défis.

 

Comme les autres agriculteurs partout dans le monde, nous souffrons de la volatilité des marchés et des aléas de la météo. En raison du changement climatique, les températures ont augmenté dans notre région d'un degré au cours des trente dernières années. Nous recevons environ la même quantité de pluie, mais les précipitations sont plus brutales et plus destructrices. Enfin, les banques hésitent à financer des projets agricoles et, lorsqu'elles le font, leurs taux d'intérêt peuvent atteindre 18 %.

 

Les producteurs de café comme moi ont besoin de technologies pour s'adapter et faire face aux changements qui se produisent et pour lesquels nous n'avons aucun contrôle. Nous n'avons rien de tel que les tracteurs de haute technologie des États-Unis, qui utilisent des ordinateurs pour analyser la composition du sol, épandre des quantités précises d'engrais et offrir aux semences des conditions idéales de croissance. Pourtant, nous essayons d'augmenter notre productivité en répondant aux besoins du sol par la bonne quantité d'engrais.

 

Les punaises Antestiopsis sont un ravageur important et nous les contrôlons avec des produits de protection des cultures. Nous appliquons des pesticides partout en même temps, sans vérifier les plantations pour savoir où les insectes sont vraiment nuisibles – et où les pesticides pourraient faire le plus de bien. L'utilisation de la technologie nous donnerait les informations dont nous avons besoin pour prendre de meilleures décisions en matière de protection des cultures et utiliser plus efficacement les produits phytosanitaires.

 

Enfin, la technologie peut améliorer les techniques post-récolte, réduisant ainsi les pertes. Une étude récente a affirmé que nous perdions environ 30 pour cent de notre production chaque année à cause de mauvaises pratiques après la récolte.

 

Dans d'autres domaines, la technologie nous a permis de faire de grands progrès. Chaque ferme de café rwandaise a été délimitée par GPS, ce qui a donné lieu à des titres fonciers incontestables sur les parcelles agricoles. Cela nous permet d'utiliser nos terres comme garantie pour les prêts bancaires. Les agriculteurs communiquent également grâce aux téléphones portables et les réseaux sociaux, ce qui nous permet d'échanger les informations commerciales et générales plus rapidement que jamais.

 

J'espère qu'un jour, nous aurons également accès aux technologies issues du génie génétique, afin que nous puissions cultiver des caféiers qui résistent aux maladies et à la sécheresse. Cela nous aiderait à préserver et à améliorer nos rendements, sachant aussi que nous devons faire face au problème imminent du changement climatique.

 

Jusqu'à présent, la science n'a pas répondu à cette attente – bien que ce ne soit probablement qu'une question de temps. Notre test ultime, cependant, ne viendra pas de la science. Il viendra de l'acceptation par les consommateurs, et peut-être du fait que certains de nos clients dans des pays lointains ne parviendront pas à comprendre les enjeux du café GM.

 

Nous dépendons de ces acheteurs. S'ils veulent du café bio, alors c'est ce que nous cultiverons. Pourtant, il serait logique pour tout le monde que les agriculteurs rwandais puissent commencer à expérimenter les technologies sûres qui ont profité à la production de coton, de maïs et de soja dans tant d'autres pays.

 

Pour nous, il y a un lien direct entre de meilleures technologies et de meilleures conditions de vie.

 

À l'heure actuelle, la plupart des agriculteurs rwandais sont des agriculteurs de subsistance qui cultivent ce dont ils ont besoin, eux et leurs familles. Le café, cependant, est une culture de rente : nous pouvons le cultiver et être payé pour ce que nous produisons. Cela nous permet de payer les frais de scolarité de nos enfants et l'assurance maladie pour nos familles. Nous pouvons aussi investir dans l'élevage, en achetant peut-être une chèvre ou un cochon, ou même une vache.

 

Si je pouvais dire une chose à un Américain qui boit du café rwandais chaque matin, ce serait : merci de nous permettre d'éduquer nos enfants et de prendre soin de nos familles.

 

Et si je pouvais ajouter une chose de plus : profitez de votre tasse de café.

 

_______________

 

* Pierre Kamere Munyura est un producteur et transformateur de café. Il cultive 10 hectares de café dans la Province de l'Ouest du Rwanda.

 

La tribune de Pierre est également parue le 15 décembre 2016 dans The New Times (Rwanda)

 

Source : http://globalfarmernetwork.org/fr/2016/12/story-behind-cup-coffee/

 

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