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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Xenius - La pomme de terre n'a pas la frite » sur Arte : mais si !

3 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM

« Xenius - La pomme de terre n'a pas la frite » sur Arte : mais si !

 

Pour bien comprendre les enjeux de la « cisgénèse »

 

 

Mise à jour : La vidéo a été enlevée de Youtube. Elle est visible jusqu'au 29 janvier 2017 sur :http://playtv.fr/replay/711011/x-enius-la-pomme-de-terre-n%27a-pas-la-frite/

 

 

 

Il arrive à Arte de produire des reportages intéressants, instructifs et optimistes. C'est le cas de « Xenius - La pomme de terre n'a pas la frite » ; le jeu de mots du titre reflète la diminution de la consommation de pommes de terre, qui va de pair avec l'augmentation du niveau de vie dans nos pays, mais pas vraiment les perspectives d'avenir de cette culture.

 

Le reportage traite longuement de la problématique du mildiou et se termine (à partir de 17:30) par une séquence sur la transformation génétique de la pomme de terre. Dommage que le propos soit quelque peu altéré par la confusion persistante entre « espèce » (notre pomme de terre est une espèce, Solanum tuberosum) et « variété » (la 'Bintje', la 'Désirée', etc. sont des variétés).

 

 

Un peu d'amélioration des plantes

 

Résumons : quand une plante cultivée est sensible à un ravageur, on cherche à la rendre résistante. Quand on ne trouve pas de source de résistance au sein de l'espèce cultivée, on la cherche chez les parents sauvages et les cousins-cousines, parfois éloignés, avec lesquels notre plante cultivée peut se croiser (plus ou moins facilement, quelquefois en utilisant une ou plusieurs plantes intermédiaires, et souvent en recourant à des techniques de laboratoire pour forcer le croisement ou sauver les embryons). Pour avoir un petit aperçu de ce qu'on peut faire, l'histoire du blé 'Renan' est assez exemplaire (voir par exemple « La principale variété de blé "bio" serait-elle génétiquement modifiée ? » et « Un blé bio génétiquement modifié, ça existe déjà ! ».

 

Précisons ici pour les adeptes du caractère sacré de la vie que nous avons « trafiqué » nos plantes cultivées – à notre avantage – avec les méthodes d'amélioration des plantes dites « classiques » à un degré bien supérieur à ce que nous faisons aujourd'hui avec la transgénèse. L'histoire de 'Renan' ne s'arrête pas à 'Renan' : toutes les variétés modernes de blé contiennent des gènes issus d'Aegilops ventricosa et d'autres espèces sauvages de graminées. La pureté génétique que veulent défendre certains opposants aux OGM n'existe pas chez les plantes cultivées, sauf peut-être chez les herbettes !

 

Les croisements interspécifiques, c'est ce qu'on a également fait sur la pomme de terre et le mildiou, avec des résultats mitigés. La procédure est longue – cela peut se compter en dizaines d'années. Une fois le premier croisement réalisé, il faut procéder à des croisements successifs avec l'espèce cultivée pour éliminer les gènes de l'espèce sauvage, autres que le gène d'intérêt, et dont certains ont un impact négatif – on dit aujourd'hui pour les OGM un « effet indésirable ». La pomme de terre 'Lenape' nous offre un exemple. L'élimination totale n'est pas toujours réalisée... et ce qui reste du génome sauvage dans la plante cultivée n'est pas toujours connu... La procédure étant longue et difficile, on ne peut raisonnablement, par cette méthode, qu'introduire un gène de résistance à la fois. Mais l'agent pathogène arrive souvent à contourner une résistance conférée par un seul gène ; il faut donc recommencer avec un autre gène, quand on en a identifié un.

 

Près de 50 ans pour produire deux variétés résistantes au mildiou, qui a mis trois ans pour contourner la résistance...

 

 

Un autre inconvénient de taille est lié au mode de multiplication – par voie végétative – de la pomme de terre. Chez le blé, par exemple, en appliquant la méthode des rétro-croisements (back-crossing) avec une variété 'X' on obtient, au final, essentiellement cette même variété avec, en plus, le gène d'intérêt. Ce n'est pas le cas chez les plantes à multiplication végétative, qui sont dotées d'un patrimoine génétique souvent très hétérozygote. Les jardiniers le savent d'une autre manière : un pépin de pomme 'Golden' donnera tout sauf un nouveau pommier 'Golden'. L'introgression du gène d'intérêt dans l'espèce cultivée doit alors être suivie de la sélection de nouvelles variétés. Dit autrement : il est impossible d'obtenir par cette voie une 'Bintje' ou une 'Désirée' résistante au mildiou.

 

Les méthodes modernes de génie génétique – de transgénèse – permettent en revanche :

 

  • premièrement, d'isoler les gènes d'intérêt des espèces sauvages – apparentées dans le cas de la pomme de terre (pour la question qui nous intéresse ici, mais ce n'est pas une obligation) ;

 

  • deuxièmement, de les obtenir avec un minimum de matériel génétique « parasite », en particulier sans gènes indésirables (linkage drag) ;

 

  • troisièmement, d'introduire plusieurs gènes de résistance dans la plante cultivée, à la fois ou successivement, ce qui est une assurance contre le risque de contournement de la résistance par le pathogène ;

 

  • quatrièmement de transformer des variétés existantes, connues et appréciées.

 

Qui peut le plus, peut le moins. Cette méthode de modification génétique permet aussi de transférer des gènes d'intérêt présent dans une variété, dans une autre variété de la même espèce cultivée.

 

Compte tenu de ces particularités, on a donné un nom à la méthode : c'est la cisgénèse.

 

 

La méthode est aussi rapide, au moins pour le stade du laboratoire : là où il faut toute une vie de chercheur avec les croisements par voie sexuée, une période de post-doctorat peut suffire. Mais il ne faut pas s'emballer : les tests au champ puis au niveau de l'utilisation prennent du temps ; les procédures d'autorisation aussi, particulièrement dans cette Europe frileuse et qui n'a pas la frite.

 

« ... là où il faut toute une vie de chercheur... » ? Il y a une autre présentation intéressante de cette université dont le solgan est « For quality of life » (pour la qualité de (la?) vie) : « Almost 50 years breeding; within 3 years broken! ». Il a fallu près de 50 ans de travaux de sélection avec le gène Rpi-blb2, et la résistance a été contournée en trois ans !

 

 

Un reportage qui donne la parole à un vrai chercheur

 

Retour au reportage d'Arte. Il donne la parole à M. Jack Vossen, un biologiste moléculaire de l'Université de Wageningen, aux Pays-Bas... un vrai chercheur, pas un militant mettant ses « recherches » au service d'un militantisme antiscientifique. On consultera avec intérêt une de ses présentations, remarquable.

 

On nous présente donc la 'Désirée Plus', résistante au mildiou grâce à deux gènes, l'un de Solanum chacoense, l'autre de S. bulbocastanum. C'est très bien expliqué. La séquence accélérée montrant les effets du mildiou (à partir de 20:18) est saisissante. Voix off :

 

« Mais tout le monde ne voit pas venir ces variétés transgéniques d'un bon œil, bien au contraire.

 

Suivent des images de manifestations et une courte interview de M. Dirk Zimmermann, de Greenpeace :

 

« La transgénèse pose problème surtout à cause du mode de transmission du matériel génétique. Aujourd'hui, on ne sait pas bien contrôler l'endroit où le gène étranger va s'implanter. Quelle que soit la méthode employée et le gène transmis, les effets indésirables sont inévitables. »

 

La rhétorique de l'incertitude et de la peur est déployée avec un aplomb phénoménal. Mais la fin ne justifie-t-elle pas les moyens ?

 

Certes, on ne sait pas bien a priori (et c'est du reste pareil avec la méthode traditionnelle de croisements interspécifiques)... mais on contrôle très bien a posteriori, à la fois au laboratoire, où on détermine le « point de chute » du transgène avec une très grande précision, et au champ puis dans la filière d'utilisation, où on sélectionne et contrôle la lignée conforme aux attentes. Nous cultivons maintenant quelque 180 millions d'hectares de plantes transgéniques dans le monde. Où – hormis dans la littérature militante – sont les effets indésirables ?

 

Le reportage redonne la parole à la rationalité, à M. Vossen :

 

« Si l'on veut continuer à manger des pommes de terre, il faut faire des choix en conséquence : soit on choisit de poursuivre l'épandage de pesticides contre le mildiou, soit on opte pour des méthodes comme la cisgénèse qui permet d'éviter le recours aux pesticides. »

 

Et la voix off en conclusion de la séquence – comme dans Asterix, le reportage se termine par un banquet, enfin, un déjeuner entre amis :

 

« Les nouvelles variétés transgéniques pourraient aider à limiter l'utilisation des pesticides et protégerait les cultivateurs du monde entier contre la perte de leurs récoltes. À condition que la science parvienne aussi à convaincre les opposants de l'utilité de cette méthode. »

 

Cette conclusion n'est pas complète. La science doit effectivement convaincre, mais pour cela il faut aussi que les médias (ainsi que les politiques) y mettent du leur : qu'ils donnent la parole (donnent crédit) à la science et non à la pseudo-science ; à la rationalité et non à la désinformation ; à l'intérêt public et non à l'audimat (à l'électoralisme).

 

Qu'ils nous produisent, en bref, d'autres « Xenius - La pomme de terre n'a pas la frite ». Et qu'ils les passent de préférence en prime time.

 

 

P.S. : Il y a aussi, dans les bonnes émissions qui propagent l'optimisme, le Monde de Jamy et son « Bien manger, c'est encore possible ! ».

 

 

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kelevra 03/11/2016 14:55

le CRISPR-Cas9 est ce nouvelle outil de genie genetique qui permet de modifier les genes d une plante ou autre, avec une telle precision, que l on insere des genes ou l on veut dans l adn, ainsi la FDA americaine a indique que les plantes modifiees avec cet outil n'etaient pas considerées comme des OGMs, car les modifications sont indetectables