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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Veganfach, la foire du véganisme : avec le charme d'Interpharm

12 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Alimentation

Veganfach, la foire du véganisme : avec le charme d'Interpharm

 

Les impressions personnelles de Friederike Krick de la Veganfach 2016*

 

 

Deux jours de foire, 4000 visiteurs et 137 exposants venus de 15 pays – voici donc, en guise de mise en bouche, les données habituelles d'une foire. Et bien sûr, ils étaient tous plein d'éloges, comme l'écrit l'organisateur dans son communiqué de presse à l'issue de la première Veganfach 2016 à Cologne.

 

La Veganfach (foire du véganisme) est la petite sœur d'Anuga – une foire des transformateurs et des distributeurs. Quiconque vient cherche des produits frais dans le Hall 3, perd son temps. Des barres énergétiques riches en calories et enrichies en protéines paléo, des boissons avec des antioxydants, et des snacks à faible indice glycémique et avec isomaltulose bon pour les dents pour les athlètes d'endurance végétaliens, tout cela est en compétition pour l'attention ; les barres de fruits sur le stand voisin tentent de l'emporter sur les produits riches en fibres complexes et les triglycérides à chaînes moyennes. Les poudres d'algues en cornets, le mélange de soja façon boeuf en sachet, le substitut de Nutella à base de pâte de noisette et de raisin concentré, l'aliment végan pour animaux... il y a comme dans la publicité Haribo « quelque chose pour tout le monde », présenté de manière créative dans un emballage attrayant et exposé de manière conviviale. Mais pour les puristes végétaliens, il y a encore la simple protéine de pois dans des sacs en papier brun sans fioritures.

 

 

Barre de protéines de Paleo. ( Photo : Krick)

 

 

Le personnel des stands est avenant et attentif, mais pas toujours à la hauteur. Ainsi, Cascara Sparkling ne contient pas de Kölsch [bière de Cologne] sans alcool, comme me l'a dit un sympathique jeune homme. Il a probablement mal compris quelque chose. Après tout, Gaffel a repris la distribution de la boisson à la pulpe de café en Allemagne. Et puis non, les visites guidées végétaliennes de Cologne ne prévoient pas d'arrêts dans les pubs typiques car la bière ordinaire n'est pas végétalienne. Mais c'est agréable : on a renoncé à l'endoctrinement idéologique, il n'y a qu'un petit stand, modeste, de PETA [en France : Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux] pour rappeler « la souffrance des animaux » et leur exploitation.

 

 

Distribué par Gaffel, mais sans Kölsch. (Photo : Krick)

 

 

« Végétalien, tout simplement » n'est depuis longtemps plus un argument de vente suffisant ; il faut arguer d'un bénéfice supplémentaire et c'est cela qui doit stimuler les ventes. Ne peuvent donc se sentir bien que ceux qui sauvent un morceau de forêt tropicale en mâchant un chewing gum, ou qui soutiennent les agriculteurs biologiques péruviens en versant de l'eau sur une capsule de café. Bien sûr, tout se déroule de manière politiquement correcte avec la chia, l'amarante, le goji, le cacao, le riz indien ou la noix de coco – les fabricants n'omettent pas de le souligner dans leur communication. Mais je n'ai pas osé demander si la capsule de café est biodégradable...

 

 

Fruits exotiques et algues concentrées dans des sachets brillants. (Photo : Krick)

 

 

Une grande partie des produits présentés ne viennent pas d'Allemagne. Le profane comme le céleri, les carottes, le chou et les oignons n'est pas un super-aliment pour le végétalien ; ils mènent une existence plutôt modeste dans toutes sortes de produits de grignotage et de chips. Il y a plus de demande pour les produits à base d'houmous. Les produits régionaux, ce n'est pas vraiment le thème de cette Veganfach.

 

De plus, il y a des produits pour lesquels la logique du végétalisme n'a pas été menée à terme. Le riz au lait d'une usine allemande, par exemple, est (évidemment) bio, mais pour sa préparation au four, le fabricant recommande d'ajouter un litre de lait et une cuillère à soupe de beurre. Le riz rose des amoureux de l'Inde accompagne idéalement le poisson et le gibier. C'est étonnant : pour de nombreux produits, il manque encore l'adoubement, le sceau végétalien.

 

D'autres le portent, mais il manque pratiquement tout le reste, sauf « le goût et la qualité » : c'est au moins ainsi qu'un fabricant de produits de substitution de la viande fait sa publicité et les livre à la dégustation, contexte idéologique compris. Pour l'amour de la Terre, des légumineuses – enrichies en vitamine B12, fer et zinc, mais libérées du gluten et du lactose – sont compressées en kebabs, poulet, filet et émincé. Ce qui grésille ici dans les poêles appartient à la catégorie de la restauration rapide, est promu dans le même style que les chaînes de restauration rapide bien connues et utilise au moins autant de panure.

 

 

Sans... (Photo: Krick)

 

 

En tout cas, la branche regorge de cannettes, de bouteilles et de bocaux avec des suppléments de toutes sortes. Dans certaines allées, la Veganfach a le charme d'une exposition Interpharm. Cet air de pharmacie se voit aussi dans les prix. Le monde végétalien n'est pas pour les bas salaires. Les temps forts de la journée ont été pour moi les pignons de pin de Sibérie en paquet plastique soudé au prix de foire de 50 euros pour deux kilos, les baies de goji à 4,40 euros pour 70 grammes, un flacon de tablettes à sucer de B12-méthyle à la concentration de 1000 µg pour 14,58 euros ; et même le kebab végétalien à 6 euros n'est pas vraiment une bonne affaire. Mais pour ce prix, il y a quand même quelques traces de laitue fraîche et de tomate comme chez son frère carné.

 

 

Le charme d'une pharmacie (Photo: Krick)

 

 

Ma conclusion : Le monde végan a rencontré l'industrie alimentaire. Les organisateurs parlent même d'une transformation végétalienne. Pour moi, cela ressemble davantage à un mélange végétalien, selon la devise : aujourd'hui le restaurant végétalien, demain le Schnitzelhaus, le steakhouse. Les nombreux fabricants créatifs ne pourront de toute façon pas vivre du petit groupe de végétaliens inconditionnels ; en particulier, cela devrait être difficile pour les nombreuses petites start-up. Les grands acteurs du marché y veilleront aussi.

 

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* Source : https://agrarblogger.de/2016/11/08/mit-dem-charme-der-interpharm/

 

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