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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Petite balade sur Reporterre, « le quotidien de l'écologie »

9 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #OGM, #Politique, #Agriculture biologique

Petite balade sur Reporterre, « le quotidien de l'écologie »

 

 

Le riverain devra-t-il aussi respecter une zone non traitée en limite de champ ?

 

 

Quelle animosité !

 

Dans un billet précédent, nous avions signalé « La réglementation sur les pesticides risque fort d’être allégée », qui décrivait bien les positions sur l'« arrêté phyto » actuellement en chantier de rénovation, pour cause d'annulation différée par le Conseil d'État.

 

À la mi-octobre, sur la base des informations qui avaient alors filtré du projet de nouvel arrêté, M. Eric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA, avait calculé que l'’impact des mesures proposées équivalait à retirer au minimum 4 millions d’hectares de terres de la production, soit 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (voir par exemple ici). C'est, selon la FDSEA du Finistère :

 

« Sans compter les pertes d’emplois agricoles prévisibles par ricochet. Une perspective impensable et inconsciente de la part des ministères dans le contexte de crise économique du secteur agricole ! »

 

La FNSEA a-t-elle peint le diable sur la muraille ? Possible. Quatre millions d'hectares, 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires, ça fait 1.750 euros par hectare... c'est beaucoup par les temps qui courent.

 

C'est aussi ce que relève, dans Reporterre, M. Jacques Caplat, thuriféraire de l'agriculture biologique, dans « Pesticides : la FNSEA emboîte énormités et amalgames ».

 

Nous serons bientôt fixés !

 

Que retenir ?

 

  • Sans conteste l'animosité qui suinte de cette opinion.

 

  • Également l'admission de pertes considérables pour la ferme France, dans les conditions qui étaient alors sur la table (à ce jour, les indications sont que le nouvel arrêté ne sera pas une sur-surtransposition de la réglementation européenne et que le nouvel arrêté sera « pour l’essentiel » le même que celui de 2006) :

 

« En réalité, un seul aspect de cette formule est arithmétiquement presque cohérent. S’il y avait réellement perte intégrale de revenu sur 15 % des surfaces françaises, son application à la vigne et l’arboriculture permettrait de parvenir, en l’additionnant aux pertes — minimes — des autres productions, à un ordre de grandeur de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. »

 

  • Corollairement, le dédain pour cette perte. Et aussi le mépris pour la solidarité agricole et, in fine, la professions tout entière (sauf évidemment celle qu'il sert) :

 

« Cela signifie qu’en amalgamant toutes les productions agricoles et en exagérant le trait, la FNSEA cherche également à abuser ses propres adhérents. Son but est de forcer les 90 % d’agriculteurs que cet arrêté ne pénaliserait pas à soutenir aveuglément les intérêts des viticulteurs et arboriculteurs (dans la réalité, seuls ces derniers pourraient perdre de l’ordre d’un demi-milliard au total). »

 

  • Nous venons d'écrire : « sauf évidemment celle qu'il sert » ? Ce n'est pas correct. Les « zones non traitées », ZNT, concernent aussi l'agriculture biologique. Nous ne pensons pas qu'un arboriculteur ou un viticulteur puisse laisser des bandes non traitées de 20, voire 50 mètres de large, comme cela avait été envisagé un temps.

 

  • Et enfin un formidable aveuglement :

     

« Au lieu de chercher une fois de plus à opposer "intérêt économique des agriculteurs" et "intérêt sanitaire de l’ensemble des citoyens", il serait plus honnête et plus constructif de poser la question [économique] franchement. »

 

Nous ne répéterons jamais assez que les traitements phytosanitaires répondent aussi à l'« intérêt sanitaire de l’ensemble des citoyens » en ce qu'ils permettent de produire et d'offrir des produits alimentaires sains et, accessoirement, aussi bon marché que possible.

 

L'arbitrage entre les intérêts personnels et individuels d'un riverain, ou d'un promeneur, et les intérêts collectifs de la population française ne s'analyse pas de manière binaire, en termes d'autorisation ou d'interdiction de traiter, mais de manière raisonnée, en termes de bonnes pratiques et de bon, voisinage.

 

 

Que de contorsions !

 

 

« Dans les chaines bio, les fruits et légumes sont-ils toujours écolo ? Pas si simple ». On oublira la rhétorique introductive de l'agriculture biologique, « une bonne nouvelle pour la planète », également véhiculée par les pouvoirs publics ; et on s'intéressera aux réponses de « [t]rois chaînes de magasins bio parmi les leaders du secteur — La Vie Claire, Biocoop et Bio C’ Bon ».

 

« ...parmi les leaders... » ? Ils doivent représenter la moitié du secteur de la distribution spécialisée bio et, à la louche, 20 % du chiffre d'affaires global en France, Biocoop ayant pris la part du lion. De quoi méditer un autre air connu, le « bio et local »...

 

Source

 

 

C'est très intéressant et instructif. Il y a les contorsions des responsables des chaînes, et il y a les contorsions de la journaliste qui s'attache à donner une image somme toute positive de la filière :

 

« À la fin de notre enquête, nous sommes un peu rassurés. L’esprit bio est bien présent dans les magasins bio. Biocoop, Bio C’ Bon et La Vie Claire se posent des questions. Et cherchent des réponses. Ils vont plus loin que le seul affichage d’un logo. Au contraire de grandes surfaces s’approvisionnant en produits à bas coûts auprès d’une agriculture intensive qui n’a plus de bio que la certification. »

 

Sur le Figaro, dans : « Le succès du bio exacerbe la concurrence », on pouvait lire :

 

« Mais c'est surtout Bio C'Bon qui surprend le plus les acteurs historiques du bio. […] "Ils ont un positionnement moins militant qui détonne dans le petit monde du bio, analyse Cécile Schoenberg, chez Precepta. Ils sont aussi agressifs sur les prix, avec par exemple des paniers bio à 10 euros qui changent toutes les semaines.»

 

Comment fait-on pour être « agressifs sur les prix » ?

 

« Ils vont plus loin que le seul affichage d’un logo » ? Dans le cas de Biocoop, c'est al publicité agressive, y compris le dénigrement délictueux de la concurrence conventionnelle... L'article de Reporterre évite ce sujet...

 

On vend des chips pour le profit... et pour soutenir la délinquance...

 

 

Et dire qu'on peut voir par ailleurs : « [Spécial Retail] Biocoop s'engage en faveur d'un marketing plus responsable »...

 

Mais revenons à Reporterre :

 

« Mais l’explication "C’est le client qui choisit", entendue lors de chaque entretien, est gênante. Parce qu’elle a trop été entendue dans le discours des grandes et moyennes surfaces. Et parce que ces magasins bio se veulent écologiquement exigeants (Biocoop), responsables (La Vie Claire) et respectueux de l’environnement (Bio C’Bon). Alors, comment expliquer que la responsabilité repose sur le client ? »

 

On vous explique : le client, même arnaqué par les bonnes paroles (et les moins bonnes dans le cas de la publicité olé olé), est roi...

 

 

Que de lieux communs !

 

Si vous avez une minute à perdre, écoutez : « Pourquoi le soja transgénique au Mexique menace-t-il la production de miel des Mayas ? »

 

Mme Angelica El Canche est une apicultrice mexicaine qui a « témoigné » au simulacre de « procès Monsanto ». Comment pouvons-nous exprimer notre colère devant l'instrumentalisation de cette femme ?

 

Elle dit par exemple :

 

« Notre miel que nous vendons dans l'Union européenne ne doit pas contenir de pollen transgénique... »

 

C'est tout simplement faux, et les marionnettistes de l'anti-OGMisme doivent bien le savoir (à la suite de l'affaire Bablok, le pollen est devenu ce qu'il aurait toujours dû être, un constituant du miel, de sorte que la tolérance des 0,9% de présence fortuite et inévitable s'applique à l'ensemble du miel et pas au seul pollen).

 

 

 

Que d'exagération !

 

Tout est dit dans le titre : « Il faut un demi-siècle pour reconstituer une population de vers de terre ! »

 

« Pour Daniel Cluzeau, géodrilologue, nos pratiques actuelles ne sont pas en cause. Il faut 50 ans au moins pour qu’une population se reconstitue et sans doute notre lopin a-t-il reçu dans le passé une bonne dose de produits chimiques. Il ne nous reste plus qu’à faire à leur place ce que les vers de terre font très bien tout seuls : aérer le sol avec la grelinette ! »

 

C'est de la science participative mais on peut aussi craindre qu'il s'agit là d'une déclaration faite selon le principe du doigt mouillé.

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